L’écologie politique, un flambeau à reprendre

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L’écologie politique, un flambeau à reprendre
@ BORIS HORVAT / AFP
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Europe Ecologie au bord de la disparition, l’écologie politique est en manque d’incarnation. Emmanuel Macron et le gouvernement sont des candidats, mais d’autres revendiquent l’héritage. 

Depuis le milieu des années 1980, bon an mal an, l’écologie politique, c’était Les Verts, devenus en 2010 Europe Ecologie-Les Verts. Aujourd’hui, le parti est au bord du gouffre, financier et politique, et même si les préoccupations environnementales ont largement infusé la sphère publique, l’incarnation de l’écologie politique est à réinventer. Les leaders d’EELV n’ont pas totalement jeté l’éponge, mais ils sont concurrencés sur leur gauche par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, et sur leur droite par Emmanuel Macron, qui fait montre avec Nicolas Hulot sur le sujet d’un certain volontarisme.

  • EELV et la "page blanche"

17 députés en 2012, 0 en 2017. Plus de 1,4 million de voix reçues en 2012, mois d’un million cinq ans plus tard. Le quinquennat a été meurtrier pour Europe Ecologie-Les Verts, qui devront désormais se contenter de moins de 1,5 million d’argent public par an pour fonctionner. Le parti est en outre diminué par les défections des derniers mois de ceux qui ont dénoncé la dérive gauchiste du parti. "On prend la mesure du chantier qui est devant nous", admet Julien Bayou, porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts, qui compte sur un redémarrage lors des Journées d’été organisées fin août à Dunkerque. "Il y aura un atelier page blanche, voulu par la direction. On repart de zéro", insiste le conseiller régional Ile-de-France, interrogé par Europe1.fr.

Nos idées progressent, mais on n'en tire pas les bénéfices
Julien Bayou, porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts

La pilule est d’autant plus amère que les idées écologistes ont bel et bien progressé ces dernières années. Jusqu’ici, nous avions un rôle de lanceur d’alerte. Cet aspect prise de conscience a porté ses fruits. Nos idées progressent, mais on n’en tire pas les bénéfices", regrette Julien Bayou, qui toutefois ne désespère pas. "Il y a besoin d’un mouvement politique, pour conquérir des majorités et vraiment mettre en place un programmé écologiste. Il faut qu’on revoie notre fonctionnement. Tout ça va prendre du temps", confesse l’ancien candidat aux législatives dans la cinquième circonscription de Paris, éliminé dès le premier tour.

  • Hamon et Mélenchon sur le coup

En attendant, il y a donc une place à prendre. Cette place, Jean-Luc Mélenchon et ses Insoumis la revendiquent depuis longtemps. "Depuis 2012, avec Jean-Luc Mélenchon, nous sommes la première force électorale écologiste", assure  à Europe1.fr Alexis Corbière, lieutenant de l’ancien candidat à la présidentielle. L’homme réfute toutefois toute "vision politicienne. Nous ne sommes pas écologistes pour concurrencer EELV", assure le député de Seine-Saint-Denis. "Nous avançons sur nos propositions sans nous soucier des crises des organisations liées à la vieille scène politique frappées le 23 avril et foudroyées lors des législatives", poursuit-il.

Mais un autre ancien candidat à la présidentielle se place sur le créneau de l’écologie politique. Benoît Hamon a lancé le "Mouvement du 1er juillet" le… 1er juillet dernier à Paris, avec la volonté de réunir la gauche "écologiste, citoyenne et sociale". Et parmi les invités du désormais ex-socialiste figuraient notamment Yannick Jadot, vainqueur de la primaire écologiste pour la présidentielle, finalement rallié à Benoît Hamon, et Cécile Duflot, figure d’EELV. "C’était notre candidat à la présidentielle. C’est normal qu’on y soit", justifie Julien Bayou.

On peut faire beacuoup de choses avec Benoît Hamon
Julien Bayou

Le porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts n’exclut pas d’ailleurs que son parti se fonde dans ce mouvement du 1er juillet qui reste à définir. "Il faudra un dépassement. Mais l’aspect de l’appareil n’est pas le plus important. On peut faire beaucoup de choses avec Benoît Hamon, et on va discuter avec lui", assure-t-il. L’homme est d’ailleurs prêt à voir disparaître le nom Europe Ecologie-Les Verts. "Nous n’avons aucun tabou. Le nom de l’entité est accessoire. Mais il doit correspondre à un raisonnement." Si Les Verts, parti créé en 1984, disparaissait, ce serait tout de même un sacré tournant. Le salut passe peut-être par là. Et par Benoît Hamon.

  • Macron ? "Ce serait beaucoup dire"

Mais il y a un autre acteur qui se pique d’écologie politique. Et pas des moindres. Depuis son accession au pouvoir, Emmanuel Macron a donné de sérieux gages de volontarisme en la matière. En nommant Nicolas Hulot ministre d’Etat d’abord. Et en prononçant cette phrase à destination de Donald Trump : "make our planet great again". "Tous les écologistes sont fondés à avoir beaucoup d’espoir", estime Yann Wehrling, ancien secrétaire national des Verts et porte-parole du MoDem, l’une des composantes de la majorité. "Je suis navré par la disparition quasi-totale d’EELV en quelques mois. Mais on ne peut pas dépendre de sa bonne forme pour que l’écologie soit dans la sphère politique", poursuit le conseiller régional d’Ile-de-France.

Il y a surtout beaucoup de communication
Alexis Corbière, député de La France insoumise

De là à considérer que la majorité incarne désormais l’écologie politique ? "Ce serait beaucoup dire, tempère Yann Wehrling. "Tous les écologistes qui sont dans la majorité ont fait le choix d’une structure plus généraliste. Il faut qu’on affirme nos idées. Mais pour l’instant, on n’a pas besoin d’installer un rapport de force", estime le conseiller régional d’Ile-de-France.  

Et les opposants au président de la République ne sont de toute manière pas enclins à lui donner un blanc-seing en matière d’écologie. "Quel volontarisme ?", s’interroge ainsi Alexis Corbière. "Il y a surtout beaucoup de communication", juge le député insoumis de Seine-Saint-Denis. "Je n’ai aucune illusion sur le double discours ce Macron", affirme de son côté Julien Bayou. "On ne peut pas dire ‘Make our planet great again’ et se réjouir de l’accord conclu par Total pour l’extraction du gaz en Iran", argumente le porte-parole d’EELV. "Je préfèrerais que notre pays réussisse. Mais on connaît la fin du film."