Mariage gay : les esprits s'échauffent

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Mariage gay : les esprits s'échauffent
La porte-parole du collectif anti-mariage homosexuel La Manif pour tous, Frigide Barjot, s'est insurgée vendredi contre l'accélération du calendrier parlementaire estimant qu'un "couperet venait de tomber sur la tête du peuple".@ REUTERS
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Face à l'accélération surprise du calendrier parlementaire, les "anti" musclent leur discours.

Le contexte. Le gouvernement passe à la vitesse supérieure sur le mariage gay. Jugeant les débats assez "approfondis et de qualité", Alain Vidalies, ministre des Relations avec le Parlement, a annoncé vendredi que le projet de loi instaurant le mariage pour tous allait revenir à l'Assemblée dès mercredi prochain. Cette seconde lecture anticipée - elle était, à l'origine, prévue pour fin mai - est très mal perçue par les opposants aux textes, qui avaient prévu une manifestation le 26 mai.

Des débordements, vendredi soir. Plusieurs milliers d'opposants au mariage pour tous  (2.300 selon la police, 7.500 selon les organisateurs) ont manifesté vendredi soir à Paris. Brandissant leurs drapeaux roses et bleus, sifflets à la bouche, les manifestants ont défilé sur les principales artères du Quartier Latin aux cris de "François, ta loi on en veut pas!" "François, retire ta loi" ou "Hollande dictateur !". Peu avant 22h, la tension est montée d'un cran. Rue de Médicis, une artère qui longe le jardin du Luxembourg, certains manifestants, dont certains appartenaient au mouvement traditionaliste Civitas, s'en sont pris à des gendarmes mobiles, qui ont répondu par des tirs de gaz lacrymogènes.

De Rugy réveillé par des manifestants. Après Chantal Jouanno la semaine passée, c'est le député écologiste François De Rugy qui a fait les frais d'un réveil matinal à son domicile.

"Hollande aura du sang". Les anti-mariage gay entendent bien rester mobilisés jusqu'au bout pour éviter que la réforme passe. À l'origine, la "Manif pour tous", principal mouvement d'opposants, représenté par Frigide Barjot, prévoyait une manifestation le 26 mai. Mais le coup d'accélérateur gouvernemental les a piqués au vif, et ils se sont donnés rendez-vous devant le Sénat dès vendredi soir. "C'est une honte. Les Français ne veulent pas de ce projet de loi et que font-ils? Ils accélèrent", a lancé Frigide Barjot vendredi, au bord des larmes. "Hollande veut du sang, il en aura ! Tout le monde est furieux. Nous vivons dans une dictature", s'est-elle emportée.









 

Risque de "guerre civile" ? Le premier à avoir agité le spectre d'une crispation du conflit est Christian Jacob, qui a dégainé un communiqué, vendredi. "Le président de la République prend le risque d'une confrontation violente avec les Français", a déploré le chef de file des députés UMP. Au micro d'Europe1, il a également dénoncé un "coup de force". "Le gouvernement est empêtré dans l'affaire Cahuzac et il fait une manœuvre de diversion, après avoir mis le patrimoine des élus en pâture", a-t-il dénoncé. Et de poursuivre : "le débat parlementaire ne se fera pas dans des conditions normales. On aurait dû l'avoir en un mois et demi, on l'aura en 48 heurs". "Panique au gouvernement", a renchéri Christine Boutin dans un tweet. La présidente du Parti Chrétien-Démocrate brandit elle aussi le risque de "colères multiples et grandissantes du peuple de France" et même d'une "guerre civile".



"Le gouvernement fait un coup de force. Il n'a rien compris ? C'est la guerre civile qu'il veut ? Il n'a pas mesuré le degré de colère", a enchaîné le député de la Manche, Philippe Gosselin, orateur de l'UMP sur le sujet. Le député UMP Jean-Frédéric Poisson a également déploré un "putsch institutionnel de la gauche". Tout ça pour faire oublier Cahuzac et plomber la manif du 26 mai. C'est pitoyable !", a-t-il enchaîné.



Même argument, mais autre conclusion au PS. De leur côté, les socialistes se réjouissent de cette accélération de calendrier. Et ce dans l'esprit d'éviter justement une radicalisation du mouvement anti-mariage gay. Le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, a ainsi qualifié de "sage et légitime" l'annonce d'Alain Vidalies. "II est de "la responsabilité du gouvernement de faire respecter la délibération parlementaire et de protéger l'ordre public", estime-t-il dans un communiqué. Et d'enchaîner : "le débat démocratique a eu tout le temps nécessaire pour s'exprimer. Mais les opposants à cette réforme ont dénaturé ce débat démocratique en choisissant la stratégie du blocage, de l'intimidation et, hélas, parfois de la violence". L'Inter-LGBT (Lesbienne, gay, bi et trans) a également estimé que le gouvernement faisait preuve d'une "attitude responsable" dans un contexte de "radicalisation et de libération d'une parole homophobe".