Législatives : voici les trois scénarios possibles

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Législatives : voici les trois scénarios possibles
@ PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Dans la foulée de la présidentielle, rarement des législatives auront été aussi indécises. Majorité, cohabitation, coalitions, tout est possible. 

Il faut avoir un sacré flair, ou des dons de voyance, pour deviner à quoi vont aboutir les législatives. Après une élection présidentielle dont le premier tour avait été particulièrement indécis, les amateurs reprennent une ration de suspense avec les scrutins des 11 et 17 juin. Emmanuel Macron, le président élu dimanche dernier face à Marine Le Pen, va-t-il obtenir une majorité ? C’est l’enjeu principal. Si tel n’était pas le cas, deux autres cas de figure sont possibles : une cohabitation ou la constitution d’une coalition, une première sous la 5ème République. Quant à FN, à LR et au PS, ils jouent une bonne partie leur avenir.

  • Premier scénario : Macron obtient la majorité

C’est évidemment le scénario dont rêve celui qui sera officiellement investi président de la République dimanche prochain. Emmanuel Macron soutenu par une majorité absolue serait assuré d’appliquer son programme sans entrave ou presque. A commencer par la réforme du Code du travail par ordonnances, que le futur chef de l’Etat veut lancer dès l’été. Et qui nécessite le feu vert de l’Assemblée d’abord, puis sa validation en fin de processus. Et plus sa majorité sera large, plus il sera serein, lui qui a vécu de près la fronde de certains députés socialistes pendant le quinquennat Hollande, avec notamment le recours au 49.3 pour faire passer la loi Macron. Sauf que ce n’est pas gagné. Selon un sondage Ipsos publié dimanche soir, 61% des Français ne souhaitent pas que le futur président dispose d’une majorité dans la future Assemblée. C’est beaucoup.

Alors La République en marche met toutes les chances de son côté. Le mouvement créé par Emmanuel Macron présentera des candidats dans les 577 circonscriptions françaises, dont certains débauchés à la concurrence. Mais ceux-là devront se présenter sous la bannière LREM et non avec l’étiquette de leur parti d’origine. Et tous les députés élus dans une éventuelle majorité présidentielle devront signer "un contrat avec la Nation", selon l’expression d’Emmanuel Macron lui-même, dans lequel ils s’engagent à soutenir tous les grands projets du chef de l’Etat.

Selon un sondage Kantar Sofres diffusé dimanche soir, le parti d’Emmanuel Macron, qui a posé comme conditions de présenter 50% de candidats issue de la société civile, est favori des législatives. Il recueille 24% d’intentions de vote. Il devant de deux points le Front national (21%) et surtout Les Républicains (22%), qui semblent les adversaires les plus dangereux pour le futur président de la République.

  • Deuxième scénario : une cohabitation avec la droite

L’élimination dès le premier tour de François Fillon a fait mal à la droite, mais pas assez pour que Les Républicains soient assommés. Ses leaders rêvent même tout haut d’une cohabitation avec Emmanuel Macron. Si, sous la houlette de François Baroin, désigné leader de la campagne, le parti de la droite parvient à rester uni, cet objectif n’est pas qu’une chimère. L’ex-UMP a des députés sortants en nombre, qui se sont lancés dans la bataille depuis longtemps, et surtout plus d’expérience que La République en marche en matière de joutes législatives.

Si LR obtenait la majorité absolue, la 5ème République connaîtrait un quatrième épisode de cohabitation, après 1986-1988, 1993-1995, 1997-2002. Surtout, la droite serait effectivement de retour au pouvoir, comme cela lui était promis avant l’émergence d’Emmanuel Macron et les déboires politico-judiciaires de François Fillon.

Cela sera dit très compliqué. D’abord parce que la désunion menace. Il y a eu entre les deux tours une scission entre ceux prêts à voter Macron, et ceux qui "finassaient", selon l’expression d’Alain Juppé. Il y a désormais une potentielle rupture entre ceux prêts à travailler avec le nouveau président, comme Bruno Le Maire, et les leaders des Républicains, qui menacent les premiers d’exclusion. C’est donc un peu quitte ou double pour Les Républicains : soit la majorité absolue, soit l’implosion.

  • Troisième scénario : pas de majorité, place à une (ou des) coalition(s)

La France pourrait aussi connaître un scénario inédit sous la 5ème République : le retour à des coalitions, très en vogue sous la 4ème, entre 1946 et 1958. Ce sera le cas si aucun parti ne parvient à remporter la majorité absolue. Dans ce cas, deux options s’offriraient à Emmanuel Macron.

La première, ce serait la constitution d’une coalition durable, avec une partie des députés de gauche et une partie d’élus de la droite. Cela aurait d’abord pour conséquence possible l’apparition de groupes politiques plus nombreux, par exemple deux pour le Parti socialiste, deux du côté des Républicains, plus ceux de LREM, du FN, et éventuellement de l’extrême gauche. Avec comme risque possible un éclatement de la coalition, si l’une ou l’autre de ses composantes, en désaccord sur un projet d’importance, décidait de claquer la porte. D’où une instabilité potentielle qui a justement précipité la chute de la 4ème République. Il faudrait en outre pour Emmanuel Macron composer un gouvernement représentatif de tous les courants de la coalition. Pas simple.

La deuxième option apparaît comme encore plus compliquée : composer des coalitions de circonstance, en fonction des projets de réforme étudiés, des "majorités de projet". La France basculerait alors dans un parlementarisme que l’on pensait incompatible avec la 5ème République. Avec son lot de tractations interminables et de blocages potentiels, sans compter l’affaiblissement du président de la République qui en découlerait immanquablement. Certainement pas l’hypothèse privilégiée par Emmanuel Macron.

  • Les cas du Front national et du Parti socialiste

Pour ces deux partis, il n’est pas question de majorité. Mais le Front national comme le Parti socialiste joueront tout de même une partie de leur avenir lors des législatives. C’est surtout vrai pour le second nommé, qui joue ni plus ni moins que sa survie après le score calamiteux (6,36%) de son candidat Benoît Hamon au premier tour de la présidentielle. Le PS pourrait faire moins bien qu’en 1993, quand 57 députés à la rose seulement s’étaient assis dans l’Hémicycle. Et au sein de la nouvelle Assemblée, certains pourraient même être tentés de rejoindre une nouvelle majorité ou de participer à une éventuelle coalition. L’hémorragie a d’ailleurs commencé, avec Manuel Valls, qui a annoncé mardi matin son intention de concourir sous la bannière de La République en marche.

Le Front national est dans une position plus confortable. Avec deux députés sortants, il est quasiment certain de faire mieux. Son objectif minimal est d’obtenir au moins 15 élus pour constituer un groupe parlementaire et ainsi peser dans les débats. Mais le FN espère faire beaucoup mieux. Et en fonction du résultat, la déception, déjà palpable après le score réalisé par Marine Le Pen lors du second tour de la présidentielle (33,9%) pourrait éclater au grand jour. Et une éventuelle crise ouverte avec.