Hollande, une fin de mandat dans l’indifférence générale

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Hollande, une fin de mandat dans l’indifférence générale
De plus plusieurs jours, François Hollande multplie les déplacements et les prises de parole. Mais il n'est plus vraiment entendu. @ XAVIER LEOTY / AFP
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Le toujours président de la République, longtemps impopulaire, effectue désormais des déplacements dénués d’enthousiasme ou d’hostilité. Et ses prises de parole pèsent peu. 

On aurait parfois tendance à l’oublier, en cette période d’intense campagne présidentielle, mais François Hollande est toujours président de la République. Il a d’ailleurs accéléré ses déplacements, nombreux. Mardi, il était dans le parc André Citroën, à Paris, mercredi il était en Seine-Saint-Denis, jeudi il sera dans le Lot. Et il s'est donné pour mission de faire barrage au Front national. Le tout dans une relative indifférence. Car le chef de l’Etat ne suscite plus de passion, dans un sens comme dans l’autre. Le fait qu’il ne soit pas candidat à sa propre succession y est évidemment pour beaucoup. D’autant qu’aucun candidat ne se réclame de son quinquennat, et que lui-même n’en soutient - officiellement - aucun.

  • Dans la campagne, une dernière mission difficile à remplir

La politique, actuellement, se résume presque exclusivement à la campagne présidentielle. Or, François Hollande n’y a quasiment aucun rôle à jouer. D’abord parce qu’en ne se représentant pas, il s’est lui-même sorti du jeu. Ensuite parce que François Hollande a choisi lui-même de se mettre un peu plus en retrait, en ne se prononçant - officiellement du moins - pour aucun candidat. L’attention s’est donc naturellement portée ailleurs au fil de la campagne.

Et quand le président de la République est sorti de son silence, sa parole n’a pas vraiment été entendue. Alors que dimanche sur France 5, il a dénoncé le simplisme de Jean-Luc Mélenchon, sa sortie a créé bien peu de remous. Pour preuve, le candidat de La France insoumise a choisi de ne même pas lui répondre lors de ses meetings multi-hologrammes mardi soir. Et si la semaine dernière il a multiplié les sorties médiatiques - Sur France 5, sur Konbini ou encore dans Le Point -, pour mettre en garde contre le danger incarné par Marine Le Pen, l'écho a été bien faible. 

Pire, personne ne semble vouloir du soutien de François Hollande. Ni Benoît Hamon qui fut l’un des chefs de file des frondeurs pendant la seconde partie du quinquennat, ni Emmanuel Macron, vers qui le cœur du chef de l’Etat balance. "Je ne crois pas que ce soit ce que nos concitoyens attendent. Je ne crois pas que ce soit ce que les candidats attendent", a déclaré le candidat d’En Marche ! lors d’un déplacement près de Toulouse dimanche. Le message est clair, et il semble avoir été entendu par le principal intéressé. "Je ne vais pas afficher officiellement mon soutien à Macron, ça ne serait pas lui rendre service", a ainsi confessé devant ses collaborateurs François Hollande, selon Le Canard Enchaîné de mercredi.

  • Un Elysée qui sonne creux

A l’Elysée, désormais, les journalistes se font rares, même quand le président de la République a choisi de prendre la parole, pour une remise de Légion d’honneur ou la réception d’un dignitaire étranger. "On a vu les journalistes disparaître, en tout cas diminuer de façon importante", assurait à France 2 Élisabeth Pineau, journaliste à Reuters, l’une des rares à être restée en poste dans la salle de presse de la résidence présidentielle.

La dernière fois qu’il y a eu cohue dans la cour du Palais présidentiel, c’était à la fin du mois de mars, quand Kate et William, le couple princier britannique, s’y sont rendus. "Revenez quand vous voulez", a d’ailleurs lancé, sourire aux lèvres mais résigné, le chef de l’Etat aux reporters, selon des images captées par France 2.

Au-delà de la cour de l’Elysée, déserté par les micros et les caméras, c’est tout le Palais qui a l'air bien grand. Sur la quarantaine de conseillers qui entouraient le chef de l’Etat, une trentaine a déjà quitté le navire. François Hollande n’est donc désormais entouré que d’une poignée de fidèles.

  • Un avenir incertain

L’ambiance de fin de règne est telle que François Hollande lui-même semble déjà tourné vers l’après. Fin mars, lors d’un déplacement en Indonésie, il avait lâché quelques confidences à des journalistes, parlant, à un mois et demi de la passation de pouvoir, de sa présidence au passé. "Vraiment, je suis très heureux d'avoir été président même si ça a été une période très dure. Fier, je l’ai été, heureux dans certaines circonstances, quand des résultats ont été enregistrés, malheureux quand on a été sous les épreuves", avait-il glissé.

Pour autant, le futur ex-président de la République ne sait pas, à l’entendre, de quoi son avenir  sera fait. "Il n'y a pas de retraite", "pas de plan" mais "autre chose" et cet "autre chose" dépend "beaucoup du pays lui-même, de ce qu'il y a comme possibilité de faire pour lui, pour moi", de "la vie politique", répondait-il au même moment. "Je ne sais pas ce que je vais faire" mais "je sais ce que je ne vais pas faire", se contentait-il d’affirmer. Comprendre : pas de conférences grassement rémunérées, comme son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Mais plutôt des actions via sa Fondation, La France s'engage. 

Il pourra en tout cas vivre son histoire d’amour avec Julie Gayet plus librement, plus sereinement. Jeudi, Paris Match publiera des photos volées du couple à la Lanterne, la très cossue résidence secondaire des présidents de la République. Des clichés qui trouveront place dans les pages intérieures de l’hebdomadaire, et pas en Une, comme ça aurait probablement été le cas il y a quelques mois encore. Un signe supplémentaire du cruel désintérêt que suscite désormais le sort de François Hollande.