La République en marche!, un parti pas si démocratique que ça ?

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La République en marche!, un parti pas si démocratique que ça ?
Les statuts de la République en marche! sont contestés par une partie des militants.@ GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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Certains adhérents s'insurgent contre les statuts du parti, qu'ils ne jugent pas suffisamment démocratiques. De fait, ces derniers ne laissent que très peu de place à sa base.

La mue de La République en marche! pour passer de l'état de mouvement politique à celui de parti en bonne et due forme se fait dans la douleur. Alors que les plus de 370.000 adhérents revendiqués sont appelés, depuis le 23 juillet et jusqu'à dimanche, à voter pour les nouveaux statuts, ces derniers sont contestés en interne. Une trentaine de militants ont déposé un recours en référé, examiné mardi par le tribunal de grande instance de Créteil. S'ils attaquent officiellement un pur vice de forme, en réalité, c'est bien le contenu des statuts qui leur pose problème. Objectif : obtenir le report du scrutin mais, surtout, alerter sur la nécessité d'avoir un parti exemplaire.



"Un manque de démocratie interne". Dans un communiqué publié lundi, ces marcheurs mécontents qui ont constitué un collectif appelé "La Démocratie En Marche" dénoncent "un manque de démocratie interne". "On va droit vers un club de supporters", résume Romain Massey, l'un des "marcheurs" à l'origine du collectif. Les adhérents seraient, finalement, réduits à jouer les groupies sans pouvoir entrer sur la pelouse, ni choisir ou donner leur avis sur les prestations des membres de leur équipe.

Qu'en est-il exactement ? Certes, les statuts consacrent, dans les "principes d'action", que "les instances de La République en marche! font une place importante aux adhérents qui n'exercent pas de mandat électif". Mais en réalité, la "place importante" est réduite à portion congrue.

On va droit vers un club de supporters.

Les adhérents n'élisent aucun représentant. D'abord parce que l'ensemble des adhérents n'élit jamais ses représentants. Le Conseil national du parti, qui est l'équivalent d'un "parlement", est composé à 75% de membres désignés et de membres de droit (parlementaires, eurodéputés ou encore maires). Le Bureau exécutif, qui comprend le délégué général ou les délégués généraux du mouvement, est élu par ce Conseil national. Du côté des responsables du mouvement, le choix de ne pas privilégier d'élections internes est totalement assumé, et vise, dit-on, à privilégier l'efficacité. "On ne veut pas de baronnies locales et de rivalités où le succès de l'un dépend de l'échec de l'autre, comme ça a pu être le cas au PS", explique ainsi Arnaud Leroy, ancien député pressenti pour intégrer le Bureau exécutif, à Marianne

Chez La République en marche!, on enfonce le clou. "Pendant la campagne, nous avons acté un principe de comités locaux autonomes. N'importe qui peut animer un comité local. Mettre en place des élections à ce niveau, ce serait tuer ce principe, qui a fait l'identité du mouvement."

La seule représentation garantie pour les militants est, au sein du Conseil national, ces 25% de membres tirés au sort parmi les volontaires, dont 5% d'animateurs locaux. Le QG de la REM n'hésite d'ailleurs pas à mettre ce dispositif en avant, pointant son côté novateur. "C'est largement insuffisant", juge néanmoins Jeanne Dupendant, elle aussi membre du collectif "La Démocratie en marche". "Quelle va être la légitimité de ces adhérents face à des élus qui, s'ils sont encore des débutants aujourd'hui, seront des professionnels de la politique dans un an ? Leur voix risque fort d'avoir du mal à porter."

Moins de démocratie qu'au PS et chez LR. À titre de comparaison, des votes directs sont prévus dans les autres partis politiques. Chez Les Républicains comme au Parti socialiste, les militants élisent leur leader. Au PS, ils élisent les dirigeants de section et de fédération, et sont même amenés à se prononcer sur les investitures pour les élections législatives. Rien de tout ça avec La République en marche!, qui reconduit une commission nationale d'investiture sur le modèle de celle qui avait désigné les candidats de 2017.



Risques de cooptation. D'autres problèmes sont pointés par les marcheurs mécontents. D'abord, celui de l'interdépendance du Conseil national et du Bureau exécutif. Le premier élit le second, parmi ses propres membres. "Une partie des membres du Bureau exécutif fait donc aussi partie du Conseil", explique Jeanne Dupendant. Ce qui n’est pas un problème pour la première élection, "mais pour la suite, il faut qu'il y ait une séparation des pouvoirs. Sinon ça tourne en rond." Et le contrôle du Bureau exécutif par le Conseil devient plus difficile à mettre en œuvre.

Un règlement intérieur qui n'a pas encore été distribué. Par ailleurs, un flou subsiste sur de nombreuses dispositions des statuts, qui se réfèrent à un règlement intérieur…que les adhérents n'ont pas encore. Ainsi, la création des comités locaux, qui sont les instances au plus proche du terrain, et donc des militants, se fait "selon des modalités pouvant être précisées dans le règlement intérieur". Plus loin, il est écrit que "le règlement intérieur peut prévoir" un remboursement par le parti des frais des adhérents tirés au sort pour participer aux réunions du Conseil. "Avec tous ces 'peut', on n'a aucune garantie. On peut potentiellement créer une sélection par l’argent", souligne Jeanne Dupendant, qui rappelle que lors de la Convention du 8 juillet, les responsables locaux qui se sont déplacés l'ont fait sur leurs deniers personnels. "C'est gênant que des éléments soient renvoyés au règlement intérieur alors qu'ils sont suffisamment importants pour figurer dans les statuts."

Simulacre de démocratie participative. Une partie des statuts s'intéresse pourtant à la "démocratie participative". Mais là encore, les marcheurs indociles se rebiffent et dénoncent une belle théorie qu’il sera bien difficile de mettre en pratique. "À la demande d'au moins 20 % des adhérents ou des comités locaux, le bureau exécutif délibère, lors de sa réunion la plus proche, sur la question soulevée par les adhérents ou par les comités", stipulent les statuts.

Mais 20% des adhérents, en se basant sur les 370.000 revendiqués, cela fait déjà 74.000 personnes. Un chiffre quasiment impossible à atteindre car, comme le rappelle Jeanne Dupendant, "il est tellement facile d’adhérer -c’est gratuit et il suffit de posséder une adresse e-mail valide- que la base est loin d’être constituée uniquement d’adhérents actifs." Il y a aussi ces bugs informatiques qui ont pu amener les uns ou les autres à créer deux comptes, ainsi qu’un noyautage toujours possible par des militants d’autres formations politiques. Chez La République en marche!, on pointe le fait que le seuil peut aussi être déplacé à 20% des comités locaux, soit 816 -il en existe 4080 en tout. 

On dirait que ceux qui ont écrit ces statuts n'ont jamais regardé les seuils de pétition en vigueur ailleurs.

Des seuils "inatteignables". Comparons encore. Chez Les Républicains, le président est contraint de soumettre au référendum une question politique dès lors que 15% des adhérents appartenant à 15 unions départementales la jugent "essentielle" et en font la demande par écrit. Ce qui correspond, alors que le parti revendique environ 238.000 adhérents -qui, eux, ont tous payé pour en faire partie, et sont donc, en toute logique, motivés et actifs-, à 35.700 personnes.

Chez La République en marche!, pour modifier les statuts du parti en partant de la base, il faudra réunir des propositions émanant de deux-tiers des adhérents, soit plus de 244.000 personnes. "On dirait que ceux qui ont écrit ces statuts n'ont jamais regardé les seuils de pétition en vigueur ailleurs", tempête Jeanne Dupendant. "C'est inatteignable." Certes, "mais la plupart des partis ne soumettent même pas leurs statuts au vote", réplique-t-on au QG de la REM.

"Une merde pareille rédigée par des avocats ?" Qui, d'ailleurs, a écrit ces statuts ? Les adhérents assurent avoir posé la question au QG, en vain. Mais croient savoir qu'ils ont au moins en partie été rédigés par le cabinet d'avocat de Jean-Pierre Mignard, ancien intime de François Hollande qui avait rallié Emmanuel Macron pour la présidentielle. L'information nous est confirmée par un bon connaisseur du fonctionnement de la République en marche!... qui n'en revient pas qu'une "merde pareille ait été (en partie) rédigée par des avocats".

Silence radio au QG. Pour l’instant, il ne reste au collectif de militants qu’à attendre le résultat du scrutin sur les statuts, dont ils espèrent évidemment un rejet. Mais aussi la décision en référé du tribunal de grande instance de Créteil, attendue le 1er août. D'ici là, tous espèrent une réaction de la direction du mouvement qui, jusqu’ici, s’est cantonnée à pointer des "mécontents minoritaires" frustrés de ne pas être investis aux législatives ou choisis pour devenir référents territoriaux.

En dépit de quelques messages de sympathie émanant de députés, ceux qui se voient plus comme des lanceurs d'alerte que des frondeurs n'ont que peu de soutien. Publiquement, il n'y a guère que l’ex-MoDem Corinne Lepage qui a fait entendre sa voix. L'avocate de profession a regretté le "centralisme démocratique" des statuts et mis en garde le parti contre la fuite de milliers d'adhérents en cas de bras de fer.