Le PCF a des villes à perdre
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POINTS CHAUDS - Les municipales de 2014 sont un enjeu crucial pour les communistes.

Un congrès, un an avant… A un an des municipales, le PCF a choisi Saint-Denis pour tenir congrès. Cette commune du 93 est la dernière de plus de 100.000 habitants a être dirigé par un maire communiste. Car depuis 2001, le déclin du PCF à ce scrutin local si important, quasi-essentiel pour sa survie, est sensible. Autant dire que l’échéance électorale du printemps 2014 est dans toutes les têtes.

# LES ENJEUX

Un ancrage municipal essentiel. Au plan national, le Parti communiste vit une période de vaches maigres. Le parti ne peut compter que sur sept députés et dix-neuf sénateurs, auxquels il faut rajouter deux députés européens. Au plan local, la donne est toute différente. Les communistes comptent 8.800 élus municipaux. Ils tiennent dont 28 mairies de communes de plus de 30 000 habitants et 50 maires de villes de 10 000 à 29 999 habitants. Un nombre impressionnant qui confère au PCF le statut de troisième force politique du pays en termes d’élus. Pour les communistes, conserver cette impressionnante base locale est donc quasiment une question de survie.

Un partenaire socialiste fâché... Les rejets, réguliers et retentissants, de textes gouvernementaux au Sénat n’ont pas franchement plu au Parti socialiste. Du coup, la menace de donner au premier tour des municipales valeur de primaires à gauche est à peine voilée. "Le PC doit être mis devant ses responsabilités pour les municipales", disait Alain Bergougnoux, secrétaire national du PS, au Figaroen novembre. "À trop entrer dans une opposition systématique, il y aura des conséquences dans l'électorat socialiste et une compétition au premier tour. En d'autres termes, le PC a quelques problèmes devant lui", annonçait-il clairement. Lydie Benoist, qui doit mener les négociations avec le socialiste Christophe Borgel, a donc du pain sur la planche pour tenter d’apaiser l’allié socialiste.

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…Un Parti de gauche inflexible... D’un côté le PS, de l’autre le Parti de gauche. La ligne du parti présidé par Jean-Luc Mélenchon, l’autre grande composante du Front de gauche, est claire : présenter des listes autonomes partout où c’est possible. "Pour ce qui est du Parti de gauche, je le dis clairement, nous sommes sur la position de listes autonomes, autant que faire, et rassembleuses, autant que possible", énonçait le leader du PG dans L’Humanité à la fin du mois de janvier. Une posture qui rend plausible l’hypothèse de listes PG et PCF séparées.

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..Et un PCF tiraillé. Pas facile du coup pour le Parti communiste d’édicter une ligne claire, engoncé qu’il est entre deux partenaires exigeants.  Et les propos de Pierre Laurent (photo) à la tribune jeudi soir confirment, malgré un ton offensif de circonstance, l’impression de grand écart. "A nos partenaires de gauche dans les communes, je dis : personne à gauche ne pourra rassembler en exigeant l’alignement sur ses seules positions", a lancé le secrétaire national du PCF à l’endroit de socialistes. "A mes amis du Front de gauche, je dis : prenons ensemble la mesure de l’enjeu crucial de ces élections pour la vie des populations auxquelles nous consacrons toutes nos énergies militantes, et travaillons ensemble", a-t-il poursuivi.

# SUR LE TERRAIN

Déjà des points chauds. Les communistes ne contrôlent plus qu’une ville de plus de 100.000 habitants, mais ce pourrait ne plus être le cas après 2014. Saint-Denis est en effet lorgnée de près par les socialistes. En 2008 déjà, le maire communiste avait conservé son sière sans le PS. Cette fois, le socialiste Mathieu Hanotin, fort de sa victoire aux législatives en juin, a de bonnes chances de l’emporter. Même s’il n’a pas encore fait acte de candidature. Toujours en Ile-de-France, au Blanc-Mesnil, la liste d’union de la gauche  ne s’était imposée que de 45 voix en 2008. La moindre mésentente pourrait donc être fatale.

En province, un premier point noir est identifié à Vénissieux, commune limitrophe de Lyon, qui compte 60.000 habitants. Là, le PS local ne cache plus ses ambitions. "Je ne vois pas comment on pourrait s’entendre avec des élus communistes qui tirent en permanence à boulets rouges sur le gouvernement", s’agaçait fin janvier Lotfi Ben Khelifa, le secrétaire de la section PS de Vénissieux, dans La Tribune de Lyon.

>>> Alors que les négociations au plan national vont débuter dans quelques jours, nul doute que les prochaines semaines verront apparaître d’autres lieux de friction entre les deux vieux partenaires de la gauche.

Des maires communistes embarrassés. Sur le terrain, les maires, qui sentent forcément le vent du boulet, s’attachent à relativiser la portée des bisbilles nationales. "Je comprends qu'on puisse se poser la question mais il faut être pragmatique", argue ainsi dans Le Monde Gaby Charroux, maire de Martigues et député des Bouches-du-Rhône. "Je n'aurai aucun état d'âme : j'ai bien l'intention d'avoir le même rassemblement que les années passées."

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Marie-France Beaufils (photo), maire de Saint-Pierre-des-Corps, concernée au premier chef en sa qualité de sénatrice, veut se montrer optimiste. "Ce serait dommage qu'à cause de désaccords sur la loi de finances on ne puisse pas travailler ensemble localement", soutient l’édile. "Aujourd'hui, rien ne me fait penser qu'ici les socialistes ne sont pas dans cette démarche-là."

Le cas des sénateurs-maires. Avec Marie-France Beaufils, ils sont huit sénateurs communistes à détenir également une mairie. Autant dire qu’en cas de grand désaccord avec le parti socialiste, ils seront les premiers à en pâtir. Même si Mireille Schurch, sénatrice-maire de Lignerolles, dans l’Allier, comptant 663 habitants, a sans doute moins de soucis à se faire que Marie-France Beaufils ou Michel le Scouarnec, sénateur du Morbihan et maire d’Auray, 12.500 habitants.

Des envies de reconquête. Le Parti communiste a beau être dans une situation inconfortable, cela n’empêche pas l’ambition. Selon le Journal du Dimanche, le PCF a ciblé quatre anciens bastions, aujourd’hui aux mains de la droite, à reconquérir. Il s’agit du Havre, de Calais, de Nîmes et de Sète. A moins que le PS ne s’en mêle.