L’affaire Bettencourt vire à l'orage politique

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L’affaire Bettencourt vire à l'orage politique
@ MONTAGE MAXPPP
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Eric Woerth a confirmé la démission de son épouse. L'opposition lui demande de clarifier son rôle.

En quatre jours, l’affaire Bettencourt, qui agitait déjà, le monde économique est devenue une affaire politique.

Des écoutes pirates

Mercredi -Le site Mediapart divulgue des écoutes de conversations de Liliane Bettencourt - réalisées clandestinement entre mai 2009 et mai 2010. Cette diffusion intervient avant le procès du 1er au 6 juillet de l'artiste François-Marie Banier, accusé par la fille de Liliane Bettencourt d'avoir profité de l'affaiblissement de sa mère octogénaire, pour obtenir près d'un milliard d'euros de dons.

Ces documents audio révèlent suggèrent également des manoeuvres pour échapper au fisc, des immixtions de l'Elysée dans la procédure judiciaire et des relations troubles entre la milliardaire et le couple Woerth. Ils laissent notamment entendre qu'Eric Woerth et sa femme Florence étaient informés de soupçons de fraude fiscale dans la gestion de la fortune de Liliane Bettencourt. Florence Woerth est chargée depuis 2007 d'une partie de la gestion du patrimoine Bettencourt.

La gauche veut la démission de Woerth

Samedi - Arnaud Montebourg demande la démission d’Eric Woerth. Le député PS juge que son maintien au gouvernement "empêchera que la vérité éclate". Dans cette affaire, "nous avons un ministre du Budget (portefeuille d’Eric Woerth de mai 2007 à mars 2010) en même temps trésorier de l'UMP, dont la femme travaille à organiser la fraude fiscale de Liliane Bettencourt", accuse-t-il.

Lundi - Le Parti socialiste a invité solennellement Eric Woerth à clarifier son rôle dans ce dossier. Et ce malgré l'annonce de la démission de son épouse. Auparavant, l'eurodéputée Eva Joly, les jeunes Verts et le NPA d'Olivier Besancenot avaient estimé que la question de la démission du ministre se posait.

La droite contre-attaque

Dimanche - Eric Woerth contre-attaque. "Maintenant, trop c'est trop ! Mon épouse va porter plainte contre Arnaud Montebourg (...) On ne peut pas dire n'importe quoi sur n'importe qui", fustige-t-il dans le "Grand Rendez-vous" d'Europe 1.

Lundi - Le ministre persiste et signe, lundi, devant quelques journalistes : "C'est un problème de succession entre une mère et sa fille. On est un sujet collatéral par rapport à ça".

Du côté de l'Elysée, le conseiller spécial Henri Guaino soutient le ministre et n’imagine "pas un seul instant" qu’Eric Woerth "ait pu commettre un acte répréhensible". "En tout état de cause, que Liliane Bettencourt possède ou non des comptes offshore et qu'elle fasse ou non de l'évasion fiscale, je ne vois pas en quoi cela concerne directement Eric Woerth", insiste-t-il sur I-Télé.

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde apporte également son soutien à son collègue, lors du "Grand Jury" sur RTL, mais n’exclut pas une enquête pour évasion fiscale visant Liliane Bettencourt. "Si ces allégations étaient avérées, je ne doute pas que des contrôles seront engagés et que les poursuites seront diligentés", s’engage la ministre.

Le secrétaire d'Etat au Commerce, Hervé Novelli, a dénoncé lundi une "tentative de déstabilisation", via l'affaire Bettencourt, du ministre du Travail Eric Woerth au moment où il mène une réforme des retraites contestée, tout en visant l'opposition socialiste.

L'heure des plaintes

Lundi - François Bayrou, le président du MoDem, dénonce un mélange des genres inquiétant. "Depuis longtemps, depuis des années en France on n'a pas fait respecter le mur de verre qui devrait séparer les affaires d'argent, les affaires privées, des affaires publiques", assure-t-il sur RTL.

Me Olivier Metzner, avocat de Françoise Bettencourt-Meyers, fille de Liliane Bettencourt, annonce son intention d'attaquer en diffamation Me Georges Kiejman, avocat de l'héritière de l'Oréal. Ce dernier avait affirmé que sa cliente tenait sa fille et son avocat pour les instigateurs de l'"espionnage" et les responsables des écoutes pirates. Me Kiejman avait également accusé son confrère "d'être le cerveau et le complice" de cette entreprise.