La comparaison de Peillon qui fait polémique

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La comparaison de Peillon qui fait polémique
Vincent Peillon a signé un "point Godwin" qui a hérissé la classe politique.@ BERTRAND GUAY / AFP
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Le candidat à la primaire de la gauche a lié le sort des musulmans en France aujourd'hui à celui des juifs sous Vichy. Ce qui a fait bondir une large part de la classe politique, de gauche comme de droite.

Invité de "L'Entretien politique" sur France 2, mardi soir, Vincent Peillon a signé le premier "point Godwin" 2017 de la classe politique. Dénonçant le "fascisme rampant" de Marine Le Pen, le candidat à la primaire de la gauche a en effet lié le sort des musulmans aujourd'hui à celui des juifs pendant l'Occupation nazie. "Certains veulent utiliser la laïcité, cela a déjà été fait dans le passé, contre certaines catégories de population", a-t-il dénoncé, visant directement le Front national. "C'était, il y a 40 ans [sic], les Juifs à qui on mettait des étoiles jaunes. C'est aujourd'hui un certain nombre de nos compatriotes musulmans qu'on amalgame souvent avec les islamistes radicaux. C'est intolérable."

Lapsus. L'ancien ministre de l'Éducation nationale, par ailleurs agrégé d'Histoire, a bien sûr commis un lapsus. Il y a 40 ans, en 1977, Valéry Giscard d'Estaing était président, la France était une démocratie et aucune catégorie de population n'était forcée de porter une étoile jaune. Vincent Peillon faisait plutôt référence aux années 1940, sous le régime de Vichy et pendant l'Occupation nazie, alors que les Juifs étaient effectivement non seulement contraints de porter une étoile jaune mais aussi persécutés, déportés et exterminés dans des camps.

Le FN s'insurge… Cette déclaration n'a pas fait bondir que les historiens. Au sein de la classe politique aussi, les réactions ont été vives. Le Front national a évidemment peu goûté qu'on le compare au régime de Vichy, mais aussi pointé un parallèle exagéré entre la situation actuelle des musulmans et celle des juifs d'alors. Gilbert Collard, député du Rassemblement Bleu Marine (RBM), a prescrit "d'urgence, une cure" à Vincent Peillon sur Twitter. Pour Gabriel Robin, secrétaire général d'un collectif de réflexion associé au RBM, le candidat à la primaire a même commis "l'irréparable".





…droite et gauche aussi. Le Front national n'a pas été le seul parti à s'insurger. La droite et la gauche aussi se sont agacées et ont en outre dénoncé une relecture douteuse de l'Histoire, arguant que la persécution des juifs n'avait rien à voir avec une instrumentalisation de la laïcité. "Pourquoi ce lien entre laïcité et étoile jaune ? En quoi Vichy était laïque ?", s'est ainsi interrogée l'essayiste et polémiste Caroline Fourest. Pour Roger Karoutchi, sénateur Les Républicains des Hauts-de-Seine, Vincent Peillon a fait là un raccourci "grave". "Lamentable et méconnaissance totale", s'est également indigné Michaël Pilater, délégué LR.







Éric Ciotti, député LR, est allé jusqu'à réclamer une action en justice contre Vincent Peillon, estimant que ses propos relevaient d'un "insupportable révisionnisme". 



Peillon rectifie. Mercredi midi, Vincent Peillon a tenu à apporter une mise au point sur les réseaux sociaux. "Je n'ai évidemment pas voulu dire que c'était la laïcité qui était à l'origine de l'antisémitisme de la France de Vichy", a-t-il expliqué. "Le régime de Vichy ne se réclamait pas de la laïcité, bien au contraire. Et ce qu'ont vécu les juifs sous Vichy ne saurait être banalisé d'aucune façon."