Macron en Corse : une visite sous pression

  • A
  • A
Macron en Corse : une visite sous pression
Emmanuel Macron doit rencontrer les leaders nationalistes corses mardi, à Ajaccio.@ Claude Paris / POOL / AFP
Partagez sur :

Le président se rend sur l'île de Beauté mardi et mercredi. Les nationalistes l'y attendent de pied ferme, brandissant la menace d'une crise politique s'il ne répondait pas à leurs réclamations.

Vendredi, ils n'étaient "pas dans une logique de bras de fer" ni de "tension". Lundi matin, les voilà brandissant la menace de la "crise politique". Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, et Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de l'île, soufflent depuis deux semaines le chaud et le froid face à une majorité présidentielle elle-même louvoyant sur la question corse. Mais alors qu'Emmanuel Macron est attendu sur l'île de Beauté pour un déplacement de deux jours mardi et mercredi, les nationalistes ont décidé de faire peser une pression maximale sur le chef de l'État.

"Démonstration de force" samedi. Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni s'appuient sur la manifestation organisée samedi à Ajaccio. Un défilé qu'ils définissaient, la veille, comme une tentative de "mobilisation" et non un acte "contre le gouvernement", et dont le succès restait incertain. Revendiquant finalement plus de 20.000 participants (et contestant les chiffres de la préfecture, qui estime la participation aux alentours de 6.000), les nationalistes se sont réjouis d'un tel résultat. "C'est une démonstration de force", s'est félicité Jean-Guy Talamoni lundi au micro d'Europe 1. "Paris doit entendre la voix de la Corse exprimée de la façon la plus démocratique et pacifique qui soit." Et par "Paris", il faut entendre Emmanuel Macron.

La parole présidentielle va être très écoutée en Corse. Il faut que le signal soit très clair.
Jean-Guy Talamoni

Bisbilles au sein de LREM. La pression est d'autant plus forte sur le président que la question corse divise sa majorité. Le maire LREM de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, avait prévenu qu'il ne participerait pas à la manifestation, lui préférant un "dialogue" avec le gouvernement. Mais, dans la nuit de vendredi à samedi, lui et d'autres élus macronistes de l'Assemblée de Corse ont voté en faveur d'une résolution solennelle reprenant les principales demandes nationalistes, notamment une "mention spécifique" de la Corse dans la Constitution et l'amnistie des "prisonniers condamnés pour des actes en relation avec la situation politique de la Corse". Ce qui n'a pas vraiment plu à la tête de LREM. "Le positionnement politique de LREM n'est pas celui de la motion qui est adoptée", a prévenu le délégué général du mouvement présidentiel, Christophe Castaner, dans le "Grand Jury" LCI-RTL-Le Figaro. Cette résolution "n'est pas conforme au discours du président de la République tenu à Furiani."

"Il faut que le signal soit très clair". Ce discours date de la campagne présidentielle, début avril 2017. Depuis, Emmanuel Macron s'est montré discret sur le sujet. Tout l'enjeu, pour les nationalistes corses, est donc de dramatiser sa venue afin d'obliger le président à trancher. "La parole présidentielle va être très écoutée en Corse", a martelé Jean-Guy Talamoni lundi sur Europe 1. "Il faut que le signal soit très clair."

Emmanuel Macron est attendu mardi à Ajaccio pour commémorer l'assassinat du préfet Claude Erignac, il y a 20 ans. Une cérémonie à laquelle assistera Gilles Simeoni, qui a prévenu lundi dans un communiqué qu'il attendait que le chef de l'État "n'oublie rien du passé mais aussi, et surtout, ouvre les portes de l'avenir". Le même jour, à 19 heures, le président du conseil exécutif de Corse et Jean-Guy Talamoni rencontreront le président de la République. Puis, mercredi, Emmanuel Macron prononcera un discours à Bastia. "Il y a une fenêtre historique pour sortir de la logique de conflit", a estimé Gilles Simeoni. Qui a pris l'habitude, ces dernières semaines, de toujours assortir les perspectives d'avenir à des avertissements. "Si [mardi] les portes du dialogue restaient fermées, nous serions dans une situation de crise, de blocage politique."