Ils ont cru à "la dédiabolisation" du FN

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Ils ont cru à "la dédiabolisation" du FN
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En moins d'un mois, trois candidats FN aux municipales ont décidé de quitter le parti.

L'INFO. Ce sont des départs qui mettent en difficulté le Front national dans sa stratégie de dédiabolisation. Des défections qui attestent l'idée que, derrière le discours officiel, le parti n'a pas changé depuis que Marine Le Pen en a pris les rênes en janvier 2011. En l'espace d'un mois, trois militants, investis à de bonnes places pour les municipales de mars prochain, ont décidé de claquer la porte du parti. Nadia Portheault, tête de liste FN à Saint-Alban, en Haute-Garonne, a ouvert le bal des départs, le 5 novembre, après s'être entendue dire par un cadre du parti : "Toi et tes enfants, vous êtes bons pour le four…"

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Arnaud Cléré et Anna Rosso-Roig faisaient, eux, partie des prises de guerre du FN. Le premier, militant UMP de la Somme, avait annoncé, en mai 2013, sa décision de s'allier avec le FN pour les municipales à Gamaches. Exclu de l'UMP, il avait alors décidé d'adhérer au parti Souveraineté indépendance et liberté, associé au Front national. Six mois plus tard, le transfuge s'en mord les doigts. "J'ai commis l'erreur de m'allier avec un parti non républicain, sectaire et dictateur qu'est le FN", a-t-il asséné auprès de Rue89, dimanche, après que Jean-François Copé a évoqué la réintégration du militant au Grand Rendez-Vous Europe 1/Le Monde/i>Télé. La deuxième, transfuge du Front de gauche - une prise de guerre encore plus rare – a annoncé lundi matin à Libération qu'elle "retirait sa candidature" des listes FN à Marseille, n'adhérant pas à la "ligne politique trop radicale" du FN marseillais.

Séduits par Marine Le Pen. Si leurs parcours sont différents, ces trois militants partagent un point commun : celui d'avoir été séduit par le FN version Marine Le Pen. "Avec toute la stratégie de communication qu'ils avaient mise en place, des gens comme moi ont eu l'espoir qu'ils enlèvent ce côté brutal, cette radicalité du Front national", analyse aujourd'hui Anna Rosso-Roig. Lors de son ralliement au Rassemblement bleu marine après les législatives de 2012, cette mère de deux enfants confiait "avoir été séduite par Marine Le Pen, "bien plus modérée que son père" sous la présidence de qui elle "n'aurait pas adhéré". Même son de cloche chez Arnaud Cléré, qui explique aujourd'hui avoir "fait une erreur, celle de penser que le FN était un parti fréquentable". "Quand on voit Marine Le Pen à la télévision, on ne peut pas imaginer à quoi ressemble l’arrière-boutique", assure-t-il.

Dérives racistes. La stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen ne serait qu'un trompe-l'œil. Derrière le discours contrôlé et policé de Marine Le Pen, l'arrière-boutique serait faite de dérives racistes et xénophobes, courantes dans les réunions locales. Arnaud Cléré relate ainsi une réunion en présence de tête de liste du parti, mi-octobre, à Hénin-Beaumont, au cours de laquelle il aurait aperçu des croix gammées tatouées sur les bras de deux participants. "Quand j'écoutais Marine Le Pen, je pensais que ce genre de personnage n'existait plus dans le Front national et malheureusement je l'ai vu de mes yeux", a-t-il assuré. La transfuge du Front de gauche Anna Rosso-Roig pointe, elle, un Front national "plus radical" au niveau local. Elle raconte ainsi l'humour plus que douteux du candidat FN de Marseille Stéphane Ravier, qui aurait qualifié le viol de "rapport amoureux qu'une partie des deux souhaite. La deuxième pourrait faire un effort".

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"Toi et tes enfants, vous êtes bons pour le four…", s'est entendu dire Nadia Portheault, candidate du Front national à Saint-Alban. "Cette ambiguïté permanente, entre la vitrine et une arrière-boutique spécialisée dans les blagues vaseuses sur les arabes et les homos, n'était plus supportable", avait déploré cette mère de famille d'origine algérienne. Dans un livre paru en 2012, Bienvenue au Front, la journaliste Claire Checcaglini, qui a infiltré le parti pendant plusieurs mois, confiait "avoir trouvé beaucoup de gens racistes et assumant leur racisme" et ajoutait que "l'islamophobie est le le ciment de 99% des militants FN". Interrogée sur ces défections, Marine Le Pen a préféré botter en touche. "Je ne parle pas de ça, c'est trop dérisoire pour moi, il y a des sujets bien plus importants qui canalisent mon attention et mon énergie que ces épiphénomènes".