La parade triomphale à travers Paris, vue par le chauffeur de Chirac

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La parade triomphale à travers Paris, vue par le chauffeur de Chirac
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En 1995, Chirac est enfin élu président. Il file vers son QG de campagne à bord de sa CX prise d'assaut par les journalistes à moto.

7 mai 1995. A sa troisième tentative, Jacques Chirac est élu président de la République. Le candidat du RPR devance nettement le socialiste Lionel Jospin (52,64% contre 47,36%, soit une avance de plus d’1,5 million de voix). Le maire de Paris quitte l’Hôtel de ville à bord de sa CX fétiche immatriculée 19 FLX 75 ("19", comme la Corrèze) et se rend à vive allure, au milieu d’une nuée de journalistes à moto, avenue d’Iéna où se situe son QG de campagne.


Jean-Claude Laumond était le chauffeur de Jacques Chirac. Il vous fait monter dans la voiture qui emmenait le tout nouveau président vers son QG de campagne :

"A 19 heures, tout le monde savait que Jacques Chirac était président de la République. Les journalistes nous l’avaient dit. On est arrivés à l'aéroport du Bourget en provenance de Limoges. On a fait un crochet en voiture par l'avenue de Messine, dans le 8e arrondissement, où il y avait déjà une grande fête. J’ai dit à Jacques Chirac : « On ne passe pas rue du Faubourg Saint-Honoré [où se situe l’entrée de l’Elysée], parce que vous n’êtes pas encore président de la République. Vous serez président de la République à 20 heures. »

A 20 heures, on était à la mairie de Paris. Chirac était K.O. Il ne disait rien. On était complètement en dehors du temps, on ne savait pas si c’était vrai ou pas vrai. Quand on s’est battu pendant tant d’années pour devenir président de la République, on n’y croit pas. On n’y croit pas.

On est montés dans la CX "19 FLX 75", qui est maintenant dans le musée du président en Corrèze. Il y avait un officier de sécurité à la place du mort, Jacques et Bernadette étaient derrière. Ils n’avaient pas de ceinture. La CX, c’était une vieille cocotte, il n’y avait pas de ceinture à l’arrière à l’époque.

Je me souviens de l’itinéraire, je pourrais le refaire. Je n’ai pas grillé de feux, je n’ai pas roulé vite, je faisais attention. Jacques Chirac n’arrêtait pas de dire : "Attention, surtout, il ne faut pas qu’il y ait d’accident, il ne faut pas blesser de journaliste." Tous ses conseillers l’appelaient sur son téléphone dans la voiture, il en avait rien à faire. Il me disait : "Laumond, qu’il n’y ait pas d’accident avec les motards." Il me fatiguait parce que moi, j’ai fait des stages antiterroristes, j’ai fait des stages de glace, des stages de nuit, j’ai fait tous les stages de conduite possibles, et j’étais le meilleur chauffeur du président de la République.

Mais Chirac avait une obsession, c’était que surtout je ne renverse personne. Je me suis dit : "Laumond, avec tous les stages que t’as fait, maintenant, il faut que tu montres qui tu es. Il ne faut pas qu’il y ait de problème." Vous vous rendez compte, si vous mettez une moto en l’air ce jour-là à 20 heures ? Mais il n’y a eu aucun problème, j’ai fait mon travail de professionnel.

Le soir, il n’a pas bu et il est parti se coucher pas très tard à l’Hôtel de ville. Le lendemain matin, au réveil, il a dit : "Bernadette, ce n'est pas possible, je ne suis pas président. Je n’arrive pas à y croire."

Henri Seckel