Législatives : pourquoi rien n’enraye la dynamique d’En Marche !

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Législatives : pourquoi rien n’enraye la dynamique d’En Marche !
Rien n'y fait : La République en marche s'achemine vers une majorité écrasante à l'Assemblée. @ VALERY HACHE / AFP
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Ni les affaires, ni les révélations sur des réformes controversées ne semblent modifier la donne politique. La prime au vainqueur et la volonté de renouveau devraient tout emporter. 

A trois jours du premier tour des élections législatives, rien ne semble pouvoir arriver à La République en marche. Depuis le second tour de la  présidentielle, le 7 mai, le mouvement d’Emmanuel Macron n’a jamais faibli et il aborde le premier tour en position de force, sondages à l’appui. Et ce malgré les affaires, dont celle touchant Richard Ferrand, et malgré les fuites sur des réformes controversées, notamment celle du Code du travail. Rien donc, ne semble en mesure d’enrayer une dynamique qui, selon les enquêtes, donnent jusqu’à 400 députés à la future majorité présidentielle.

  • La prime au vainqueur, une constante

C’est un fait qui ne s’est jamais démenti sous la cinquième République. Quand des élections législatives ont lieu dans la foulée d’une présidentielle, le chef de l’Etat nouvellement élu (ou réélu) a toujours bénéficié d’une majorité, absolue et confortable le plus souvent -  à l’exception de 1988, quand François Mitterrand n’avait obtenu qu’une majorité relative. Depuis l’entrée en vigueur du quinquennat en tous cas, en 2002, le président de la République a toujours été conforté. Cette prime au vainqueur devrait encore jouer cette fois-ci.

C'est tout à fait normal que les Français ne se déjugent pas
Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop

"C’est tout à fait normal qu’après une élection présidentielle, les Français ne se déjugent pas", expliquait Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, mardi sur Europe 1. "Il y a toujours une volonté de confirmation d’une part et une démoralisation de l’autre", confirme pour Europe1.fr le politologue Jérôme Sainte-Marie. "D’autant qu’il y a cette fois une bonne partie des Français qui ont voté pour Emmanuel Macron au second tour. Ça n’a l’air de rien mais c’est important. Une barrière psychologique a été franchie", insiste le président de PollingVox.


  • Des affaires et des fuites qui n’impriment pas

Et cette prime au vainqueur ne semble pas devoir être remise en cause par les affaires. Il y a celle touchant Richard Ferrand, le ministre de la Cohésion des Territoires, bien sûr, mais aussi d’autres qui concernent des candidats LREM moins connus. Pourtant, les bons sondages s’enchaînent, alors que le PenelopeGate, qui semblait certes autrement plus sérieuse, avait profondément plombé François Fillon pour la présidentielle. "L’affaire Ferrand n’est qu’une pâle affaire Fillon sur le fond", explique Jérôme Sainte-Marie. "D’autant qu’elle touche une personnalité subalterne, qui n’a pas eu le temps de se faire connaître du grand public. Et Richard Ferrand n’est pas candidat à la présidentielle", poursuit le politologue.

L'affaire Ferrand a protégé En Marche !
Jérôme Sainte-Marie, politologue

Le président de PollingVox va plus loin. "A mon avis, l’affaire Ferrand a protégé En Marche !, car grâce à elle, on a finalement très peu parlé du Code du Travail et des réformes", juge-t-il.  C’est l’autre fait marquant de la campagne. Malgré l’annonce d’une réforme du Code du travail controversée, malgré des fuites, dans Le Monde, sur des transpositions dans le droit de dispositions de l’état d’urgence, cela n’imprime pas dans l’opinion.

"Pour cela, il aurait fallu que les gens se sentent touchés au portefeuille", estime Jérôme Sainte-Marie, qui cite l’exemple de la TVA sociale en 2007. A l’époque, la majorité obtenue par Nicolas Sarkozy, large vainqueur de la présidentielle face à Ségolène Royal, avait été moins large qu’attendue, parce que Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Economie, avait annoncé une hausse de la TVA avant les législatives. C'est d'ailleurs pourquoi Les Républicains, notamment tentent d'insister sur l'augmentation annoncée de la CSG. Mais là encore, ça ne prend pas. 

  • Une position centrale face à des oppositions irréconciliables

Dernier atout qui explique la dynamique d’En Marche ! : sa position au centre du spectre politique, conjuguée à des adversaires très antagonistes.  "La configuration majeure pour le second tour sera le duel. Et dans des duels, la position centrale d’En Marche fonctionne à plein", estime Frédéric Dabi. "Dans des duels face à la droite ou l’extrême droite, la gauche ira voter pour En Marche !, et inversement. Ce double effet de ciseau va encore amplifier la dynamique En Marche !", prédit le sondeur.

"Face à LREM, il y a quatre oppositions totalement irréconciliables entre elle", abonde Jérôme Sainte-Marie. "A chaque fois qu’un candidat d’En Marche ! sera à un haut niveau et qualifié, il bénéficiera d’un report de voix important", conclut le politologue. Ses adversaires impuissants devront, le plus souvent, se résigner à la défaite. Et assister, impuissants, au triomphe de la République en marche d'Emmanuel Macron.