Le retour raté de Cécile Duflot

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Le retour raté de Cécile Duflot
À l'issue de ce vote sanction, Cécile Duflot a fait part dans un message Facebook de sa déception.@ JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
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Le revers surprise subi mercredi par Cécile Duflot à la primaire d'Europe Ecologie-Les Verts met un terme à ses ambitions pour la présidentielle et interroge son avenir politique.

Ses proches affirmaient auprès d’Europe 1, juste avant le scrutin, qu’elle pouvait "gagner dès le premier tour". Son élimination mercredi, lors de la primaire EELV, sonne comme un véritable coup de théâtre. Cécile Duflot n’est arrivée qu’en troisième position, derrière les eurodéputés Yannick Jadot et Michèle Rivasi, qualifiés pour le second tour prévu le 7 novembre. Pourtant, l’ancienne ministre du Logement de François Hollande, bien que critiquée dans son propre camp, semblait partir favorite. 

À l'issue de ce vote sanction, Cécile Duflot a fait part dans un message Facebook de sa déception, sans donner de consigne particulière de vote. Europe1.fr revient sur le retour raté de l’ex-ministre qui, en mars 2014, avait claqué la porte du gouvernement après la nomination de Manuel Valls, et ne cachait pas son ambition présidentielle.

  • Un rapprochement loupé avec Jean-Luc Mélenchon

Chahutée lors de son retour sur les bancs de l’Assemblée en mai 2014, l'ex-ministre et députée de Paris se montre alors particulièrement critique à l’égard du gouvernement. Elle publie un brûlot contre François Hollande, De l'intérieur, voyage au pays de la désillusion, et affiche sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon. En décembre 2014, les deux se retrouvent, avec d’autres représentants de la gauche de la gauche et quelques frondeurs, lors d’un meeting de soutien à Syriza. "Nous travaillons à construire une alliance", confie le lendemain sur BFMTV Jean-Luc Mélenchon.

Mais quelques mois plus tard, c’est la rupture. Le 20 mai 2015, Cécile Duflot, qui a appelé François Hollande à rassembler écologistes et communistes dans un même bloc, signe une tribune dans Libération où elle condamne avec force le pamphlet politique du fondateur du Parti de Gauche, Le Hareng de Bismarck, le poison allemand. "Ton hareng, Jean-Luc, me reste en travers de la gorge", écrit-elle. "Madame Duflot je m'en vais la chercher chez Zig, elle est partie chez Zag. Je vais chez Zag, elle est repartie chez Zig. […] Je ne peux plus la suivre", déplore de son côté l’eurodéputé au micro de BFMTV.

  • L'impossible reconquête d’EELV

Après le choix de Nicolas Hulot de ne pas se présenter en 2017, celle qui ne cache pas son ambition présidentielle demande l’investiture d’EELV sans avoir à passer par une primaire qu’elle estime "fratricide et plombante". Le 20 août, elle annonce finalement sa participation à la primaire, et invite dans la foulée Ségolène Royal à soutenir sa candidature.

Surtout, la candidate se lance dans une opération reconquête auprès des militants écolos, dont beaucoup ne lui pardonnent pas son passage au gouvernement. "Peut-être que les électeurs ont envie d’une tête nouvelle, un peu moins associée à la politique politicienne ?", lâchait auprès d'Europe 1 un adhérent à l’occasion des journées d'été d’EELV, fin août. Nouvelle coupe de cheveux, nouvelle paire de lunettes, une intonation de voix plus posée, Cécile Duflot opère également une véritable transformation physique, comme le note Le Parisien.

  • Un avenir politique compromis ?

Au total 17.146 personnes se sont inscrites pour voter par correspondance à la primaire d’un parti qui ne compte plus que 7.000 adhérents, révèle Le PointUne mobilisation dont Caroline de Hass, directrice de campagne de Cécile Duflot, a pu se féliciter. "On a essayé de mobiliser jusqu'à la dernière minute pour proposer à des personnes qui n'auraient pas pensé à s'inscrire de le faire", expliquait récemment à Europe 1 la militante féministe. Pourtant, le nombre de votants, estimé à 12.000, n'aura pas permis à sa candidate d'atteindre le second tour.

Privée du soutien d’une structure politique qu’elle a pourtant dirigée, celle qui rêvait pour la présidentielle d'occuper l'espace entre François Hollande et Jean-Luc Mélenchon, voit ses ambitions brusquement freinées. Le prochain objectif de Cécile Duflot pourrait être d'essayer de sauver son siège de députée de la 6e circonscription de Paris aux législatives, un siège obtenu après un accord avec le PS en 2012 mais que les socialistes souhaitent désormais récupérer. 

Sur Facebook, mercredi soir, l’intéressée explique qu’elle donnera son soutien "à celle ou celui qui sera désignée" par la primaire EELV, promettant d'être au "rendez-vous de tous les combats pour l'écologie".