Les Républicains dans le piège des exclusions

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Les Républicains dans le piège des exclusions
Thierry Solère devrait être exclu des Républicains mardi soir. Mais il ne devrait pas tarder à rebondir, notamment en avec la création d'un nouveau mouvement. @ PATRICK KOVARIK / AFP
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Le parti de droite doit exclure mardi soir ministre et constructifs. Mais la méthode et les conséquences potentielles d’une telle décision créent d’importants remous. 

C’est un long feuilleton qui devrait prendre fin mardi en fin d’après-midi. Long et douloureux pour Les Républicains, qui vont probablement décider d’exclure cinq responsables pro-Macron, qu’ils soient membres du gouvernement (Edouard Philippe, Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin) et  ou députés Constructifs (Thierry Solère et Franck Riester, à l’issue d’un bureau politique qui s’annonce houleux. Car d’une part, la décision ne fait pas l’unanimité. En outre, et c’est une conséquence, elle interviendra après un pourrissement de la situation, qui aboutit à ce qu’aucune solution actée ne soit bonne. D’autant qu’entretemps, Sens Commun s’est invité dans l’équation.

Les principaux concernés ne sont pas mécontents

Le pire, peut-être, c’est que les principaux concernés ne sont pas mécontents de leur sort. Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a déjà quitté le parti pour rejoindre La République en marche, mais les autres ont préféré pousser la logique jusqu’au bout. Ainsi Gérald Darmanin, qui a été reçu mardi matin par Patrick Ollier, membre d’une commission ad hoc. "Je ne vois pas comment on peut m'exclure alors qu'on est dans une procédure", a affirmé à l’AFP le ministre des Comptes publics, devenu au fil des discussions parlementaires l’une des cibles favorites de ses anciens camarades.

Surtout, sous couvert d’anonymat, ceux qui sont menacés d’exclusion ne cachent pas leur délectation. "Si les Républicains veulent me virer, je saisirai la commission des recours pour rigoler un peu!", assure l’un d’eux dans le Figaro. On a pourri leur élection à la présidence des Républicains, on a pourri l'élection de Wauquiez, on va les pourrir", se frotte les mains un autre, avant d’ajouter : "On n'a parlé que de notre exclusion! Ça a pris toute la place des débats. C'était notre intérêt".

Et surtout, puisque le feuilleton a duré, les Constructifs et les ministres en partance ont eu tout le temps de préparer la suite. "Notre exclusion est un acte politique qui doit être suivi d'un autre acte politique: la création d'un nouveau parti de droite, libéral, social, européen, réformiste et humaniste", assure Franck Riester à l’AFP, parlant de "court terme" pour la création de ce nouveau mouvement. Tout, d’ailleurs, serait prêt. Ne reste qu’à acter leur exclusion. Mais ça, ça ne viendra pas d’eux.

Le spectacle des divisions internes

Ils ne feront en effet pas le cadeau aux Républicains de partir d’eux-mêmes. Ce serait se passer du spectacle des divisions que suscite leur cas au sein des Républicains, où les positions sont tranchées. "Des gens qui trahissent sans se chercher un alibi, ça me laisse sans voix. Ils méritent qu'on les foute dehors", juge ainsi Brice Hortefeux, proche de Nicolas Sarkozy. "La comédie doit cesser", abonde Laurent Wauquiez, le favori pour l'élection à la présidence de LR.  

"Les exclure est une erreur, c'est absurde", a affirmé lundi Claude Goasguen, député LR de Paris, qui ne juge "pas impossible" de rejoindre les Constructifs. "Ça jette le discrédit sur notre formation politique", déplore-t-il, en craignant de voir LR "entrer dans une période extrêmement compliquée et confuse".

Les divisions s’invitent même sur Twitter, comme lors de cet échange entre Nadine Morano, favorable à l’exclusion, et Fabienne Keller, proche des Constructifs.

Sens Commun s’invite dans l’équation

Si encore il n’y avait que les divisions, auxquelles finalement la droite est habituée depuis de longues années… Mais non. Il faut aussi, pour Les Républicains, composer désormais avec Sens Commun, l’émanation de la Manif pour tous, mouvement associé au parti. C’est la question même du maintien du lien entre les deux entités qui est posée, depuis que Christophe Billan, président de Sens Commun, s’est dit prêt à travailler sur une plateforme politique avec Marion Maréchal-Le Pen. Exclusion des centristes d’un côté, maintien probable d’un mouvement proche de l’extrême droite de l’autre, voilà qui ne rend pas service aux Républicains.

"S'ils en sont à exclure, sans aucune base légale, ceux qui veulent travailler avec le centre mais à garder Sens commun, qui appelle à une plateforme programmatique avec Marion Maréchal-Le Pen, c'est que LR glisse plus vers le FN que vers le centre !", s'exclame Thierry Solère. Dominique Bussereau partage ce point de vue. "Je n'assisterai pas au BP de LR durant lequel des membres de Sens commun vont participer à l'exclusion d'amis talentueux", a tweeté samedi l'ancien ministre chiraquien.