Front national : Marine Le Pen, tout ça pour quoi ?

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Front national : Marine Le Pen, tout ça pour quoi ?
@ joel SAGET / AFP
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La candidate du FN a perdu au second tour de la présidentielle face à Emmanuel Macron, dimanche. La voilà positionnée pour devenir la principale opposante au nouveau président. 

En cette soirée de second tour d’élection présidentielle, le FN a mal à la tête. Encore une fois, le parti d’extrême droite s’est cogné à son plafond de verre électoral, celui qui l’empêche de remporter un scrutin d’importance au second tour. En guise d’aspirine, Marine Le Pen, finaliste malheureuse avec environ 35% des voix, s’est consolée en se proclamant "première opposante" au nouveau président élu, Emmanuel Macron. Mais la migraine pourrait durer. Cela dépendra beaucoup du résultat du parti aux élections législatives à venir. Et d’une éventuelle crise qui pourrait bien couver au sein du Front national.

  • Des atouts pour devenir la première opposante à Macron

Pour Marine Le Pen, le bilan de cette élection présidentielle est en demi-teinte. Les satisfactions sont pourtant légion pour Marine Le Pen. C’est, d’abord, la deuxième fois seulement que son parti accède au second tour. "Et cette fois pas par une espèce d’accident électoral", rappelle le politologue Jérôme Sainte-Marie, en référence à l’énorme surprise qu’avait créée Jean-Marie Le Pen en se qualifiant en 2002. Surtout, jamais le FN n’avait recueilli autant de voix (près de 11 millions) que lors de ce deuxième tour de l’élection présidentielle.

Nouveau clivage. Marine Le Pen a aussi rempli en partie l’un de ses objectifs de campagne : bousculer le traditionnel clivage politique. "Le premier tour a entériné une décomposition majeure de la vie politique française par l'élimination des partis anciens. Le second tour organise une recomposition politique de grande ampleur autour du clivage entre les patriotes et les mondialistes", a-t-elle lancé dimanche soir lors de son discours de défaite. Si cette nouvelle donne perdure, Marine Le Pen sera en position de force.

"Normalisation". Et puis il y a cette campagne, que Marine Le Pen a bien menée, (presque) jusqu’au bout. Et qui a parachevé son entreprise de dédiabolisation entamée lors de sa prise de pouvoir au FN en 2011. Elle s’est attachée à donner à sa candidature un visage plus fréquentable, avec un slogan ("La France apaisée"), qui a longtemps porté. "Elle a pu participer dans de bonnes conditions à deux débats avant le premier tour, sans que sa présence ne soit contestée. Ça prouve sa normalisation", analyse Jérôme Sainte-Marie, président de PollingVox.

Et entre les deux tours, elle est allée jusqu’à ébranler le grand favori à la victoire finale, Emmanuel Macron, grâce à des séquences réussies, celles de Whirlpool en tête. Forcément, dimanche soir, Marine Le Pen voyait le verre à moitié plein. La finaliste de l’élection présidentielle s’est posée en "première force d'opposition au nouveau président", saluant "un résultat historique et massif". Et pourtant…

  • Une élection loin d'être parfaite

Pourtant, Marine Le Pen pourrait bien être contrainte de repartir de zéro. Car tout n’est pas parfait pour le FN, loin s’en faut. Le plus évident, c’est qu’encore une fois, le parti a échoué aux portes du pouvoir. Comme aux régionales de 2015, le parti a touché ses limites en ne parvenant pas, au niveau national cette fois, à convaincre une majorité d’électeurs. Et pourtant cette fois, il était parvenu à rallier une force politique un tant soit peu significative, avec l’accord passé avec Debout la France. "Elle n’a pas vraiment réussi à se désenclaver socialement. A part Nicolas Dupont-Aignan, les gens ne prennent toujours pas le risque de la rejoindre", explique Jérôme Sainte-Marie. "C’est un vrai problème pour elle."  Marine Le Pen en est bien consciente, puisqu’elle a lancé dimanche soir un appel à "tous les patriotes" pour qu’ils la rejoignent.

Un possible phénomène de rediabolisation
Jérôme Sainte-Marie, politologue

Et puis il y a cette étrange impression née de la fin de campagne d’entre-deux-tours. Avec en point d’orgue un débat télévisé où elle aura manqué l’occasion d’asseoir sa présidentialité, en multipliant invectives, provocations et contre-vérités. "Le débat, c’est le premier point négatif. Elle a perdu en présidentialité, avec même un possible phénomène de rediabolisation", assure Jérôme Sainte-Marie. Et sur le terrain, il y a eu un avant et un après. Jamais chahutée avant cette confrontation, Marine Le Pen a été accueillie par des manifestants  en Bretagne et à Reims, le lendemain et le surlendemain du face-à-face.

  • Les législatives en juge de paix

C’est la deuxième phase de conquête du pouvoir pour le Front national. Le parti frontiste espère entrer en force à l’Assemblée. Plusieurs signaux plaident pour un tel scénario. "L e Front national a une chance, c’est que son électorat est assez concentré géographiquement", rappelle Jérôme Sainte-Marie. Selon des projections de l’ifop basée sur les résultats du premier tour, le parti frontiste pourrait être en situation de duel dans près de 190 circonscriptions. De quoi donc espérer des élus en nombre. En décembre, Nicolas Bay, secrétaire général du parti, tablait sur entre 30 et 40 députés, glissant même au Parisien que ce pourrait être un nombre "beaucoup plus important". Une chose est sûre, le FN est assuré de faire beaucoup mieux qu’en 2012, quand seulement deux de ses candidats, Gilbert Collard et Marion Maréchal-le Pen, avaient été élus.

Entre 15 et 25 députés ? Pour autant, il n’est pas du tout certain qu’une vague bleue marine submerge le Palais Bourbon. D’abord parce que le mode de scrutin, uninominal à deux tours, n’est traditionnellement pas favorable au FN. Localement, le réflexe du front républicain, qui, malgré d’inédits appels à l’abstention, n’a finalement pas si mal fonctionné au second tour de la présidentielle, pourrait à nouveau se mettre en place et barrer la route à nombre de candidats. Reste aussi à savoir les dégâts qu’aura causé le débat d’entre-deux-tours. Le 4 mai, un sondage OpinionWay donnait au FN entre 15 et 25 députés. Un résultat qui serait, dans la fourchette haute comme la fourchette basse, une déception. Même si le parti frontiste serait alors en capacité de former pour la première fois un groupe parlementaire.

  • Le spectre d’une crise

Mais le plus grand danger, pour Marine Le Pen, pourrait bien venir de l’intérieur. La perspective d’une victoire à l’élection présidentielle a resserré les rangs  au FN. Mais au sein du parti, deux lignes s’opposent depuis plusieurs mois, l’une national-républicaine, incarnée par Florian Phlippot, l’autre plus identitaire, avec en figure de proue Marion Maréchal-Le Pen. Depuis 2011, la première est portée par Marine Le Pen, qui s’est pleinement fiée à son lieutenant. La stratégie du vice-président du FN a d’ailleurs longtemps porté dans les urnes, le progrès du parti étant indéniable lors des élections intermédiaires.

Si Marine ne remporte pas la présidentielle, (Philippot) va s’en prendre plein la gueule
Gilbert Collard

Au final, la défaite à la présidentielle pourrait bien raviver les tensions, d’autant plus si le résultat des élections législatives est décevant. Peu populaire au sein même de son mouvement, Florian Philippot pourrait être publiquement contesté dans les semaines à venir. "Si Marine ne remporte pas la présidentielle, il va s’en prendre plein la gueule", prophétisait il y a peu Gilbert Collard, selon deux journalistes, Astrid de Villaines et Marie Labat, auteures de Philippot Ier