La République en Marche ne veut plus être taxée d'amateurisme

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Les 310 députés de la REM en ont assez d'être vus comme des amateurs, inexpérimentés et inconséquents. Le groupe parlementaire veut prendre des mesures concrètes.

EDITO

Une critique monte contre la République en Marche! depuis quelques jours : son amateurisme supposé. Mardi, la séance à l'Assemblée nationale sur le projet de loi de moralisation de la vie publique a été tellement chahutée qu’elle a abouti à une union inédite des oppositions de la gauche et de la droite, de la France insoumise aux communistes, en passant par les socialistes, des UDI et le groupe LR. Tous ont critiqué cet amateurisme.

Tout le monde se plaint, même les marcheurs. C'est la vice-présidente du groupe En Marche!, en charge de l’animation de la séance, qui a fait l’objet de toutes les critiques, notamment lorsqu’elle appelé à voter deux fois un même amendement comme s’il fallait sortir de leur inattention les députés En Marche!, ou les rappeler à l’ordre. Résultat : le président de l’Assemblée nationale a dû débarquer en urgence pour recadrer un débat qui partait à vau-l'eau. Mais ce que l’on n’a pas entendu, c’est aussi le dépit bien réel d’un grand nombre de marcheurs. Ils se sont plaints, selon nos informations, au cours d’un déjeuner de crise, à Richard Ferrand, le patron du groupe En Marche!. Estimant que les députés les moins expérimentés ne s’appuyaient pas assez sur les députés les plus expérimentés. Faire la loi ne s'apprend par magie !

Des députés déjà déçus. Ils se sont plaints aussi de la trop grande mainmise de l’exécutif sur les débats. Comme si le groupe de 310 de députés ne pesait pas. L'abandon d’une promesse de campagne sur la nécessité d’un casier vierge en matière de probité pour être élu, ou le maintien de ce que l’on appelle le "verrou de Bercy" - c’est-à-dire que le ministre du Budget est le seul à pouvoir lancer des poursuites pénales pour un délit fiscal ou choisir au contraire la voie d’une négociation qui reste secrète - les ont échaudés. Résultat, un projet de loi sur la transparence, au départ consensuel, qui devait être emblématique du quinquennat, et qui se retrouve malmené, ramené à un texte qui aura du mal à atteindre son objectif : rétablir la confiance avec les citoyens.

Le retour à une politique plus classique ? Dans la majorité, que ce soit à l’Assemblée ou dans le gouvernement, chacun ressent la nécessité qu’il est temps de refaire de la politique, c’est-à-dire de sortir de la position défensive qui est celle de la majorité cet été. Le gouvernement doit trouver 20 milliards d’économies pour 2018, et s’il n’est pas capable d’expliquer sa politique, mieux en tout cas qu’il ne l'a fait sur les APL, la chute dans les sondages va se poursuivre. Dès la semaine prochaine, le groupe de la République en Marche à l’Assemblée nationale va ainsi donner une conférence de presse à l’issue de la réunion de groupe. Comme les autres groupes politiques, cela n’a l’air de rien, mais cela veut dire que les parlementaires vont se confronter chaque semaine aux journalistes. Cela veut dire aussi que l’on va voir des personnalités émerger, capables d’aller porter la bonne parole dans les médias en cas de polémique. Que les 310 députés entendent maintenant peser ouvertement dans le débat politique. 

Arrêter de subir. La semaine prochaine également, et ce n’est pas une coïncidence, le Premier ministre va relancer les petits déjeuners hebdomadaires de la majorité. Edouard Philippe va donc rassembler chaque semaine à Matignon les leaders de la République en Marche et du Modem, des parlementaires et des ministres, comme Christophe Castaner, voire des membres du groupe des constructifs. Lui qui a été au centre des critiques au sein de la majorité depuis quelques jours pour son manque de réactivité sur les APL, entend assumer son rôle de patron de la majorité. Mais il a aussi l’objectif de remobiliser sa majorité, d'arrêter de subir. C’est-à-dire, tout simplement, de faire à nouveau de la politique.