Les cinq enseignements du gouvernement Philippe II

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Les cinq enseignements du gouvernement Philippe II
Florence Parly, Benjamin Griveaux, Nicole Belloubet et Jean-Baptiste Lemoyne ont fait leur entrée au gouvernement.@ AFP
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Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont composé un gouvernement assez technocratique, recentré à gauche, en gardant en tête les objectifs de parité et de renouvellement.

Un remaniement, onze petits nouveaux, et un gouvernement qui devrait, normalement, durer un peu plus longtemps que le précédent. Mercredi soir, le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Kohler, a égrené les noms des 29 ministres et secrétaires d'État qui composent la seconde équipe d'Édouard Philippe. Une équipe plus étoffée, très "techno" et… très macroniste.

La parité et la société civile toujours prioritaires

Comme dans le premier gouvernement, le chef de l'État et le Premier ministre se sont attachés à respecter la parité et à nommer des personnalités issues de la société civile. Sur 29 membres, 14 sont des femmes. Deux d'entre elles se voient confier des ministères régaliens (la Justice et les Armées), quand Sylvie Goulard était la seule dans le gouvernement précédent. En revanche, le secrétariat d'État à l'Égalité homme-femme est resté un secrétariat d'État, et n'est pas devenu un ministère de plein exercice, comme l'avait pourtant promis Emmanuel Macron pendant sa campagne.

Parmi les nouveaux entrants, deux sont issus de la société civile. Julien Denormandie, secrétaire d'État auprès du ministre de la Cohésion des Territoires, est ingénieur des Eaux et Forêts. Brune Poirson, qui partage le secrétariat d'État auprès du ministre de la Transition écologique et Sébastien Lecornu, a dirigé une filiale de Veolia en Inde, avant d'être chercheuse sur les innovations sociales aux Etats-Unis.

Un recentrage à gauche

Contrairement à ce que certaines rumeurs avaient pu laisser penser, Emmanuel Macron n'a pas envoyé de gros signes à droite en attirant dans son giron des nouveaux caciques LR. Seuls Sébastien Lecornu, lemairiste et proche du Premier ministre Édouard Philippe, et Jean-Baptiste Lemoyne, qui soutenait Alain Juppé mais a été le premier parlementaire de droite à rallier officiellement Emmanuel Macron, viennent "droitiser" ce gouvernement. Tous deux héritent d'un secrétariat d'État.

À l'inverse, Stéphane Travert, Florence Parly, Nicole Belloubet ou encore Benjamin Griveaux viennent tous de la gauche. Les deux premiers sont d'anciens socialistes, la troisième l'était jusqu'à ce qu'elle soit nommée au Conseil constitutionnel en 2013, et le dernier est issu des rangs des strauss-kahniens.

Par ailleurs, le MoDem perd du terrain. Le parti centriste avait droit, dans le gouvernement précédent, à deux ministères régalien (la Justice et les Armées) et un ministère (les Affaires étrangères). Il ne lui reste désormais plus qu'une ministre auprès du ministre de l'Intérieur, Jacqueline Gourault, très proche de François Bayrou, et un secrétariat d'État auprès de la ministre des Armées, qui échoit à Geneviève Darrieussecq.

Des effectifs étoffés

De 22, le gouvernement est passé à 29 membres. Avec, notamment, une multiplication des postes de secrétaires d'État, qui viennent renforcer certains gros ministères, comme celui de la Transition écologique et solidaire.

Ces renforcements d'effectifs sont d'autant plus importants pour les membres du gouvernement qu'ils sont très contraints sur le nombre de collaborateurs au sein de leur cabinet. Par décret, Emmanuel Macron l'a réduit à dix conseillers pour un ministre, huit pour un ministre délégué et cinq pour un secrétaire d'État.

La technocratie en force

Parmi les nouveaux entrants, on compte plusieurs profils de haut-fonctionnaires. À commencer par Florence Parly, nouvelle ministre des Armées, qui remplace Sylvie Goulard. Cette diplômée de l'ENA a été administratrice civile à la Direction du budget à sa sortie de l'école d'administration, avant d'intégrer des cabinets ministériels comme conseillère technique.

Nathalie Loiseau, ministre chargée des Affaires européennes à la place de Marielle de Sarnez, est, elle aussi, issue de la haute fonction publique. Elle a notamment travaillé pendant 26 ans au Quai d'Orsay, avant de se voir confier la direction de l'ENA (dont elle n'est cependant pas diplômée).


Si on ajoute à ces deux nouvelles entrantes Bruno Le Maire et Jean-Michel Blanquer, qui sont ou ont été haut-fonctionnaires, le gouvernement prend des allures "techno".

Un gouvernement de proches

Deux macronistes "pur jus" font leur entrée : Julien Denormandie et Benjamin Griveaux, tous deux secrétaires d'État. Le premier est si proche du président qu'il devait monter une start-up avec lui en 2014, lorsqu'Emmanuel macron avait quitté le secrétariat général adjoint de l'Élysée. Finalement rappelé à Bercy, il avait fait de Julien Denormandie le chef adjoint de son cabinet. Celui-ci a ensuite été l'un des artisans de la campagne.

Benjamin Griveaux, lui aussi, a activement participé à la campagne, jusqu'à en devenir l'un des principaux visages en qualité de porte-parole. Candidat à la députation à Paris, on lui promettait la tête du parti La République en marche!. C'est finalement en tant que secrétaire d'État à Bercy qu'il a été placé. Si le ministère de l'Économie a été ouvert par Emmanuel Macron à la droite, avec un tandem Bruno Le Maire-Gérald Darmanin, son arrivée permet au chef de l'État d'avoir l'un de ses plus proches au sein d'un ministère clef.