L'énigmatique Marc Joulaud, premier rôle de l'affaire Fillon

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L'énigmatique Marc Joulaud, premier rôle de l'affaire Fillon
François Fillon et Marc Joulaud en 2012.@ JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
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Entre 2002 et 2007, le maire de Sablé-sur-Sarthe a très bien payé Penelope Fillon pour un emploi présumé fictif d’assistante parlementaire.

Petit événement à Sablé-sur-Sarthe : vendredi, selon les déclarations du directeur de la communication de la mairie à Europe 1.fr, Marc Joulaud va revenir en ville. Sa ville, dont il est maire depuis 2008. Tout cela est à prendre au conditionnel car, depuis dix jours, le député européen a disparu.

Harcelé de toutes parts, l’édile fuit le cirque médiatique qui le poursuit pour son rôle dans l’affaire Fillon, véritable poison pour une droite affaiblie. Lui a répété aux équipes de télévision qu’il “réservait [ses] déclarations à la justice”. Mercredi, il a justement été entendu par le parquet national financier de Nanterre, dans l’enquête sur les généreux salaires reçus par Penelope Fillon en tant que collaboratrice parlementaire, de 1988 à 2013.

Rémunérations extravagantes. Car Marc Joulaud est un maillon essentiel de l’affaire Penelope Fillon. Selon le Canard enchaîné, il a employé l’épouse de l’ancien Premier ministre comme assistante parlementaire de 2002 à 2007, lorsqu’il était suppléant d’un François Fillon ministre des Affaires sociales. Ce qui intéresse les enquêteurs pour deux raisons.

D’abord, peu de gens se souviennent du travail effectué par Penelope Fillon dans la Sarthe, alors que la ligne de défense du candidat de la droite à la présidentielle consiste précisément à affirmer qu’elle était plus présente en circonscription qu’à l’Assemblée. “Localement, je n’ai pas eu affaire à Penelope Fillon comme attachée parlementaire de Marc Joulaud ou François Fillon”, rappelle cruellement la maire LR de la commune voisine de Louailles.

Ensuite, les rémunérations perçues par Penelope Fillon dépassent largement les montants d’ordinaire versés à un assistant parlementaire. Elle a commencé par toucher 6.900 euros bruts par mois au début du mandat, à l’été 2002, pour terminer à 10.167 euros sur les derniers mois de la législature, en 2007. Pour rappel, l’enveloppe totale pour employer des assistants parlementaires s’élève à 9.561 euros et les députés s’en servent pour employer en moyenne trois collaborateurs.

Une carrière dans l’ombre de François Fillon. De telles faveurs s’expliquent avant tout par la loyauté de Marc Joulaud envers François Fillon. Les deux hommes débutent leur collaboration au début des années 1990, quand François Fillon est maire de Sablé et l’embauche comme assistant parlementaire de 1992 à 1995.

Même tandem lorsque François Fillon siège à l’hôtel de région des Pays de la Loire, entre 1998 et 2001. Il cumule ensuite son mandat de conseiller municipal à Sablé-sur-Sarthe avec celui de député suppléant, toujours de François Fillon. Celui-ci nommé au gouvernement, Marc Joulaud entre à l’Assemblée.

Peu présent au Parlement européen. En 2008, le conseiller municipal devient maire de Sablé-sur-Sarthe mais essuie un lourd revers au législatives de 2012 : le poids lourd local Stéphane Le Foll le bat sèchement au second tour avec près de 60% des voix au second tour.

Le Sabolien se console avec un poste d’attaché parlementaire du sénateur Jean-Pierre Chauveau, lui aussi proche de François Fillon. En 2014, il conserve la mairie et devient eurodéputé. À Strasbourg, Marc Joulaud n’est cependant pas le plus assidu : il est classé 613e sur en termes d’assiduité et de participation aux votes importants, selon les calculs de VoteWatch.

La mairie de Sablé-sur-Sarthe indique à ce propos qu’il devrait être au Parlement européen jeudi, avant ce fameux retour dans sa ville, vendredi. En attendant, il s’est fait très discret, son équipe ne répondant à aucun journaliste et laissant ses administrés sans explication. “Les citoyens sont demandeurs, à juste titre, de transparence sur l’activité de leurs représentants”, affirme pourtant Marc Joulaud sur son site de député européen.