Les dérapages du ministre Guéant

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Les dérapages du ministre Guéant
En moins d'un mois place Beauveau, Claude Guéant a déjà provoqué trois polémiques.@ MAXPPP
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Le nouveau ministre de l'Intérieur a provoqué une nouvelle polémique. Retour sur ses petites phrases.

En moins d'un mois au ministère de l'Intérieur, le nouveau locataire de la place Beauvau a beaucoup fait parler de lui. Et pas toujours en bien. Retour sur les petites phrases de Claude Guéant qui ont créé des polémiques.

"Les Français ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux". En pleine campagne électorale pour les cantonales, le ministre de l'Intérieur lâche cette petite phrase sur Europe 1. "Les Français à force d'immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale", déclare-t-il. "Nos compatriotes veulent choisir leur mode de vie, ils ne veulent pas qu'on leur impose un mode de vie", a insisté le ministre.

Deux jours plus tôt, Claude Guéant avait dit dans Le Monde que "les Français veulent que la France reste la France" tout en assurant qu'"ils ne sont pas xénophobes".Des propos qui ont entraîné une vague de protestation à gauche. Pour la première secrétaire du PS, Martine Aubry, "avoir les propos qu'a M. Guéant à trois jours du premier tour [des cantonales, ndlr] et nous faire pleurer des larmes de crocodile en nous disant que le FN augmente, c'est vraiment se moquer des valeurs de la République". Une association de soutien aux sans-papiers a même annoncé qu'elle voulait porter plainte contre le ministre, pour "provocation à la haine".

"Le président a pris la tête de la croisade". En voulant rendre hommage au rôle que Nicolas Sarkozy a joué dans l'intervention militaire en Libye, le ministre de l'Intérieur déclare : "Heureusement, le président a pris la tête de la croisade pour mobiliser le Conseil de sécurité des Nations unies, et puis la Ligue arabe et l'Union africaine".

Martine Aubry réagit une nouvelle fois vivement. Elle dénonce "une erreur profonde d'analyse, une erreur politique, une erreur d'amateur aussi". Pour François Bayrou, le président du MoDem, il s'agit d'une "faute". Au gouvernement, on minimise les propos de Claude Guéant. Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, met cette petite phrase sur le compte de la "maladresse".

"On me fait dire ce que je n'ai pas dit !"

Le principal intéressé dénonce de son côté "une manipulation". "On me fait dire ce que je n'ai pas dit !", se défend-il. Il admet "avec le recul" qu'il aurait pu choisir "un autre mot".

"Les usagers du service public ne doivent pas porter de signes religieux ni manifester une quelconque préférence religieuse". A quelques jours du débat au sein de l'UMP sur la laïcité et juste avant le second tour des cantonales, Claude Guéant déclare que si "les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, les usagers du service public ne doivent pas non plus". Une position clarifiée un peu plus tard par son entourage qui indique que le ministre pensait "en particulier à l'hôpital". "On sait qu'à l'hôpital il y a un certain nombre de personnes qui refusent, pour des femmes, des soins prodigués par des hommes. Eh bien ce n'est pas admissible", avait en effet ajouté Claude Guéant lors de la même interview.

Le "ministre qui murmurait à l'oreille du FN"

Après cette nouvelle déclaration polémique, le patron des députés PS, Jean-Marc Ayrault, qualifie Claude Guéant de "ministre qui murmurait à l'oreille du FN". Durant combien de temps encore l’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy va-t-il multiplier les petites phrases qui visent à dresser les Français les uns contre les autres ?", écrit le député.

Au sein même de la majorité, ces polémiques commencent à lasser. Claude Guéant doit "arrêter de dire n'importe quoi" et de "ridiculiser la majorité" avec des propos qui "n'ont rien à voir avec la laïcité mais qui relèvent de l'Inquisition", demande le député Jean-Pierre Grand.

Le ministre de l'Intérieur s'est défendu jeudi soir en accusant de nouveau le PS de "tronquer" et "déformer" ses propos.