Législatives : les six leçons du scrutin

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Législatives : les six leçons du scrutin
Emmanuel Macron a obtenu une large majorité à l'Assemblée. Tous ses ministres candidats, dont Richard Ferrand (à droite) ont été élus.@ PATRICK KOVARIK / AFP
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En dépit d'une abstention record, Emmanuel Macron obtient une majorité absolue. Si la droite limite la casse, elle n'échappera pas à une crise interne. Tout comme le Front national.

C'est la fin de près d'un an de campagne électorale et de scrutins à la chaîne. Dimanche soir, le second tour des législatives a permis à Emmanuel Macron et la République en marche! d'obtenir une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Les Républicains, de leur côté, constituent le plus gros groupe d'opposition, mais des tensions internes sont à prévoir. Au FN, elles ont d'ores et déjà éclaté. Du côté de la gauche, en dépit de résultats décevants, plusieurs têtes d'affiches s'en sortent bien.

Une majorité absolue mais pas historique

Au total, la République en marche! et son allié, le MoDem, obtiendra plus de 341 députés (hors Français de l'étranger) sur 577. Une majorité absolue certes en deçà des prévisions (certaines projections donnaient jusqu'à 450 élus à Emmanuel Macron) mais très confortable. À titre de comparaison, en 2012, le PS avait obtenu 295 sièges, 328 en comptant ses alliés écologistes et radicaux de gauche. Il faut remonter à 2002 pour trouver une majorité comparable. À l'époque, l'UMP avait raflé 365 sièges.

Si ses adversaires résistent mieux que prévu, Emmanuel Macron n'en aura pas moins les coudées franches pour gouverner. Et ce d'autant que la REM seule a au moins 300 députés, soit plus de la moitié.

Une abstention record

L'abstention était déjà particulièrement élevée (51,30%) au premier tour. Elle a battu des records au second, avec 56,64% des électeurs qui ne se sont pas déplacés. Les raisons invoquées pour expliquer une telle démobilisation sont diverses : la longueur de l'année électorale, qui a pu entraîner une certaine lassitude, ou encore l'élimination de certains candidats qui n'ont pas entraîné un report des voix. "On a peut-être un peu trop laissé penser que tout cela était joué", a regretté le porte-parole du gouvernement et candidat dans les Alpes-de-Haute-Provence, Christophe Castaner, sur France 2.

Le Front national au bord de la crise de nerf

Marine Le Pen a eu beau donner le change dans son discours, transformant l'élection de huit députés frontistes en victoire écrasante, le Front national essuie une lourde déconvenue avec ces législatives. Il y a encore deux mois, le parti misait sur une quarantaine d'élus. Finalement, il n'aura même pas de quoi constituer un groupe parlementaire. Certaines figures, comme Florian Philippot et Nicolas Bay, ont été éliminées.

Dès le soir du second tour, certains élus d'extrême-droite ont mis les pieds dans le plat. À l'instar de Gilbert Collard, soutenu par le FN dans le Gard, qui l'a emporté sur le fil. "Le FN en a pris un sacré coup dans la tête", a-t-il souligné. "Ce n'est pas concevable que dans une région comme le Gard, j'ai eu tant de difficultés, alors que j'avais un élan extraordinaire. Je me pose des questions et je les poserai" au parti. Par médias interposés, Steeve Briois, vice-président du parti, a tenté de calmer le jeu et appelé à ne pas laver son linge sale en public. Trop tard. Cette défaite va forcer le parti à examiner certains sujets devenus sensibles, comme la sortie de l'euro. Et, probablement, à effectuer une clarification de ligne qui pourrait déboucher sur des départs fracassants.



LR limite la casse…pour le moment

Chez Les Républicains, les plus de 110 sièges obtenus -environ 150 avec leurs alliés-, sont un soulagement. La droite reste le premier parti d'opposition et sauve quelques têtes d'affiches, comme Claude Goasguen à Paris, Christian Jacob en Seine-et-Marne ou Eric Woerth dans l'Oise. "On résiste quand même bien", a résumé Rachida Dati sur le plateau de BFM TV.

Et pourtant. Plusieurs responsables LR ont rappelé qu'il s'agissait là d'une bien maigre consolation, alors qu'il y a moins de six mois, cette présidentielle semblait imperdable pour la droite. "C'est une déception terrible", a asséné Jean-François Copé, avant d'appeler son parti à se remettre en question. "Imaginez qu'on reprenne demain comme si rien ne s'était passé. Ce serait une erreur historique."

Outre cette auto-analyse, les Républicains vont nécessairement devoir affronter des divisions internes. Une partie d'entre eux ont d'ores et déjà annoncé qu'ils seraient dans une démarche "constructive" vis-à-vis d'un gouvernement qui a largement ouvert la porte à certains d'entre eux. Une autre moitié de la famille politique a bien l'intention de se constituer en opposition, autour de figures fortes comme Laurent Wauquiez. Et le risque de voir apparaître deux droites irréconciliables existe bel et bien.

Le PS doit tout reconstruire

Du côté du Parti socialiste, les consolations sont très, très maigres. Des poids lourds, comme Marisol Touraine ou Jean-Jacques Urvoas, ont été éliminés. Avec 32 députés (46 en comptant ses alliés), la formation politique n'échappera pas à une profonde refondation. Cela a d'ailleurs commencé dès dimanche soir, Jean-Christophe Cambadélis annonçant qu'il quittait son poste de premier secrétaire.  "Je prends cette décision sans amertume ni colère, conscient de mon devoir et du moment crucial que traverse la gauche", a-t-il déclaré.

Néanmoins, une jeune garde PS a résisté à la vague de la République en marche!. Olivier Faure, largement réélu en Seine-Maritime, Delphine Batho, qui l'a emporté dans les Deux-Sèvres, Guillaume Garot en Mayenne ou encore Olivier Dussopt dans l'Ardèche, pourraient devenir les personnalités fortes d'un parti qui n'en compte plus beaucoup.


L'extrême gauche case des personnalités

Si la France Insoumise et les communistes, qui totalisent 27 élus, ne peuvent pas rêver d'entraver véritablement l'action du gouvernement, leur résultat est marqué par l'élection de têtes d'affiches. Politiques chevronnés (Jean-Luc Mélenchon, Marie-George Buffet) ou néo-élus (François Ruffin) seront, à n'en pas douter, des voix d'opposition qui porteront.

Dans tous les cas, ils pourront former un groupe. Jean-Luc Mélenchon a précisé que celui-ci serait "discipliné, offensif". Et n'a pas exclu d'en prendre la tête.