Mariage gay : un débat (aussi) à gauche

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Mariage gay : un débat (aussi) à gauche
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Le courant des Poissons roses demande à François Hollande de "prendre le temps du débat".

Le "mariage pour tous" et l'adoption par les couples homosexuels créent aussi des remous au sein même du PS. Mobilisé depuis plusieurs mois, le courant des Poissons roses, fondé par des catholiques, entend peser sur le débat, alors que l'exécutif doit rendre son arbitrage d'ici au 31 octobre, date à laquelle le Conseil des ministres doit examiner le texte.

Un entretien à l'Elysée

Les Poissons roses, qui revendiquent 700 adhérents, ont leurs entrées à Matignon et à l'Elysée. Discrètement mais sûrement, ses membres font du lobbying depuis plusieurs mois. Des rencontres informelles ont déjà eu lieu à Matignon. La semaine prochaine, rendez-vous est pris à l'Elysée avec le maire de Quimper Bernard Poignant, conseiller de François Hollande au Palais et qui ne cache pas ses réserves sur le mariage gay.

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Plus qu'une opposition frontale à toute réforme, les Poissons roses réclament aujourd'hui du temps au président Hollande, ce qui passerait par "des états généraux du mariage". "Aujourd'hui, on ne mesure pas le poids de ce débat dans la société", estime Vianney de Lave, le responsable des Poissons roses parisiens, contacté par Europe1.fr. Sur ces questions, le mouvement revendique une approche juridique basée sur deux priorités : réfléchir à "une délégation d'autorité" pour le conjoint qui n'est pas le parent de l'enfant et "mettre un terme aux discriminations à l'égard des homosexuels".

Les Poissons posent beaucoup de questions

Soucieux d'éviter tout dérapage verbal dans leur propos, les Poissons roses bottent en touche quand on leur pose frontalement la question pour ou contre le mariage gay, pour ou contre l'adoption par des couples homos. "Il ne sert à rien de se presser sur les débats de société de type mariage gay ou euthanasie sous la pression de lobbies divers. Il faut pouvoir peser toutes les conséquences sociales et anthropologiques que cela implique, d’autant qu’il s’agit le plus souvent des ramifications de l’idéologie libérale", peut-on lire dans leur contribution.

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Le courant socialiste a aussi beaucoup recours aux questions…  pour éviter d'y répondre. Exemples : "On entend souvent : "Il vaut mieux qu'un enfant soit adopté par deux homos qui s'aiment que par deux hétéros qui ne s'aiment pas". Nous répondons par une question : "Les services sociaux sont-ils discriminatoires en proposant en priorité à un enfant à adopter un couple stable formé d'un homme et d'une femme ?", s'interroge le responsable du mouvement, Philippe de Roux, dans une interview à Direct Matin. Plus que le mariage gay, c'est l'adoption par les couples homosexuels qui semble poser problème aux Poissons roses. "Faut-il, au nom d'un droit à l'enfant pour tous les couples, remettre en cause le principe fondamental du "droit de l'enfant à connaître ses parents et être élevé par eux" ? Peut-on, au nom du droit de l'adulte, priver délibérément certains enfants de cette altérité entre l’homme et la femme ?, interrogent ses membres dans leur contribution.

Mignard les juge "utiles"

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© MaxPPP

Pour faire entendre leur voix dissonante, ces chrétiens de gauche ont aussi déposé une contribution thématique en vue du Congrès du PS à Toulouse, qui se tiendra, fin octobre. A cette occasion, les Poissons roses ont reçu des relais de poids. Parmi les signataires du texte, on trouve l'ancien Premier ministre Michel Rocard, le député de Meurthe-et-Moselle Dominique Potier ou encore l'avocat Jean-Pierre Mignard, qui prend néanmoins ses distances avec le mouvement.

Contacté par Europe1.fr, ce proche de François Hollande, catholique affiché, explique avoir signé cette contribution "parce qu'il faut un débat sur le sujet". S'il juge les poissons roses "utiles" dans le débat, le juriste sous-entend qu'ils sont un peu dépassés avec "leurs solutions exagérément timides". Au Figaro, il a récemment confié : "On n'est pas dans le gadget. Des centaines de milliers de gens sont concernés", tout en soulignant que "les grandes lois libérales du giscardisme, que furent la loi Veil sur l'avortement ou celle sur le divorce furent également accusées de tuer la famille".