Jean-Marc Ayrault, la revanche

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Jean-Marc Ayrault, la revanche
@ AFP
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L’ancien Premier ministre a été nommé jeudi ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Manuel Valls.

Il y avait bien eu Michel Debré, Alain Juppé ou Laurent Fabius, ces anciens Premiers ministres redevenus simples ministres. Jean-Marc Ayrault lui fait encore plus fort. Il est le seul ancien chef du gouvernement nommé ministre d’un gouvernement et ce sous la même législature. Âgé de 66 ans, le germanophone Jean-Marc Ayrault a été nommé jeudi ministre des Affaires étrangères, numéro deux du gouvernement de Manuel Valls. Un retour en grâce pour ce proche de François Hollande qui avait quitté Matignon par la petite porte en 2014.  

Premier ministre de 2012 à 2014, éclipsé par Valls. Considéré comme l’un des favoris pour le poste de Premier ministre en 2012, celui qui est alors député de la Loire-Atlantique est nommé à cette fonction après la victoire de François Hollande. Il y restera deux ans avec un bilan contrasté. On retiendra notamment la mise en place du Crédit d’impôt compétitivité et emploi (Cice), la retraite à 60 ans, les 60.000 créations de postes dont une grande partie dans l’Education nationale mais aussi et surtout le mariage pour tous. Gros point noir : il quitte le gouvernement sans que la courbe du chômage n'ait été inversée.

"Ma loyauté a été poussée à l’extrême". Le 31 mars 2014, Jean-Marc Ayrault démissionne. L’ancien maire de Nantes est remplacé par Manuel Valls, au caractère et au style radicalement opposé. Ce n’est qu’un an plus tard dans un documentaire tourné par sa fille que celui qui a retrouvé son mandat de député se livre et raconte les coulisses de ses deux ans passés à Matignon. Jean-Marc Ayrault n’épargne pas le chef de l’Etat. "La tendance, aujourd’hui, c’est que le président s’immisce dans des processus ordinaires de décision. Et lui-même donnant des consignes par SMS par-dessus la tête du Premier ministre, c’est navrant", lâche-t-il. Une affaire reste aussi en travers de la gorge de l’ancien professeur d’allemand : l’affaire Florange. Alors qu’il souhaite la démission du ministre de l’Economie, le président de la République lui demande de convaincre Arnaud Montebourg de rester. "Ma loyauté a été poussée à l’extrême, je le regrette", confie-t-il.

"Un accord politique" sur sa démission. Jean-Marc Ayrault revient aussi sur sa démission dans le documentaire d’Elise Ayrault. Cette dernière met les pieds dans le plat : "Les journalistes ont dit que Manuel Valls avait tout fait pour prendre ta place, notamment manoeuvrer avec Arnaud Montebourg, Aquilino Morelle, Benoît Hamon.." Réponse de l’intéréssé : "Oui, ça c’est vrai. Je pense qu’il y a eu un accord politique - Montebourg soutenant Valls et Hamon soutenant Valls pour prendre le pouvoir". Et de poursuivre : "Cet attelage n’a pas tenu. Tout ça ne grandit pas la politique". Une formule a particulièrement touché par Jean-Marc Ayrault, celle du "gouvernement de combat" employée pour désigner la nouvelle équipe de Manuel Valls. "Ça voulait dire qu’on faisait quoi, avant ?", s’étrangle le père devant sa fille.

Et depuis ? Jean-Marc Ayrault s’est fait discret durant ces deux ans. Mais le député a envoyé quelques cartes postales dont la dernière a été âprement commentée. Sur Twitter, le nouveau ministre des affaires étrangères s’en est pris directement à la déchéance de nationalité. "Si la France est 'en péril de paix', alors ne la divisons pas davantage !"




Une référence à une phrase de l’historien Pierre Nora citée par Manuel Valls, dans un entretien au Journal du Dimanche. Les relations entre le nouveau patron du Quai d’Orsay et son ancien ministre de l'Intérieur promettent d’être pour le moins intéressantes.