Jean-Louis Debré : "Les primaires ne font pas partie de la République"

  • A
  • A
Partagez sur :

Spécialiste des institutions françaises en tant qu'ancien président de l'Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré considère les primaires comme contraires à l'esprit que voulait insuffler de Gaulle à la Ve République.

INTERVIEW

Dimanche chargé dans le calendrier politique. Au moment où l'on connaîtra dans la soirée le vainqueur de la primaire de la gauche, François Fillon, empêtré dans le PenelopeGate, aura tenu son meeting de reconquête à la Vilette. Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel et de l'Assemblée nationale, était invité dans l'émission C'est arrivé demain pour commenter cette actualité chargée.

"Si l'on embauche quelqu'un, c'est pour qu'il effectue un travail". Passionné par la politique, Jean-Louis Debré vient de sortir le Dictionnaire amoureux de la République. A l'intérieur de l'ouvrage, on trouve le mot "scandale", mais pas celui "d'affaires"... comme "l'affaire" Pénélope Fillon. La suspicion d'emploi fictif de l'épouse de François Fillon comme attachée parlementaire pose la question de la modification des règles sur la possibilité donnée aux députés et sénateurs d'embaucher un proche.

Jean-Louis Debré n'y est pas hostile. "S"il faut modifier les règles, c'est aux parlementaires de le faire", dit-il. Pour lui, le problème est ailleurs : "si l'on embauche quelqu'un, c'est pour qu'il effectue un travail. Il faut encadrer cela, qu'il y ait un compte-rendu régulier de l'activité." En tant qu'ancien président de l'Assemblée, il dit ne pas s'être occupé de qui faisait quoi parmi les collaborateurs des parlementaires. Il ne sait donc pas si Penelope Fillon était bel et bien visible dans les couloirs du Palais Bourbon. 

"Une sélection par les partis". Dans son dictionnaire, l'ancien président de l'Assemblée nationale n'a pas non plus inscrit le mot "primaire". "Les primaires ne font pas partie de la République", justifie l'auteur. "Je parle des grands acteurs de la République - Clemenceau, de Gaulle, Mitterrand, Jaurès - je parle des institutions". Au micro d'Europe 1, il rappelle d'ailleurs avoir "toujours pris position contre le principe des primaires. Cela tend à faire une sélection par les partis politiques. Toute la Ve République et la volonté du général de Gaulle en 1958 est d'arracher la désignation des présidents de la République aux partis politiques."

Jean-Louis Debré note toutefois que les primaires "ont plutôt bien fonctionné" mais ajoute qu'en plus du problème de la sélection par les partis se superpose celui de la sélection par l'argent. "Le coût des campagnes est tellement important qu'il faut mettre en place des organisations. Les candidats ont passé des mois et des mois à aller chercher des fonds. Tout ça n'est pas sain."