La démission d'Emmanuel Macron, coup dur pour François Hollande

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Le premier était le fils politique du second. Sa démission du ministère de l'Économie s'apparente à un parricide.

L'ÉDITO POLITIQUE

Le coup avait beau être annoncé depuis longtemps, il reste rude pour François Hollande. Le président a vu sa créature, son fils en politique, l'abandonner mardi en claquant la porte de Bercy. Emmanuel Macron avait été l'un des principaux artisans de la campagne victorieuse de 2012, et François Hollande le lui avait bien rendu : un poste de secrétaire général adjoint de l'Elysée, puis de ministre de l'Économie, à seulement 37 ans. Surtout, une liberté d'expression et de mouvement inédite, au point de susciter la jalousie de l'ensemble des autres ministres.

L'émancipation passe toujours par la trahison. Pour autant, François Hollande ne devrait pas être surpris de ce coup de poignard. En politique, l'émancipation passe toujours par la trahison. Georges Pompidou, débarqué par De Gaulle à l'été 1968, avait annoncé depuis Rome qu'il se tenait prêt, qu'il était candidat à la présidentielle. Jacques Chirac, lui, avait lâché Valéry Giscard d'Estaing en deux temps, démissionnant d'abord pour appeler à voter Mitterrand ensuite, en 1981. Et que dire d'Edouard Balladur et Jacques Chirac en 1995 ? 

Les excuses d'Attali. D'une certaine façon, le lionceau Macron est entré dans la cour des grands fauves. François Hollande le sait, ce qui, évidemment, n'amoindrit pas le choc : celui d'un nouvel affaiblissement. Il y a quelques semaines, Jacques Attali a présenté ses excuses au président de la République pour lui avoir présenté Emmanuel Macron, cet enfant coupable de parricide.

Empêchement de François Hollande. Car le désormais ancien ministre de l'Économie ne compte pas s'arrêter là. Son pari, c'est l'empêchement d'une nouvelle candidature du chef de l'État. Un empêchement politique, à cause d'une impopularité insurmontable et de l'absence criante de résultats. Une candidature aussi fulgurante pour la présidentielle serait inédite sous la Ve République, mais Emmanuel Macron pense qu'en huit mois, il peut incarner une offre nouvelle et progressiste, sociale-libérale, qui réunit la gauche de gouvernement, le centre, et même Les Républicains les plus ouverts. 

Manuel Valls en embuscade. Le pari reste risqué. Car quand bien même François Hollande serait empêché, Emmanuel Macron n'est pas le seul à occuper ce crédo progressiste. Il trouvera sur sa route Manuel Valls. Le premier ministre, lui aussi, sans le dire, croit possible une non-candidature de François Hollande. Et s'y prépare. Son discours, lundi soir à Colomiers, pour le meeting de rentrée de la majorité socialiste, était un discours de candidat beaucoup plus que de soutien au président de la République.

Si François Hollande est candidat coûte que coûte, Emmanuel Macron pourrait, bien sûr, se présenter quand même. Mais un tel scénario reviendrait à contribuer au suicide collectif de sa famille d’origine, la gauche.