L'exécutif face au cas difficile de la grâce de Jacqueline Sauvage

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JUSTICE - En dépit de la forte mobilisation en faveur de cette femme battue condamnée pour l'assassinat de son mari, la grâce présidentielle ne va pas de soi.

Pendant 47 ans, régulièrement battue par son mari, elle avait vécu un enfer. Et avait fini par abattre son conjoint violent et incestueux de trois balles dans le dos. Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de prison en première instance, a vu sa peine confirmée il y a trois semaines par le cour d'appel de Blois. Depuis, de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer sa grâce.

Une décision qui aura un écho retentissant. François Hollande reste très attentif au dossier, en cours d'instruction à la Chancellerie. Toute proportion gardée, la décision du chef de l'Etat aura un écho retentissant. La dernière grâce présidentielle retentissante était celle, partielle, accordée à Omar Raddad par Jacques Chirac en 1996. Avant cela, en 1976, Valéry Giscard d'Estaing avait refusé de gracier Christian Ranucci, condamné à mort pour le meurtre d'une enfant. Ranucci avait été exécuté.

Les soutiens se multiplient. Dans le cas de Jacqueline Sauvage, François Hollande semble pressé de tous côtés. Une pétition réclamant la grâce présidentielle a déjà recueilli près de 350.000 soutiens. Des politiques, de la maire de Paris, Anne Hidalgo, au co-fondateur du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, en passant par le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, ont appelé à sa clémence.

Une grâce qui contrevient à la séparation des pouvoirs. Mais la grâce présidentielle ne va pas de soi. François Hollande, par principe, est contre cette mesure. La conception du président-roi thaumaturge, qui fait des miracles et efface tout, est à l'opposé de la séparation des pouvoirs dont le président socialiste s'est fait une règle absolue. Il n'a d'ailleurs jamais accordé de grâce individuelle.

Une affaire complexe. En outre, si le rouleau compresseur médiatique empêche souvent d'émettre le moindre questionnement, l'affaire Jacqueline Sauvage reste complexe. Cette femme a été condamnée par deux cours d'assises différentes à 10 ans de prison à chaque fois. Par deux fois, elle a bénéficié de circonstances atténuantes mais les jurys populaires ont aussi retenu la préméditation.

Remise en cause du judiciaire. Au-delà de la compassion et de l'humanité de la grâce, il faut donc se poser la question de la portée politique d'une grâce présidentielle. Celle-ci équivaudrait à une remise en cause de l'institution judiciaire et du jugement populaire. Et pourrait donner l'impression qu'il y a une forme de tolérance, de mansuétude à l'idée de se faire justice soi-même. Pour se sortir de l'impasse, François Hollande peut également décider de commuer ou réduire la peine de Jacqueline Sauvage.