Loi Travail : après la tension extrême, un dégel ?

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Loi Travail : après la tension extrême, un dégel ?
Philippe Martinez, le leader de la CGT, ici avec ses alter ego de FSU Bernadette Groison et de FO Jean-Claude Mailly, semble (un peu) moins inflexible depuis quelques jours sur la loi Travail.@ MIGUEL MEDINA / AFP
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Plusieurs signaux, venus des deux camps, montrent qu’un espoir de sortir de la crise sociale, même mince, subsiste. 

Et s’il était en train de se passer quelque chose sur le front de la loi Travail ? Au surlendemain d’une mobilisation en demi-teinte des opposants au projet de loi, et à la veille d’une rencontre entre la ministre du Travail Myriam El Khomri et le leader de la CGT Philippe Martinez, les lignes pourraient être en train de bouger. Au point d’imaginer une sortie de crise ? Il reste du chemin à faire, mais le frémissement, notamment sur le rôle des branches professionnelles, est réel. Il faut dire qu’aucun des deux camps ne semble profiter de l'enlisement du conflit.

  • Face à face, des syndicats affaiblis…

Ils ont bombé le torse, les syndicats, mardi, à la fin de leur journée de mobilisation. 1,3 million de personnes dans les rues de France, ont-ils revendiqué, soit mieux que le 31 mars dernier. Et même un million juste à Paris. Sauf que comme d’habitude, les chiffres des autorités sont venus nuancer cette mobilisation, mais dans des proportions inédites, puisque "selon la police " - selon l’expression consacrée -, seuls 125.000 manifestants sont descendus dans la rue. Un rapport de 1 à 10 donc, tout simplement. Seul point d’accord : dans la capitale, jamais il n’y avait eu autant de monde contre la loi Travail. Un million, donc, selon les syndicats, 80.000 selon la police. Un succès à relativiser, puisque, rappelle Le Monde, pas moins de 600 cars avaient été affrétés par les organisations syndicales pour amener du monde à Paris.

Bref, on était loin des niveaux atteints lors de mobilisations similaires, en 2006 contre le CPE ou en 2010 contre la réforme des retraites. Et la mobilisation "énorme " annoncée par Philippe Martinez a quelque peu fait un flop. Sans compter qu’une nouvelle fois, les casseurs sont venus ternir l’image du mouvement. Alors les discours inflexibles de la CGT se teintent, peu à peu, de nuance. La Confédération ne réclame plus à cor et à cri le retrait de l’entièreté du texte, elle n’en fait plus en tout cas un préalable au retour à la table des négociations. Le syndicat préfère se concentrer désormais sur les articles qui fâchent, comme le célèbre article 2 instituant l’inversion de la hiérarchie des normes, ou l’article 10 sur le référendum d’entreprise. Un recul du gouvernement sur l’un des articles visés pourrait permettre à la CGT de sortir du conflit par le haut.

  • …Et un gouvernement sous pression

Car en face, le gouvernement n’a plus vraiment le choix. Il doit faire un geste, aussi minime soit-il, pour en finir. Dans l’opinion, les effets de la tension sociale sont ravageurs. Selon un sondage Ifop-Fiducial publié mardi, les cotes de confiance de François Hollande et Manuel Valls, déjà pas bien hautes, se sont encore effondrées : -6 pour le président de la République (21% de bonnes opinions) et -7 pour le Premier ministre (36%). A charge donc pour Myriam El Khomri, face à Philippe Martinez vendredi, d’entrouvrir les bonnes portes.

  • La solution : renforcer les branches professionnelles

Et dans chacun des camps, des signaux montrent que la solution pourrait venir d’un renforcement du rôle des branches professionnelles. "Il faut trouver une solution plus simple, d’abord dans la loi. Ce serait la possibilité de renvoyer à la négociation sociale, dans les branches ce qui peut être décidé au niveau collectif et ce qui peut être renvoyé raisonnablement dans les entreprises", a déclaré jeudi sur LCP Christian Paul, l’un des leaders des frondeurs PS . En clair, une inversion de la hiérarchie des normes, mais seulement sur certains points. L’avancée est notable. "Vous les voyez, ces positions ne sont pas irréconciliables. J’observe que ce n’est pas son retrait qui est réclamé dans les cortèges syndicaux, c’est vraiment le dialogue et la recherche du compromis", a même lâché le député de la Nièvre.

C’est donc de la place de l’accord de branche par rapport à un accord d’entreprise que peut venir le salut. "L'article 2 a une place de symbole que chacun a compris, donc c'est très compliqué de toucher l'article 2. Il y a d'autres articles qui parlent des branches professionnelles, je pense à l'article 13 mais il peut y en avoir d'autres, sans aucun doute que cela peut être un moyen d'avancer sur ce sujet", a expliqué Christophe Sirugue, le très actif rapporteur du texte, mercredi sur LCP. "Le rôle de la branche ne peut pas être que symbolique". Le député de la Saône-et-Loire proposera donc, via un amendement en seconde lecture à l’Assemblée, que la branche devra donner un avis, certes non contraigant, a priori avant un accord de branche, pour que les salariés soient le mieux informés possibles.

Reste à savoir si cette nouvelle disposition suffira à éteindre la grogne. Il ne faudraitn toutefois que le débat ne s’envenime pas sur un autre sujet. Car en évoquant l’interdiction de certaines manifestations, le gouvernement et François Hollande n’ont pas franchement calmé les choses. La CGT, de son côté, a maintenu ses journées d’action des 23 et 28 juins prochains. L’hypothèse d’une sortie de crise existe bel et bien, mais elle reste encore très théorique.