Les patrons français de la Silicon Valley jugent Hollande

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Les patrons français de la Silicon Valley jugent Hollande
A San Francisco, François Hollande rencontrera des enterpreneurs français expatriés. Et tous n'aurant pas que des choses gentilles à lui dire.@ REUTERS
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PAROLES DE - Plusieurs d'entre eux, interrogés par Europe 1, ne sont pas tendres avec le président qu’ils vont rencontrer.

Ils sont jeunes, ambitieux et déterminés. Installés à San Francisco, au coeur de la prestigieuse Silicon Valley, en Californie, ces quatre entrepreneurs sont français et ont en commun d’avoir été invités à rencontrer François Hollande à l’occasion du déplacement du chef de l'Etat aux Etats-Unis. Jeff Clavier, Benjamin Mestrallet, Miguel Valdes-Faura et Julien Salanon ne sont globalement pas très tendres avec le président français. Pour autant, ils n’attendent pas tous la même chose de sa venue.

La France n’a pas franchement la cote…

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Au sein de la "Valley", comme ils l’appellent, la France est bien loin de leurs préoccupations quotidiennes. "Vu des Etats-Unis, la France est un pays important pour les grandes boîtes. Mais pour les start-up, c’est différent. Le premier endroit auxquelles elles pensent, le plus ‘fashion’ en ce moment, c’est Londres, devant Berlin", assure ainsi Jeff Clavier (photo), "capital risqueur", fondateur de SoftTech VC. "L’image de la France est assez dégradée, il n’y a pas de flexibilité, le marché est hyper régulé. Et quand on entend les histoires de Dailymotion (dont le rachat par Yahoo! a été empêché par le gouvernement, ndlr) ou d’Uber (en conflit avec les taxis), quand on entend Arnaud Montebourg dire que l’évolution doit aller lentement pour ne pas créer de risques pour l’industrie en place, ça va à l’encontre de ce que l’on croit profondément", regrette celui qui revendique des participations dans 144 start-up.

Mais tout n’est pas perdu. "Il y a 60.000 Français dans la Silicon Valley, ce qui montre bien que la France reste une vraie puissance européenne. Il faut persévérer", plaide Miguel Valdes-Faura, fondateur et PDG de Bonitasoft.

François Hollande non plus

La politique menée par celui qu'ils vont rencontrer mercredi à San Francisco n’est pas franchement accueillie avec grand enthousiasme par Jeff Clavier, Benjamin Mestrallet, Miguel Valdes-Faura et Julien Salanon. "Les expatriés ont très largement voté pour Nicolas Sarkozy aux dernières présidentielles", rappelle Benjamin Mestrallet, le fondateur d’eXo. "Il faut bien avouer que le début du mandat a été quelque peu compliqué et mal perçu par de nombreux entrepreneurs ce qui a entraîné la fronde des Pigeons", rappelle encore ce jeune entrepreneur. "Je pense - et c'est un avis assez partagé ici - que François Hollande, comme la plupart des politiques, a de toute façon assez peu de marge de manœuvre en matière d’économie", tranche de son côté Julien Salanon, fondateur d’InTooch.

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En revanche, Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l’Economie numérique, qui s’est rendue dans la Silicon Valley en juin 2013, trouve grâce aux yeux de nos entrepreneurs. "Sa venue a notamment donné beaucoup d’espoirs aux entrepreneurs exilés, notamment l’annonce de la création d’un incubateur d’entreprises", affirme Miguel Valdes-Faura, PDG de Bonitasoft. "A mon avis, Fleur Pellerin a une vision assez saine des choses, elle essaye de faire de son mieux", abonde Jeff Clavier. "Reste à savoir si François Hollande se situera sur cette ligne ou sur celle d’Arnaud Montebourg", s’interroge le fondateur de SoftTech VC.

Le pacte de responsabilité plutôt bien accueilli

Si François Hollande inspire une certaine méfiance, son virage social-démocrate, voire social-libéral, incarné par le pacte de responsabilité proposé aux entreprises, va dans le bon sens pour les quatre entrepreneurs installés aux Etats-Unis. "Mieux vaut tard que jamais", se félicite ainsi Benjamin Mestrallet. "Le président se devait d'envoyer un message fort, il l'a fait", se félicité le président d’eXo. "Il est difficile d'évaluer d'ici l'impact du tournant social-libéral du chef de l'Etat, même s'il faut reconnaître un certain courage politique à François Hollande de tenir un discours de vérité", abonde Julien Salanon. Quant à Miguel Valdes-Faura, il juge le tournant "positif". Même s’il "reste à savoir s’il va vraiment appliquer ce qu’il a dit", tempère le PDG de Bonitasoft.

Social-libéral oui, pour autant Benjamin Mestrallet ne veut pas d’un copier-coller du système américain. "Nous vivons dans un pays beaucoup plus libéral et moins réglementé, mais aux Etats-Unis, tout n'est pas parfait, loin de là. La santé coûte cher, l'éducation est en grande majorité privée et malgré cela les impôts sont très élevés. En d'autres termes, cela reste un système qui favorise les plus aisés", rappelle l’entrepreneur. "Je suis bien entendu pour alléger le coût du travail et le rendre plus flexible, notamment pour les petites et moyennes entreprises. Mais il faut trouver un juste milieu pour préserver en l'adaptant le système social français qui, après quatre années passées à San Francisco, me semble être plus juste."

>>> Au final, qu’attendent nos quatre entrepreneurs de la venue de François Hollande ? Voici leur réponse, entre optimisme et désenchantement.

Optimiste. "J'espère que le Président se rendra compte du dynamisme des entreprises de la Silicon Valley et de l'impact culturel et économique qu'elles ont dans notre monde numérisé. La France ne doit pas ignorer cette nouvelle révolution économique et se doit de rattraper son retard. Je suis persuadé qu'en s'en donnant les moyens, cela est possible", lance Benjamin Mestrallet.

Désireux. "J’aimerais qu’ils disent aux entrepreneurs qu’il les aime ! On a besoin d’être rassuré. La perception de l’économie française est encore négative, mais ça évolue positivement depuis six mois. Il était donc nécessaire que François Hollande vienne ici", assure Miguel Valdes-Faura.

Un brin fataliste. "Il n'y a pas grand chose à attendre de François Hollande si ce n'est montrer aux Français que le monde est grand, qu'il est ouvert, qu'il change, qu'il peut se planter parfois mais qu'il s'améliore. Il y a plein de challenges et chaque Français y a sa place. Les Français gagnent à être ouverts, à regarder de l'avant", lance Julien Salanon

Dubitatif. "Honnêtement, je ne sais pas trop ce que le président veut faire en venant ici. J’espère qu’il vient pour apprendre et comprendre plutôt que de nous faire un discours sur ‘la France, c’est beau, c’est fort’. Parce que la France, ici, on s’en fout, en fait. C’est ça le problème", conclut Jeff Clavier.

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