L’UMP s'en sort mieux que Sarkozy

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L’UMP s'en sort mieux que Sarkozy
@ MaxPPP
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Sa médiation a échoué, tout comme ses coups de pression. L’ancien président en sort affaibli.

Jean-François Copé est "heureux". François Fillon salue "une grande victoire". Et Nicolas Sarkozy, lui, ne pipe mot. Car si l’UMP a (enfin) réussi à mettre un terme à sa guerre intestine, lui a (discrètement) perdu une bataille. Explications.

L'analyse. "Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à être le sauveur de son parti. Ca va faire réfléchir car il n'apparaît plus comme indispensable. Il bénéficie encore d'une aura considérable auprès des militants mais il a perdu la main sur l'appareil", analyse Christian Delporte, spécialiste d'histoire politique.

Pourquoi il est intervenu. Nicolas Sarkozy souhaitait rester au chaud au moins jusqu’en 2014, vaquer à ses occupations de conférencier pour faire oublier aux Français sa défaite à la présidentielle. Et mieux jouer les sauveurs éventuels en 2017. Mais pour revenir, Nicolas Sarkozy aura besoin d’un parti en ordre de marche, tout acquis à sa cause. Comme en 2007. La déliquescence de l’UMP ne pouvait donc le laisser de marbre. D’autant que s’il ne s’était pas intéressé à la question, les militants, toujours nostalgiques, lui en auraient voulu.

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L’échec de ses médiations. Fin novembre, l’ancien président se désole du spectacle donné par Jean-François Copé et François Fillon. Il décide alors de les réunir autour d’une table, la sienne. Le Sage leur propose alors l’organisation d’un référendum pour solliciter les militants sur l’opportunité d’un nouveau vote. Son plan de paix a duré à peine douze heures. «Excédé et stupéfait» par l’attitude des deux hommes, Nicolas Sarkozy, qui ne peut s’exprimer publiquement dans ce dossier en raison de ses fonctions au Conseil constitutionnel, revient à la charge quelques jours plus tard. Il les menace même de publier un communiqué à charge contre eux. Nouvel échec cuisant.

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© MAX PPP

Lâché par Fillon… Déjà, lors de sa campagne interne, François Fillon avait très vite marqué sa singularité par rapport à Nicolas Sarkozy, là où Jean-François Copé jurait ses grands dieux qu’il marcherait dans les pas de l’ancien chef de l’Etat. L’ancien Premier ministre juge ainsi sa démarche politique "plus sereine et pragmatique" que celle de l’ancien président car "nous sommes différents". Aujourd'hui, en privé, il ne manque pas d'affirmer qu'il s'est définitivement affranchi de la tutelle de Nicolas Sarkozy.

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© Reuters

et Copé. Le président proclamé de l’UMP a mis plus de temps, mais l’intervention de l’ancien président dans la crise l’a agacé. Il s’est senti lâché. "Les proches de Copé ont le sentiment que Sarkozy lui a trop tordu le bras", confiait un ex-conseiller de l'ancien président dans Le Figaro. Interrogé récemment en petit comité sur le degré d'influence de Nicolas Sarkozy sur l'UMP, Jean-François Copé a admis que "ce n'est plus tout à fait la même chose" qu'avant. Analyse d’un ténor de l’UMP : "Copé et Fillon ont la même ambition présidentielle pour 2017 et, objectivement, leur intérêt commun, c'est de ne pas le laisser revenir dans le jeu. Ils lui ont fait un pied de nez".

Et pour 2017 alors ? La guerre que se sont livrés les deux candidats à la présidence de l’UMP a bien sûr pour toile de fond la prochaine présidentielle. Jean-François Copé en rêve depuis qu’il a l’âge de se raser. François Fillon a lui aussi déjà dit qu’il serait candidat aux primaires du parti en 2016. Et Nicolas Sarkozy dans tout ça? Lui ne se prononce pas. Les Français, eux, sont 30% à réclamer qu’il joue un rôle plus important à l’avenir, d'après un sondage LH2 pour Le Nouvel Observateur, publié mardi.

Suffisant pour le convaincre de revenir? "La question n'est pas de savoir si je vais revenir mais si j'ai le choix, moralement, vis-à-vis de la France, de ne pas revenir", aurait-il déclaré, selon Le Canard Enchaîné. "Je ne peux pas me défausser moralement vis-à-vis des Français", aurait-il ajouté. Pour Jérôme Fourquet, de l'institut Ifop, " Sarkozy n'a plus la main" mais il "a su jouer prudemment pour ne pas s'abîmer". Et donc préserver intact son capital auprès de l’électorat de droite. Ce que n’ont pas su faire François Fillon et Jean-François Copé…