LA PHOTO - Suivre un déplacement ministériel, "un exercice très compliqué"

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Les déplacements ministériels sont source de petites galères et grosses interrogations pour les médias qui les suivent. À l'instar de Stéphane de Sakutin, photographe à l'AFP, qui a couru derrière Gérard Collomb dans une galerie marchande parisienne, mardi.

MAKING OF

Chaque semaine, Europe1.fr vous propose un regard décalé sur l'actualité politique dans l'objectif d'un photographe de l'AFP. 

L'exécutif n'a pas manqué de s'en vanter. Mercredi 1er novembre, après avoir été en vigueur pendant deux ans, l'état d'urgence a pris fin, remplacé par un nouvel attirail antiterroriste passé dans le droit commun. Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a enchaîné les déplacements sur le sujet toute la semaine. La veille du jour J, il s'est ainsi rendu dans la galerie marchande Saint-Lazare, à Paris, pour rencontrer des commerçants. Un événement très codifié, suivi par Stéphane de Sakutin, photographe à l'AFP. Qui raconte la difficulté de l'exercice et les questions que tout journaliste se pose forcément.

  • Choisir le moment

On était à la veille de la fin de l'état d'urgence, le 31 octobre. Gérard Collomb avait d'abord rendez-vous dans une caserne pour une réunion de travail avec les forces de l'ordre. Puis, il a enchaîné avec un déplacement sur le terrain, dans la galerie marchande de la gare Saint-Lazare. Il a serré quelques mains de militaires et de commerçants. Au total, le ministre est resté une dizaine de minutes.

Il n'a pas vraiment choisi d'entrer dans ce magasin de lingerie, c'était sur le chemin de sa déambulation. J'aurais tout aussi bien pu le photographier à côté de paires de tennis, chez un fleuriste ou avec de la vaisselle. Mais c'est vrai que là, cela peut faire sourire de voir Gérard Collomb devant un poster de femme en sous-vêtements.

  • Décrire une ambiance

C'était très rapide : le ministre est arrivé, est resté au niveau du rez-de-chaussée et a parcouru 500 mètres pour entrer dans trois ou quatre boutiques. Ensuite, il a parlé quelques minutes à la presse avant de repartir. L'atmosphère était un peu étrange car les gens semblaient surpris. On avait l'impression que certains ne connaissaient pas Gérard Collomb. Les vendeuses ne savaient pas trop ce qui se passait, mais lui a fait son petit tour. Vous imaginez bien qu'avec la nuée de journalistes autour, ils n'ont pas eu de conversations très poussées.

Est-ce que le ministre est là pour ces gens ou pour nous ?

Dans ces moments-là, on se pose toujours la question : est-ce que le ministre est là pour ces gens ou pour nous ? Ce genre de visite, c'est toujours un peu symbolique. Et de temps en temps, on a l'impression de n'être là que pour faire l'image qu'on a envie de nous donner, pour la communication.

  • Réfléchir au cadrage

Suivre le déplacement d'une personnalité politique est toujours un exercice très compliqué. Ça va très vite, le ministre est toujours en mouvement. Tout le monde le presse, il est très entouré, son service de communication est toujours là. Il y a aussi beaucoup de médias, c'est très brouillon. On est à la fois contents de pouvoir la suivre, de ne pas être mis à l'écart, et frustrés de ne pas pouvoir prendre du recul. Il est très difficile de sortir une photo un peu dingue.

Le plus complexe, c'est d'avoir des micros, des télés en contrechamp. Ça, ça vous tue votre photo. Donner l'impression qu'on est seul avec le ministre est un vrai casse-tête. Là par exemple, j'ai dû couper le cliché sur la gauche parce qu'un cameraman se trouvait dans le champ.

  • Gérer les contraintes de l'agencier

Avant ce type de déplacement, on sait un peu les photos qu'on aimerait avoir. Forcément, à l'AFP, on est obligés d'assurer. Il nous faut donc celle, informative, où on voit le ministre de l'Intérieur en train de patrouiller avec des militaires. Sur un événement aussi rapide, on ne peut pas se permettre de faire de photo décalée, de grimper en haut d'un escalator pour avoir un angle différent. Le temps que je redescende, le ministre sera déjà parti.

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J'étais donc frustré, même avec cette photo. Elle aurait pu être drôle, mais photographiquement parlant, ce n'est pas un moment de communion. Parfois, on arrive à vraiment saisir un moment, même sur un exercice aussi codifié que celui du déplacement. Là, je n'ai eu que la photo purement informative.