Législatives : pourquoi il n’y a qu’une seule triangulaire en 2017, contre 34 en 2012

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Législatives : pourquoi il n’y a qu’une seule triangulaire en 2017, contre 34 en 2012
@ FRED TANNEAU / AFP
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Dimanche lors du second tour des législatives, il n’y aura presque que des duels. Une situation qui s’explique par la forte abstention et qui conditionne les débats politiques de l’entre-deux-tours.

La première circonscription de l’Aube ne concerne pas forcément des têtes d’affiche politiques, mais elle attirera pourtant immanquablement l’attention, dimanche, lors du second tour des législatives. Il s’agit en effet du seul territoire où trois candidats s’affronteront. Une seule triangulaire donc, alors que partout ailleurs, le premier tour a accouché de duels. En cinq ans, le changement est sensible, puisqu'en 2012, pas moins de 34 circonscriptions s'étaient jouées sur une triangulaire au second tour. Cette différence s'explique par l’abstention record qui a accompagné le scrutin de dimanche. Et et qui empêche de fait le débat sur les désistements et le Front républicain, qui anime traditionnellement l’entre-deux-tours des législatives.


Pour rappel, voici le nombre de triangulaires lors des législatives précédentes :

- 1993 : 15
- 1997 : 79
- 2002 : 10
- 2007 : 1
- 2012 : 34
- 2017 : 1

  • Qui dit forte abstention dit peu de triangulaires

Aux législatives, la règle est simple, même si elle complique singulièrement la tâche des candidats.  Pour se maintenir au second tour, il faut recueillir sur son nom plus de 12,5% des inscrits et non des voix exprimées. C’est mathématique : plus l’abstention est élevée, plus le seuil de maintien au second tour est élevé. Exemple : avec 55% d’abstention dans une circonscription, les candidats engagés devaient recueillir plus de 27,77% des voix pour se qualifier. Pas simple.

D’ailleurs, nombre de candidats qualifiés au second tour ont en fait été repêchés. Ils sont se sont placés deuxièmes en réunissant moins de 12,5% des inscrits, mais comme leur adversaire arrivé en tête n’a pas franchi la barre des 50% des voix exprimées qui permet de l'emporter dès le premier tour, ils ont gagné le droit de disputer le second tour. Avec, le plus souvent, la perspective d’une défaite annoncée.

  • Des conséquences fâcheuses pour le Front national

Traditionnellement, l’entre-deux tours des législatives est animé par un débat sur le Front républicain et sur l’opportunité, pour certains , de se désister en faveur de tel ou tel candidat. Avec bien souvent, au centre du jeu, le Front national. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci. Avec presque exclusivement des duels, il ne sera question ni de désistements, ni de Front républicain. Seuls les appels au vote et les ralliements pourront rythmer cet entre-deux tours.

C’est une mauvaise nouvelle pour le Front national, qui n’aime rien tant que se victimiser face à des adversaires qui se regroupent contre lui. En outre, le parti frontiste n’est pas à l’aise dans les duels, où il se heurte à son fameux plafond de verre électoral. En 2012, les deux députés FN, Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen, avaient été élus suite à des triangulaires. Le parti de Marine Le Pen, qui ambitionnait au moins quinze députés pour constituer un groupe parlementaire à l’Assemblée, ne pourrait au final n’en avoir qu’un, sa présidente, bien placée à Hénin-Beaumont. Ce serait un véritable camouflet pour une formation qui, au second tour de la présidentielle, se revendiquait comme le première force d’opposition à Emmanuel Macron.

  • Le précédent de 2007

Ce n’est pas la première fois qu’il y a si peu de triangulaires au second tour des législatives. En 2007, déjà une seule circonscription était concernée. Mais à l’époque, ce chiffre recouvrait une réalité politique radicalement différente. Dans la foulée d’une présidentielle calamiteuse, le FN n’avait recueilli que 4,29% des suffrages au plan national, et seule Marine Le Pen s’était qualifiée pour le second tour. Et ce sont les deux grands partis de l’époque, l’UMP et le Parti socialiste, qui s’étaient partagés le gros des députés. Dix ans plus tard, si le nombre de triangulaires est le même, la situation politique, elle, a changé. Radicalement.



L’exception de la première circonscription de l’Aube

C’est donc à Troyes et dans ses environs que trois candidats s’affronteront au second tour : Grégory Besson-Moreau (29,86%), pour REM, Nicolas Dhuicq (25,68%), le sortant, pour Les Républicains, et Bruno Subtil (24,89%), pour le Front national. Ce dernier, qui a recueilli 12,60 des voix des inscrits, a eu chaud. Le second tour s’annonce serré, mais pour la première fois depuis 1978, cette première circonscription de l'Aube pourrait échapper à la droite. Un mini-séisme de plus dans des élections législatives qui en a connu plusieurs.