La pêche en eaux profondes, le sujet qui fait des vagues

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La pêche en eaux profondes, le sujet qui fait des vagues
Le Parlement européen a refusé d’interdire le controversé chalutage en eaux profondes.
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FONDS MARINS VS BUSINESS - Le Parlement européen a refusé d’interdire le controversé chalutage en eaux profondes. Polémique.

Le vote. "La logique productiviste du toujours plus, plus loin, plus profond l'a emporté", a déploré mardi l’eurodéputé vert français, Jean-Paul Besset, très remonté. La raison de sa colère, et de celle de toute la planète écologiste : le Parlement européen a rejeté mardi, à l'issue d'un vote très serré, par 342 voix contre 326, un projet visant à interdire le chalutage en eaux profondes. Cette technique de pêche, réputée ultra-destructrice pour les fonds marins, est farouchement défendu par les armateurs, et notamment les Français.

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Pourquoi le chalutage en eaux profondes est-il controversé ? Cette technique de pêche consiste à tracter un filet sur les fonds marins compris entre 400 à 1.500 mètres sous la surface des flots. Pratiquée essentiellement au large de l'Ecosse et de l'Irlande, elle est dénoncée par les écologistes et le gros de la communauté scientifique comme particulièrement destructrice pour les fonds marins et les espèces fragiles des grands fonds, nés il y a des millions d’années. Selon l’ONG environnemental Bloom, les pêcheurs ne retiennent que 3% de leurs prises, le reste étant rejeté à la mer, après avoir été dégradé. D’après elle, si cette pratique était employée à la surface, elle raserait Paris en un jour et demi.

Une manifestation contre cette pratique, en 2012 à Hong Kong

© Reuters

Qui pratique cette pêche ? La technique est utilisée à 90% par la France, l'Espagne et le Portugal. Et sur les onze navires en activité en Europe, neuf sont français et six appartiennent à la Scapêche, premier armateur national de pêche fraîche, appartenant au distributeur Intermarché. Et pour Bloom, l’activité est d’autant plus scandaleuse qu’elle n’est même pas rentable. Intermarché, par exemple, vendrait ses poissons à perte, selon l’ONG, mais aurait reçu 10 millions d’euros de subventions européennes pour cette activité, au nom de la sauvegarde de l’emploi.

Chalutage intermarché

Combien d’emplois sont concernés ? En France, les emplois qui auraient été menacés par une interdiction varient de 500, selon le ministre français de la Pêche, Frédéric Cuvillier, à 3.000 selon les représentants de la Scapêche. Mais l'argument avait été contré lundi par la commissaire européenne chargée de la pêche, Maria Damanaki, pour qui il suffirait aux pêcheurs d'abandonner le chalutage au profit de la palangre, moins destructrice, pour garantir, voire augmenter, les emplois.

Emploi

© Reuters

Pourquoi le Parlement a rejeté l’interdiction ? "C'est la victoire de la raison", le Parlement a choisi l'option de "la préservation l'environnement et des emplois", s'est défendu la socialiste française Isabelle Thomas. Les eurodéputés ont en effet adopté un compromis se limitant à encadrer le chalutage profond pour protéger les écosystèmes les plus vulnérables. Cet encadrement prévoit de renforcer la prise en compte d'avis scientifiques pour fixer les quotas d'espèces profondes, de réduire les prises dont les pêcheurs n’ont pas besoin, et d'évaluer l'impact environnemental avant l'ouverture de zones à la pêche profonde.

L’encadrement est-il suffisant ? Pour entrer en vigueur, ce cadre doit encore être avalisé par les gouvernements, ce qui semble peu probable avant les prochaines élections européennes, les 28 traînant des pieds depuis des mois sur ce dossier. Le rapporteur du projet d’interdiction, Kriton Arsenis, avait d'ailleurs mis en exergue lundi la mauvaise volonté des gouvernements à protéger les grands fonds, pour réclamer "un mandat fort" via l'adoption de l'interdiction. Se limiter au compromis "n'aurait pas de sens" avait-il même lancé.

"Ce vote est caractéristique des alliances déplorables qui se produisent au niveau européen et montre à quel point les élus des grands partis ont un mépris total pour les Français", a pour sa part déploré Claire Nouvian, fondatrice de Bloom, soulignant que ces élus "préfèrent les lobbies industriels aux citoyens".