LA PHOTO - Dans le fief de Fillon, "deux mondes qui ne se comprennent plus"

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LA PHOTO - Dans le fief de Fillon, "deux mondes qui ne se comprennent plus"
Deux lycéennes consomment un café et un Coca dans un bar-tabac à Sablé-sur-Sarthe peu avant la retransmission de la conférence de presse de François Fillon.@ JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
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Jean-François Monier a posé son objectif dans un bar-tabac à Sablé-sur-Sarthe mercredi, jour de la conférence de presse de François Fillon.

MAKING OF

Chaque semaine, Europe1.fr vous propose un regard décalé sur la campagne présidentielle, dans l'objectif d'un photographe de l'AFP.

Toutes les caméras étaient braquées sur lui cette semaine. François Fillon a annoncé mercredi lors d’une conférence de presse qu’il ne "se retirerait pas" de la course à l’Élysée, y compris en cas de mise en examen dans l’enquête sur les emplois présumés fictifs de ses proches. Au même moment, Jean-François Monier, photographe à l'AFP, posait son objectif au bar-tabac "Le Fontenoy" à Sablé-sur-Sarthe, ancien fief de François Fillon. 

  • Choisir le lieu

"Rejoindre Sablé-sur-Sarthe était une évidence. Il restait à choisir le bar. Le 'Pub Elysée' était évident par son nom, la proximité de la mairie, lieu dans lequel venait souvent François Fillon. Mais aujourd'hui, les journalistes et la politique ne sont plus les bienvenus. Restaient alors, au choix, deux bars : un PMU situé près du marché aux bestiaux, et 'le Fontenoy' plus éloigné de la mairie à deux pas du lycée, où je me suis rendu".

  • Décrire une ambiance

"Il y avait plus de journalistes que de clients. Ces derniers sont arrivés après, surtout un ex-syndicaliste de la métallurgie qui nous (les journalistes) a reproché 'de lui pourrir sa campagne'. Très clairement, les médias ne sont plus les bienvenus à Sablé-sur-Sarthe, qui a déjà connu en 1980 le décès de son maire, Joël Le Theule, ministre de la Défense et pressenti Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing."

  • Réfléchir au cadrage

"Trône comme une photo du général de Gaulle, un téléviseur qui de toute sa taille pèse sur la photo. Totalement décalés sur la droite, deux agrandissements de cartes postales anciennes de Sablé-Sur-Sarthe, représentant la place et le marché aux bestiaux. Les deux jeunes filles sont totalement excentrées. François Fillon semble regarder Julie (la jeune femme à gauche, ndlr). Ses sourcils en accent circonflexe renforcent son regard. Sur le même plan, deux mondes qui se côtoient et ne se comprennent plus. Alexandra, son amie s'en moque : elle regarde les autres journalistes qui se préparent à tourner."

  • Lâcher l’objectif et se faire raconter

"Julie a 19 ans, elle est lycéenne en terminale L au lycée privé Sainte-Anne. Son amie Alexandra, 19 ans, est dans la même classe. Elles suivent la campagne présidentielle, Julie s'exprime plus facilement. La campagne lui apparaît très compliquée et elle espère avoir un jour à la sortie des urnes un 'président qui se bouge le cul' mais précise 'qu'elle ne votera pas Marine Le Pen'. Elle veut 'un président affirmatif', dans le sens d'une personnalité énergique, 'honnête, capable de relever la France, faire plus de trucs pour les jeunes'. Pour résumer l'affaire Fillon, elle reprend une expression de sa mère : 'L'argent rend les gens fous.'

Julie trouve François Fillon 'admirable et condamnable', 'admirable de s'expliquer plutôt que de se cacher'. Et de préciser : 'n'importe quel être humain n'aurait pas eu le courage d'affronter les médias et la France entière'.'Condamnable car cela représente beaucoup d'argent, l'argent des Français et que l'on peut faire beaucoup de choses avec pour améliorer la vie des gens. (...) Ce qu'il a fait, ce n'est pas correct, mais cela ne me dégoûte pas de la politique. Je voterai quand même, même si c'est un vote blanc.'"

  • Donner du sens à une image

"Après le décès de Joël Le Theule, les Sarthois ont mis François Fillon sur un piédestal. Le vide sous la photo représente la descente aux enfers de l'ex-Premier ministre. Le message 'il est mal barré' (sur le téléviseur, ndlr) renforce la scène par la symétrie des lignes. On est à la campagne, dans une ville ouvrière. Le montant des salaires versés par François Fillon ou Marc Joulaud à Penelope ou à leurs enfants pour des emplois présumés fictifs et les compléments par les collectivités aux attachées parlementaires, est sans aucune commune mesure avec le quotidien de ces deux jeunes filles qui s'offrent un peu de tranquillité, avec un Coca et un café à la sortie du lycée. Je pense que la classe politique doit méditer sur la signification de cette photo car ces deux adolescentes vont voter demain… pour la première fois."