La campagne de Le Pen piétine-t-elle ?

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La campagne de Le Pen piétine-t-elle ?
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Baisse dans les sondages, meetings annulés...la candidate FN accumule les embûches.

Après une année 2011, où la candidate du Front national est montée en puissance allant jusqu’à talonner Nicolas Sarkozy dans les sondages, la campagne de la frontiste traverse quelques turbulences. De meetings annulés faute d’argent, à l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, en passant par des problèmes de crédibilité sur le plan économique, la candidate du FN accumule les embûches. "Elle est dans un trou d’air. Dans son entourage, ils ne sont pas très sereins en ce moment. Si elle fait 16%, ce sera déjà bien", commente pour Europe 1.fr le sociologue Sylvain Crépon, spécialiste du FN. Dès lors, doit-on considérer que Marine Le Pen a d’ores et déjà perdu la bataille du 1er tour ? Éléments de réponse.

Baisse dans les sondages. La quatrième vague du baromètre Ifop-Fiducial pour Paris-Match / Europe 1 / Public Sénat rendu public mardi montre que l’écart entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen continue de s’accroître. De 7,5 points le 13 février, il atteint aujourd’hui 10 points (27% contre 17%). Une tendance confirmée depuis le début de l’année par plusieurs sondages. "Aujourd’hui ça lui interdit le second tour. Mais elle reste confortablement installée à cette troisième place", souligne toutefois Frédéric Dabi de l’Ifop. Pour le spécialiste Sylvain Crépon, "si tous les espoirs lui sont encore permis", Marine Le Pen ne surfe plus sur "une dynamique".

L’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy. En prenant position contre le mariage homosexuel et l’adoption pour les couples homosexuels, et en proposant deux référendums sur l’immigration et le chômage, Nicolas Sarkozy a clairement opéré un virage à droite lors de son entrée en campagne mi-février. "Nicolas Sarkozy essaie d’assécher l’espace électoral du FN", analyse Frédéric Dabi. La dernière enquête Ifop montre que beaucoup d’électeurs FN (35%)  ne sont pas sûrs de leur choix. Ils sont même prêts à voter Sarkozy pour 10% d’entre eux (contre 4% pour le socialiste), alors qu’à l’inverse, seulement 4% des indécis de l’UMP sont tentés par la candidate du FN. "Pour la première dans notre baromètre, Nicolas Sarkozy mord dans l’électorat de Marine Le Pen", note Frédéric Dabi.

Meetings annulés faute d’argent. Selon une information d’Europe 1 mardi, le FN a été obligé d’annuler deux gros meetings. Celui de Clermont-Ferrand (prévu le 25 mars) et d’Auxerre (11 mars). Il doit aussi transformer la convention de Lyon qui devait durer deux jours en un simple meeting. En effet, sans les signatures, les banques s'inquiètent et refusent de prêter de l'argent à Marine Le Pen. Alors le FN met tous ses espoirs dans la subvention de 800.000 euros qui tomberont lors de la validation de la candidature. Une difficulté qui, selon le sociologue Sylvain Crépon n’a pas forcément d’impact retentissant sur une campagne. "En 2002, le parti n’a quasiment pas fait campagne (le FN sortait d’une scission) et le FN s’est retrouvé au second tour", relativise l’auteur de La nouvelle extrême droite.

Débordements de son père. L’ombre de l’ancien patron du FN plane une nouvelle fois sur Marine Le Pen. Habitué aux phrases choc, Jean-Marie Le Pen a de nouveau fait parler de lui ces derniers jours pour avoir lu, devant des cadres du Front national, un poème de l'écrivain collaborationniste Robert Brasillach et cité sur une vidéo des maximes de Benito Mussolini. "Ses propos l'engagent lui, ils ne m'engagent pas moi. Moi, ce sont mes propositions qui m'engagent (...). Jean-Marie Le Pen est Jean-Marie Le Pen, il n'est pas Marine Le Pen", a balayé mardi la candidate frontiste. Les dernières sorties de son père ne relèvent-elles pas d’une stratégie visant à récupérer les déçus de Marine Le Pen, jugée trop "policée" par l’aile dure du parti ? C’est en tout cas une théorie qui circulerait au Front national, selon Sylvain Crépon. "Dans l’entourage de Marine Le Pen, il y en a qui disent que c’est une partition à quatre. Ce serait une connivence entre les deux", rapporte-t-il.

Une crédibilité en matière d’économie mise à mal. La candidate du Front national a voulu soigner son programme économique pour être crédible. Pourtant, depuis qu’elle a dévoilé ses propositions, Marine Le Pen peine à convaincre sur ce thème. Après avoir été "malmenée" le 15 janvier dernier par la journaliste Anne-Sophie Lapix sur le chiffrage économique de son projet présidentiel, la responsable du FN a été mise en difficulté lors de son passage dans Des paroles et des actes jeudi dernier, émission regardée par plus de 5 millions de téléspectateurs. "Le journaliste économique de BFM TV a décortiqué le programme économique de Marine Le Pen et l'a interrogée sur plusieurs points qui lui semblaient opaques du point de vue du financement", observe l’institut TNS Sofres qui à cette occasion a mené une étude à partir des réactions des internautes sur Twitter.


Les résultats obtenus par TNS Sofres montrent clairement que la prestation de Marine le pen a été accueillie négativement. "Durant toute cette séquence, les messages positifs au sujet de Marine Le Pen sont au plus bas. Rarement dépassent-ils le seuil des 6%, alors que les critiques sont bien plus importantes (39% par moment)", note TNS Sofres.

Déjà, dans un sondage CSA publié début février,  seuls 18% des Français interrogés jugeaient le programme économique de Marine Le Pen crédible. "On est quand même dans une des crises les plus graves qu’ait connue la France républicaine et en termes de crédibilité (économique), Marine Le Pen n’a pas vraiment donné de gages", juge le spécialiste du FN Sylvain Crépon. "Elle n’est pas à l’aise" sur le thème de l’économie, résume de son côté Frédéric Dabi.

Le feuilleton des parrainages. Désavouée par les Sages, la candidate du Front national n’a "pas encore" atteint la barre des 500 parrainages d'élus pour pouvoir concourir à la présidentielle et dénonce depuis des mois un "dysfonctionnement de la démocratie". Alors que ses détracteurs évoquent "vieux refrain" visant à se poser en victime,  Frédéric Dabi de l’Ifop estime au contraire que "le feuilleton des parrainages a instillé un doute sur le fait de savoir si Marine Le Pen allait pouvoir se présenter". Ce feuilleton "l’a vraiment gênée", analyse-t-il.

La menace Carl Lang. L’ancien secrétaire général du Front national, parti fonder le Parti de la France une fois la désignation de Marine Le Pen comme vice-présidente, est certain d'avoir ses 500 signatures pour pouvoir se présenter à la présidentielle. Parti chasser des signatures sur les terres du FN, Carl Lang aurait-il quelque chose à voir avec les problèmes de parrainages de Marine Le Pen ? "C’est sûr que c’est une perte pour le Front national puisque c’est lui qui gérait les signatures", relève Sylvain Crépon. "Est-ce qu’aujourd’hui il représente une menace ? Non, je ne le pense pas", conclut-il.