"Je n'admets pas les procès en trahison" : quand Hollande défend sa gauche

François Hollande défend son quinquennat bec et ongles dans un entretien à L'Obs.
François Hollande défend son quinquennat bec et ongles dans un entretien à L'Obs. © AFP
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M.B.
Dans un entretien fleuve au magazine L'Obs, publié jeudi, François défend bec et ongles son bilan et sa politique de gauche.

C'est l'heure de l'offensive médiatique. François Hollande accorde, jeudi, une longue interview au magazine L'Obs. L'exercice ressemble à s'y méprendre à celui d'un candidat en campagne. Le président défend son quinquennat pied à pied et égratigne les programmes des candidats de droite.

Loi Travail : une loi sociale. Dès le début de l'entretien, le cadre est posé. "Je n'admets pas les procès en trahison car c'est l'honneur de la gauche de gouverner face à une droite qui a été dans la revanche dès le premier jour, et contre une extrême droite qui attend son tour", déclare François Hollande, avant de détailler ce qui, dans sa politique, prouve qu'il est bien de gauche. La loi Travail ? "C'est une loi sociale", affirme le chef de l'État. "Elle institue le compte personnel d’activité, elle généralise la garantie jeune, elle renforce le droit syndical dans les entreprises, elle protège les salariés dans les entreprises du numérique, elle favorise le dialogue dans l’entreprise." Aucun regret, donc, en dépit de la contestation sociale et politique qu'a suscité ce projet de loi.

Déchéance de nationalité. François Hollande met également en avant les créations de postes dans l'Éducation nationale, la "réduction des inégalités fiscales". "Une politique de gauche, ce sont des avancées sociales. Et il y en a eu !", rappelle-t-il. Quid de la déchéance de nationalité, qui a fracturé la gauche pendant des mois ? Le président assume tout, jusqu'au bout. Assume d'avoir été contre lorsque la mesure avait été proposée par Nicolas Sarkozy, assume le fait qu'elle soit purement symbolique. "La déchéance de nationalité n'a aucune valeur dissuasive." Pourquoi la proposer alors ? "Elle s'inscrit dans un plan d'ensemble pour unir le pays, face à une épreuve que nous n'avions jamais connue et à un ennemi qui nous a déclaré la guerre."

" Une politique de gauche, ce sont des avancées sociales. Et il y en a eu ! "

Et c'est justement ce que reproche François Hollande à l'opposition comme à ceux qui, à gauche, se sont opposés à la déchéance : avoir refusé de s'unir. "Je regrette que la gauche l'ait regardée comme une mesure qui pouvait diviser. Je regrette que l’opposition en ait fait un sujet de surenchère politique."

Haro sur les ministres devenus candidats. Comme tout bon candidat en campagne, le chef de l'État, qui n'a pourtant pas officiellement déclaré sa candidature, s'attaque à ses adversaires. Ceux de gauche, d'abord, et surtout ceux qui ont été un jour ses ministres. "Que des ministres puissent quitter un gouvernement, alors qu'ils ont l'opportunité de changer la France, d'avoir les leviers en main pour peser sur la politique économique ou industrielle, sauver des emplois, redresser des secteurs entiers, s'atteler aux problèmes du décrochage scolaire ou du logement, eh bien je pense que c'est une forme d’oubli de ce qu'est le sens de la vie politique", affirme-t-il. 

"La solidarité malheureuse" de Juppé. La droite en prend également pour son grade. François Hollande estime que son programme commun "ne consiste pas à défaire ce qui a été fait depuis cinq ans mais à revenir sur des droits et des principes qui ont mis des décennies pour être conquis et acquis". Alain Juppé, sur lequel une partie des électeurs de gauche compte se rabattre pour faire barrage à Nicolas Sarkozy, ne trouve (évidemment) pas grâce à ses yeux. "Ce qui est proposé par [le maire de Bordeaux], c'est une solidarité malheureuse", fustige Hollande en référence à "l'identité heureuse" promise par l'ancien Premier ministre.

Aucune surprise, donc, à ce que le chef de l'État ne voit pas d'un bon œil la participation de certains électeurs de gauche à la primaire de la droite. "Je pense que si nous installons l'idée que pour éviter l’extrême droite il faut voter pour la droite, eh bien, à ce moment-là, il n'y aura plus de gauche."