Législatives : ces bastions de droite et de gauche qui sont en danger

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Avec l'émergence d'En Marche! et la poussée frontiste, les circonscriptions historiquement à gauche et à droite pourraient changer de couleur politique lors des législatives.

Impossible de les faire changer de couleur politique, dit-on souvent d'eux. Véritables "bastions imperdables" pour le parti le mieux implanté, ce sont des territoires qui votent généralement pour un seul parti, peu importe le climat national ou la personnalité du candidat. Mais ça, c'était avant car, en 2017, la recomposition du paysage politique n'épargne aucune place forte. Première cause : la percée de La République en marche!, jeune mouvement politique du président Macron, arrivé en tête dans 230 circonscriptions au premier tour de l'élection présidentielle.

En progression constante depuis une dizaine d'années, le Front national devrait aussi rafler des territoires jusqu'alors solidement ancrés à gauche et à droite. De leur côté, Les Républicains peuvent rater le train de l'alternance et se retrouver avec deux fois moins de députés qu'en 2012, d'après les derniers sondages publiés avant les législatives. Pire, le Parti socialiste craint une débâcle historique : il n'avait remporté que 57 sièges lors de la lourde gifle reçue en 1993 et cette année, Solférino espère atteindre les 40 députés. Et s'attend à perdre des bastions qu'il occupait depuis au moins 1997.

Les socialistes menacés dans une vingtaine de bastions surtout nordistes

Après son score famélique de 6,36% à la présidentielle, le PS est mal en point pour les législatives. Et cela devrait se ressentir dans ses bastions traditionnels des Hauts-de-France. Le plus célèbre d’entre eux : la 11ème circonscription du Pas-de-Calais (Hénin-Beaumont), où Marine Le Pen pourrait être élue sans difficulté après une tentative manquée de peu en 2012. Autour, c'est un chapelet de territoires miniers en reconversion qui pourraient suivre car, dans le département, la candidate du FN est arrivée en tête dans toutes les circonscriptions.

Triple pression dans le Nord. Dans le Nord voisin, la donne n'est guère meilleure. Trois circonscriptions ont élu des députés PS depuis 1997, et peuvent basculer sous la pression conjuguée des Insoumis (Jean-Luc Mélenchon y est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle), des candidats En Marche! en pleine dynamique Macron et enfin du Front national, qui s'invite en trouble-fête dans des territoires qui lui sont sociologiquement favorables. En duel ou en triangulaire, le PS a des risques d'y perdre ses députés.


Ouest et Limousin acquis à Macron ? Mais le PS est également en difficulté dans le Limousin et le marais poitevin, où il réalisait traditionnellement d'excellents scores. En 2017, la donne a changé : les circonscriptions historiquement socialistes de la Vienne ou de la Haute-Vienne peuvent revenir aux mains de La République en marche!, moins de deux mois après la solide première place d'Emmanuel Macron à la présidentielle dans ces territoires, au-dessus de 25% au premier tour et de 70% au second. Dans l'Ouest, enfin, rien ne dit que le PS pourra résister à la vague Macron qui s'annonce malgré un fort ancrage local. C'est notamment le cas de la 4ème circonscription des Côtes-d'Armor, à gauche depuis 20 ans.

Île-de-France, Normandie, Hauts-de-France : Les Républicains bousculés

Pour la droite, la situation est loin d'être idéale dans plusieurs de ses places fortes. Parmi elles, l'Ouest de Paris et la petite couronne, où Les Républicains sont généralement élus dans un fauteuil. Citons les 2ème et 13ème circonscriptions parisiennes qui restent dans son giron (et des anciennes formations politiques similaires) depuis 1962. Plus d'un demi-siècle de droite, peut-être balayé par des candidats d'un mouvement né il y a un an. Il en est ainsi de Nathalie Kosciusko-Morizet (LR), très en difficulté dans les sondages face à Gilles Le Gendre (LREM) dans la 2ème circonscription de la capitale.

Fin de 30 ans de règne dans les Hauts-de-Seine ? Situation tout aussi périlleuse dans les Hauts-de-Seine : dans les 3ème, 5ème, 8ème et 11ème circonscriptions, les députés de droite élus sans discontinuer depuis 1988 pourraient céder leur fauteuil à un candidat pro-Macron, ce dernier ayant largement devancé François Fillon le 23 avril. Eux aussi élus depuis 1988, les députés de droite des 4ème circonscriptions du Nord et du Pas-de-Calais doivent respectivement faire face à une poussée d'En Marche! et du Front national.

L'extrême-gauche en reflux en Seine-Saint-Denis et dans le Nord

Référence au poids du Parti communiste dans les villes de l'Est francilien, la "banlieue rouge" de Paris est enfin mise à mal : le score de Jean-Luc Mélenchon dans la 7ème circonscription de Seine-Saint-Denis (où le PCF est élu sans discontinuer depuis 1988) peut permettre à un candidat de La France insoumise de rafler ce siège, et d'autres, le 18 juin. C'est la même chose dans la 20ème circonscription du Nord, où le communiste Alain Bocquet termine son neuvième mandat depuis 1978. Dans ce territoire, Marine Le Pen a réalisé plus de 37% au premier tour de la présidentielle.