Juppé ou la stratégie de la raison

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Pour Antonin André, chef du service politique d'Europe 1, Alain Juppé incarne une certaine retenue, susceptible de convaincre les Français après des années de promesses non tenues.

L'ÉDITO POLITIQUE

Alain Juppé continue de faire la course à la primaire de la droite en tête. Certes, Nicolas Sarkozy remonte, mais le maire de Bordeaux continue de le distancer, y compris sur la protection contre le terrorisme, pourtant l’un des thèmes de prédilection de l’ancien président de la République.

Un homme distant et des propositions rudes. La campagne d’Alain Juppé est sérieuse, presque scolaire avec ses trois livres programmatiques arides, et dans lesquels, finalement, il promet peu ; pas de baisse d’impôt - au contraire, il annonce une hausse de la TVA -, la retraite à 65 ans, un retour au 39 heures, etc. Même dans son dernier opus, De vous à moi, quand il se confie pour expliquer qu’il n’est pas qu’un technocrate froid et distant, il assume, au fond, de ne pas être un adepte du tutoiement, de la tape dans le dos et de la familiarité.

L'ennui comme atout ? À l’inverse d’un Nicolas Sarkozy qui hystérise ses fans à chaque déplacement, Alain Juppé lui fait une campagne sage, discrète, sous-marine. Et pourtant, il reste populaire à telle enseigne que c’est devenu un argument que son entourage vend aux journalistes. "Il est chiant", dit carrément l’un de ses fidèles, et bien c’est précisément ce qui peut le faire élire.

Le candidat de la raison. "Du sérieux, du solide, du vrai", c’était le slogan de campagne de Raymond Barre pour la présidentielle de 1988. Raymond Barre, le candidat de la rigueur, le professeur d’économie qui joue sur son expertise et qui promet peu, un homme carré dans un corps rond ; il échoue pourtant à un peu plus de 16 % des voix. Juppé 2016 on peut aussi, toute proportion gardée, le comparer à un Pierre Mendès-France qui incarnait à gauche une forme de réalisme économique, de pragmatisme loin des grandes théories marxistes. Lui aussi a échoué à conquérir le pouvoir. Deux parallèles et deux échecs.

30 ans après l’échec de Raymond Barre, un candidat raisonnable peut-il enfin convaincre une majorité de Français ? Les campagnes de promesses non tenues ont-elles fait long feu ? C’est en tous cas le pari d’Alain Juppé.