Les étonnantes confessions de Jacques Chirac

  • A
  • A
Les étonnantes confessions de Jacques Chirac
Partagez sur :

Découvrez des extraits du premier tome des mémoires de l'ancien président qui paraît vendredi et dont Europe 1 a pu lire l'intégralité.

Jacques Chirac se lâche enfin. Tout au long des 500 pages de Chaque pas doit être un but, premier tome de ses mémoires à paraître vendredi, l'ancien président de la République, que l'on connaissait corseté et économe de ses jugements, révèle une plume offensive, et n’hésite pas à égratigner ceux qui furent ses partenaires ou adversaires tout au long de sa carrière politique.

Concernant sa relation avec Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac évoque une "communication toujours difficile", devenue "quasi impossible à la fin du septennat [de VGE] septennat, tant [il a] eu du mal à comprendre ses réactions, ses façons d’être et sa psychologie." Revenant sur ses années de premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing (1974-1976), Jacques Chirac emploie des termes qu'on croirait prononcés par François Fillon aujourd'hui : "J’étais à peine consulté sur le choix des ministres. J’apprenais par la presse et la radio des décisions importantes."

Au sujet d’Edouard Balladur, que Chirac qualifie de "calculateur froid au raffinement acéré", l’ancien président écrit : "Nous étions aux antipodes l’un de l’autre." Et dévoile que l'ancien premier ministre avait proposé un débat à Jacques Chirac juste avant le premier tour de la présidentielle en 1995, que ce dernier déclina : "Nous n’aurons jamais d’opposition d’homme à homme."

Nicolas Sarkozy, qui devrait être plus longuement évoqué lors de la parution, prévue en 2010, du second tome des mémoires portant sur la période 1995-2007, n’est pas épargné. Lorsque celui qui était alors ministre du Budget annonce à Jacques Chirac qu’il soutiendra Edouard Balladur en 1995, "cela ne m’a pas laissé indifférent", confesse l’ancien président, qui parle de Nicolas Sarkozy comme d’un homme "nerveux, empressé, avide d’agir, et se distinguant par un indéniable sens de la communication".

François Mitterrand a droit à un hommage appuyé de Jacques Chirac : "L’homme que je découvre au fil de nos entretiens [entre 1986 et 1988, lors de la cohabitation] m’apparaît d’une finesse de jugement et d’une intelligence tactique que j’ai rarement rencontrées dans le monde politique. 'Salut l’artiste' m’est-il arrivé de penser en assistant à quelques-unes de ses prestations." Et l'on apprend que le prédécesseur de Jacques Chirac lui avait glissé cette phrase en août 1994, en pleine campagne électorale : "C'est votre tour, vous serez élu".

Enfin, et c'est l'aspect le plus surprenant de son livre, Jacques Chirac n'hésite pas à aborder des sujets plus personnels. L’ancien président va jusqu’à évoquer son dépucelage ou la maladie de sa fille aînée, Laurence, gravement anorexique et qui a tenté de se suicider. Quelques lignes sont même consacrées à sa propre déprime : l'ancien chef de l'Etat confie avoir consulté un médecin pour vérifier qu’il ne souffrait pas de dépression au lendemain de son échec à la présidentielle de 1988. Enfin, sa femme Bernadette, dont il se sent "indissociable", a droit à ses louanges : "Bernadette a son franc-parler et ses opinions peuvent être tranchantes, parfois trop à mon goût, surtout quand elles me concernent. Mais ses avis, ses conseils, ses critiques m'ont souvent éclairé."

Europe1.fr avec Fabien Namias