Législatives : "Il n’y a pas encore de bastions Macron"

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Législatives : "Il n’y a pas encore de bastions Macron"
Le mouvement d'Emmanuel Macron va-t-il réussir à s'ancrer durablement au niveau local ?@ JEFF PACHOUD / AFP
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Pour le démographe Hervé Le Bras, la recomposition politique en cours acte la mort des places fortes du PS, notamment dans le Nord ou à Paris.

INTERVIEW

Petite révolution ou big bang territorial ? Les législatives des 11 et 18 juin apporteront la réponse à cette question, un mois après l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Dans le même temps, le Front national lorgne un groupe parlementaire à l’Assemblée et La France insoumise veut achever un Parti socialiste moribond, en déclin certain dans les territoires qui étaient jusqu’à présent ses bastions. Beaucoup d’interrogations dans cette équation politique à 577 inconnues pour autant de circonscriptions, que décrypte pour Europe1.fr le démographe Hervé Le Bras, auteur en 2016 du Nouvel Ordre électoral.

Certaines anciennes places fortes du PS et des Républicains peuvent céder sous la pression d’En Marche!. Peut-on pour autant parler de nouveaux bastions pour Emmanuel Macron ?

Il y a un phénomène Macron qui tient à l’offre politique, beaucoup plus qu’à des changements de mentalités. De là à dire qu’il y a un bouleversement de la vie politique et de la sociologie électorale, on ne le saura qu’à la prochaine élection. Surtout qu’aux législatives, les électeurs font traditionnellement confiance aux partis pour lequel ils ont voté à la présidentielle.

La dynamique d’Emmanuel Macron est-elle incomplète au niveau territorial ?

Le Nord résiste, il n’y a pas fait de bons scores (il arrive en tête dans seulement 4 circonscriptions sur 50 des Hauts-de-France au premier tour de la présidentielle, NDLR). L’Alsace est certes en train de bouger, mais au nord d’une ligne entre Le Havre et les Vosges, il aura de grandes difficultés lors des législatives.

La droite est-elle en mauvaise posture pour conserver ses bastions ?

Tout dépend des rapports du Front national au second tour vers la droite. On observe qu’il y a très peu de fuites du FN vers Emmanuel Macron. Plus globalement, quand la droite est sûre de gagner, les électeurs frontistes s’abstiennent. Mais si la gauche est mieux placée, ils se mobilisent en faveur de la droite, ce qui pourrait arriver le 18 juin.

La France insoumise peut-elle remplacer la ceinture rouge communiste à l’Est de Paris ?

Dans l’Est parisien, le parti de Jean-Luc Mélenchon pourrait arriver en tête, mais il n’a pas de réserve face à Emmanuel Macron car la droite votera pour En Marche! au second tour. Il devrait faire environ 8%, qui est son socle. Ce chiffre est comparable au reflux qui fut le sien en 2012, ou à celui de François Bayrou qui avait fait 18,7% en avril 2007, avant de décrocher moins de sièges qu’en 2002 aux législatives suivantes.

Qu’en est-il des bastions socialistes ?

C’est fini. Dans les Bouches-du-Rhône, le Pas-de-Calais, le PS est décrédibilisé par les affaires et par l’usure du pouvoir.

Les bastions socialistes du Nord sont donc en train de devenir des bastions FN ?

Ils le sont déjà. La gestion des mairies FN des Hauts-de-France a été très différente de celle des mairies FN conquises en 1995 dans le Sud-Est. Là, ils réussissent et font tâche d’huile. Ils ont pris la place des communistes dans le Nord et dans le Gard, par exemple. On peut dire que le FN s’est enraciné et a pris la place du PS, y compris idéologiquement.

Et ceux de l’Ouest sont-ils des nouvelles places fortes du macronisme ?

En Bretagne, la donne est différente car le territoire est plus démocrate-chrétien, moins ouvrier. Mais il n’est pas encore question de “bastions Macron”, car pour l’instant, c’est trop composite.

Finalement, comment un territoire devient-il un bastion ?

Il faut d’abord un effet de surprise, une sorte de flash : tout d’un coup, il y a un vote qui surprend. Ensuite, tout ce qui est autour se construit en opposition, ce qui accentue le contraste entre les environs, d’une couleur politique, et le coeur, d’une autre couleur et qui devient un bastion. Ce fut le cas du parti des chasseurs dans la baie de Somme dans les années 1980 ou le vote pour Philippe de Villiers en Vendée lors des élections de 1995.