La BD politique : un outil ludique et civique pour comprendre le pouvoir

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La bande dessinée "Le député" parait mercredi aux éditions Grand Angle. Elle vient s'ajouter à la liste déjà longue des BD qui ont choisi de plonger leurs lecteurs dans l'arène politique.

L'ÉDITO POLITIQUE

C'est l'histoire d’un médecin de campagne qui se retrouve, un peu par hasard, député. Il quitte ses patients pour plonger dans le monde exotique de l’Assemblée nationale. Il découvre un univers un peu confit dans ses us et son confort : buvette, coiffeur, poste, bibliothèque, les salons réservés à la majorité ou à l’opposition, etc. Mais lui est sans étiquette, alors où aller ? Il découvre surtout des codes et des fonctionnements auxquels il est totalement étranger. L’usage de la cravate, ça vous rappelle quelque chose ?

Dans sa circonscription, sa femme finit par prendre en charge son agenda, mais doit-il la rémunérer ? Et puis dans quelle commission s’inscrire ? "Les finances ? T’oublies, c’est un truc d’inspecteurs des finances, le développement durable ? Repaire d’écolos, il te reste le truc qui sert à rien, les affaires économiques", lui conseille son mentor. Le brave médecin reste coi devant la technicité des débats parlementaires et ne flaire pas les dangers. Une jeune lobbyiste, jolie comme un cœur, a trouvé sa proie. De rencontre en déjeuner, le piège se referme doucement sur l'élu inexpérimenté.

Un miroir du réel. Tout cela est pure fiction, ou presque puisqu'il s'agit d'une bande dessinée : Le député, qui parait mercredi aux éditions Grand Angle, et c’est assez bluffant. Car si le scénariste Xavier Cucuel et le dessinateur Al Coutelis, aidés de l’ancien président de l’Assemblée nationale Jean-Louis Debré, ont en réalité imaginé leur personnage et leur histoire bien avant les législatives de juin dernier, on a l’impression que c’est l’histoire vécue de tous ces nouveaux élus entrés au Palais Bourbon avec la vague macroniste. Et on comprend mieux les faux-pas, les errances, voire les fautes commises par certains d’entre eux. L’actualité nous en fournit un bon exemple jeudi, avec cette députée En Marche! qui a un peu confondu business privé et son nouveau statut, en facturant tranquillement des visites touristiques à l’Assemblée nationale.

La vie politique, un vivier sans fond d'histoires. Il faut dire que la BD politique est un genre en plein essor. De La Face karchée de Sarkozy en 2006 à Quai d’Orsay qui fit la gloire de Dominique de Villepin, pas un épisode de notre vie politique n’échappe désormais à la bande dessinée. Campagne présidentielle, vie à l’Elysée avec Le Château de Mathieu Sapin, désillusion de l’usage du pouvoir avec le récent Désintégration, journal d’un conseiller à Matignon chez Delcourt, mais aussi coulisses, portraits, et retour sur l’histoire noire de la Cinquième République, bref, il y en a sur tous les tons et dans tous les styles : potaches, satyriques, historiques ou pédagogiques.

La force des images. Un nouveau genre a même vu le jour avec le magistral La présidente, de François Durpaire et Farid Boudjellal dont le premier tome est paru en 2015 aux Arènes : la politique fiction. Au départ prévu pour être un essai, c’est un maître du genre, Laurent Muller, qui convainc l’auteur de la force des images : imaginez que le 7 mai 2017, c’est le visage de Marine Le Pen qui s’affiche à la télé à 20 heures. Imaginez la passation de pouvoir entre François Hollande et elle. Oui, l’image devient d’une efficacité redoutable pour comprendre les enjeux. Et dans ce cas précis, pour alerter des risques.

La BD, quand elle est sourcée par les acteurs de cette vie politique ou par des journalistes, est un formidable outil pour les lecteurs et les électeurs. Outil ludique et civique. Elle est devenue un média d’information politique à part entière. Courrez chez votre libraire !