Le Bourget : les trois défis d'Hollande

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Le Bourget : les trois défis d'Hollande
Au Bourget, Hollande ne dévoilera que les grands lignes de son projet 2012. Son programme chiffré sera publié jeudi.@ REUTERS
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Dimanche, le candidat livrera "une bataille d’image", lors de son grand meeting du Bourget.

Le symbole de "son entrée en campagne". Son "discours à la Nation". Son "premier grand meeting national". La présentation de "sa plateforme présidentielle". S’il y a bien une date-clé dans l’agenda de François Hollande, c’est celle-ci. Dimanche, dans l'immense salle du Bourget en Seine-Saint-Denis, lors d'un discours qu’il a écrit lui-même "à la main", le candidat socialiste présentera les grandes lignes de son programme devant 10.000 sympathisants.

A l’heure où les cafouillages s’amoncellent dans le camp socialiste, François Hollande mise sur ce rendez-vous d’importance pour redresser la barre. La mayonnaise peut prendre… ou pas. Comment François Hollande compte-t-il y arriver ? Europe1.fr fait le tour, ici, des paris d’Hollande. 



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Objectif : montrer qu’il est le boss

"La campagne de François Hollande est articulée autour d’un triple i : impréparation, improvisation, illusionnisme". La petite phrase, signée par le ministre UMP Luc Chatel sur Twitter est symptomatique : les cafouillages en série au sein de l’équipe Hollande - d’abord sur l’accord PS-Ecolo, puis sur le quotient familial et enfin sur l’éducation - ont été du pain béni pour le parti présidentiel qui ne cesse de fustiger un François Hollande "faible" pour Pécresse, "indécis" pour Wauquiez, "incapable de trancher", de remettre de l’ordre pour Le Maire. Un mauvais boss, en somme.

"C’est là tout l’enjeu du Bourget. Au-delà du fond, c’est l’image qui importe pour ce meeting, où François Hollande doit montrer qu’il est le patron", explique, à Europe1.fr, Gérard Grunberg, politologue au centre d'études européennes de Sciences Po. "Son indécision risque de faire douter son électorat : il doit donc montrer qu’il sait faire des choix clairs et arbitrer au sein de son parti", note encore le spécialiste du PS. Est-ce que son aile gauche - Benoît Hamon ou Hervé Emmanuelli ont été très virulents ces derniers jours - le suivra ? "Oui, je le crois. Et pour deux raisons : ils ont envie de gagner… Quand même. Globalement. Deuxièmement, ils ne veulent pas prendre de risque de ce faire imputer la faute d’une défaite", ajoute encore Gérard Grunberg qui note que pour l’unité du parti, Martine Aubry "qui joue le jeu" est un atout majeur pour Hollande.



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Objectif : montrer qu’il a un minimum de programme

Autre objectif du Bourget  pour Hollande : réussir à faire un discours d’austérité, tout en montrant que des changements sont possibles. D’austérité ? Jérôme Cahuzac, chargé des finances au sein de l'équipe de campagne, a déjà prévenu : les caisses de l’Etat sont vides."Naturellement, le programme présidentiel de François Hollande différera du programme socialiste", a-t-il récemment déclaré sur France 5, avant de prévenir : la perte du triple A, la crise, "tout cela amène évidemment à être extrêmement lucide sur ce qu'il convient de faire". Le message est clair : François Hollande ne veut pas faire trop de promesses, comme Mitterrand en 1981. Il l’avait déjà laissé entendre dans son "adresse aux Français", publiée par Libération le 3 janvier dernier.  

Dans ce contexte anxiogène, François Hollande devra pourtant trouver aussi le moyen "d’incarner le rebond" avec des réformes nouvelles. "Il doit incarner le retour d'une espérance. C'est cela qui est attendu au Bourget", résume le député PS Claude Bartolone interrogé par Europe 1. L’exercice entre l’austérité et l’espérance est subtil, mais l’heure des arbitrages a sonné. "Ses électeurs et les journalistes ont déjà suffisamment patienté", indique Gérard Grunberg. François Hollande ne dévoilera son programme - chiffrage compris - que jeudi et non ce dimanche comme il était initialement prévu. Mais, il devra, au Bourget, détailler ses grandes lignes pour 2012. Il est prévu qu'il développe ensuite, en février et en mars, certaines thématiques dans des tribunes ou discours de campagne.



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Objectif : susciter de l’enthousiasme

Le candidat se veut "normal" et sur son passage, l’enthousiasme reste… "normal".  François Hollande fait salle comble mais - aux Antilles notamment - il est loin de susciter l’engouement généré par Ségolène Royal en 2007. "Il faut dire qu’il est nettement favori. Aucun sondage, depuis le début de la campagne ne l’a donné perdant au second tour. Il peut donc se permettre de faire une campagne plus tranquille, plus calme. Pour l’heure, il doit juste éviter les couacs", analyse Gérard Grunberg. Mais il n’empêche que pour réveiller l’enthousiasme, à l’heure où il perd du terrain dans les sondages, François Hollande a prévu de se raconter, de réécrire lui-même son histoire et de livrer le fruit de ce "storytelling" dans son discours du Bourget. Il a ainsi confié au Nouvel Observateur, dans son édition de jeudi : "je veux expliquer comment et pourquoi je suis devenu candidat. Comment mon histoire personnelle correspond à celle de la gauche, à celle de toute une génération". Bref, ce discours doit symboliser "la rencontre d’un homme et d’un pays", selon les termes de Claude Bartolone.  

Pour faire "rebondir" sa campagne, François Hollande a également décidé de mobiliser des non-militants, des sympathisants qui ont participé à la primaire et qui ont laissé leur adresse internet. L'équipe web de Hollande  leur a donc adressé à tous un mail, à la fois pour les inviter au Bourget, mais aussi pour trouver dans ce vivier une force de renfort citoyenne, prête à faire du porte-à-porte, notamment dans les quartiers où le PS n'a plus de militants.