Loi de moralisation : vraie révolution ou écran de fumée ?

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La réforme du statut de l'élu et la mise en place de la proportionnelle à l'Assemblée sont remises à plus tard.

L'ÉDITO POLITIQUE

La loi de moralisation de la vie publique décrite jeudi par François Bayrou promet une réforme constitutionnelle et un meilleur encadrement. Et pourtant, la révolution est loin d'être en marche. Evidemment, la vieille Assemblée nationale est un peu bousculée. Ça va décoiffer quelques anciens du Palais Bourbon. Fin du clientélisme avec la suppression de la réserve parlementaire, interdiction des emplois familiaux, limitation du cumul des mandats dans le temps à trois d’affilée, etc… Oui ça va grincer des dents sous les dorures de l’Assemblée. Mais on est loin de la révolution, on est dans la suppression de pratiques anachroniques, décalées que la plupart des parlements européens ont réglementées depuis longtemps.

Effet d'annonce. On commence à bien comprendre la méthode Macron : la mise en scène est bien orchestrée, spectaculaire avec un empilement de mesures, l’interprétation est percutante - conférence de presse et 20 heures dans la foulée - mais quand l’effet de souffle se dissipe, le résultat est un peu décevant. Et surtout, aussi longue soit-elle, cette liste de mesures reste contredite, affaiblie de façon troublante par le maintien de Richard Ferrand au gouvernement.

Professionnaliser le statut du député. Tout cela était attendu, annoncé notamment après l’affaire Fillon, et le cas Ferrand. Qu’est-ce qu’il manque ? C’est quoi le vrai changement ? La proportionnelle à l’Assemblée nationale, la suppression du sénat, un vrai statut de l’élu : moins de députés, mieux payés, et dotés de cabinets étoffés avec des collaborateurs juristes, experts, taillés pour écrire la loi, l’évaluer et contrôler l’exécutif. Tout cela est reporté à plus tard. La vraie révolution, c’est de professionnaliser le fonctionnement et le rôle du député en lui donnant plus de pouvoirs, plus de moyens, et ne pas le jeter en pâture à l’opinion publique en donnant le sentiment qu’il est un petit employé de la République, qui se faisait un peu de rab sur ses notes de frais et profitait du système en se faisant représenter dans les inaugurations en circonscription pas son épouse.

Un ersatz de révolution ? Est-ce que vous vous souvenez de la pub pour la boisson Canada dry dans les années 1980 ? "Doré comme l’alcool, son nom sonne comme un nom d’alcool mais ce n’est pas de l’alcool." Cette réforme, c’est la réforme Canada dry : ça a l’apparence et les accents de la révolution, mais ce n’est pas la révolution.