Hollande se tourne vers l’Asie

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Hollande se tourne vers l’Asie
François Hollande souhaite que la France reprenne sa place en Asie. Pas forcément évident.@ REUTERS
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Au Laos, lundi, le chef de l’Etat poursuit l’opération de reconquête de la région.

Après Jean-Marc Ayrault aux Philippines et à Singapour fin octobre, François Hollande se rend lui aussi en Asie. Après un bref passage au Liban et en Arabie saoudite, le président français est arrivé dans la nuit de dimanche à lundi à Vientiane, la capitale du Laos, pour participer au sommet Europe Asie (Asem). "Je suis là pour rassurer les pays asiatiques" mais aussi "pour leur dire qu'ils ont leur rôle à jouer dans la croissance européenne et mondiale", a déclaré François Hollande, à son arrivée.

Avec cette visite, le chef de l'Etat veut reconquérir une région par trop délaissée ces dernières années. Analyse avec Olivier Guillard, directeur de recherche Asie à l’Institut de recherches internationales et Stratégiques (Iris).

Le constat. Il n’est guère reluisant. "La France ne brille pas, depuis un certain nombre d’années, par un activisme forcené en Asie", euphémise Olivier Guillard.  "Lorsqu’on voit la place qu’occupe la France dans les échanges commerciaux bilatéraux avec des grandes nations comme l’Inde par exemple, on s’aperçoit qu’elle est bien en deçà de son potentiel", constate l’expert de l’Iris. "On en arrive à se demander si l’Asie importe beaucoup pour la France, alors même que ce continent devient le seul relais de croissance de l’économie mondiale", regrette-t-il.

Et cette situation est simplement la conséquence de choix faits par les autorités. "La France ne veut pas être partout à la fois", explique Olivier Guillard, par ailleurs directeur de l’information chez Crisis Consulting. "Lors des priorités exposées chaque année à l’occasion du discours aux ambassadeurs, l’Asie arrive toujours en 4e ou 5e position, derrière la construction européenne, la relation transatlantique, celles avec l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, les anciennes colonies…", énumère l’analyste.

Les discours. A l’Elysée, c’est désormais le discours du directeur général de l’OMC Pascal Lamy qui fait foi. "Il faut aller chercher la croissance là où elle se trouve et la croissance se trouve en Asie", explique-t-on au palais présidentiel.

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"L'objectif de ce déplacement s'inscrit clairement dans les orientations fixées par le président de la République lors de la conférence des ambassadeurs, à savoir renforcer notre action économique en Asie", expliquait-on par ailleurs à Matignon quand Jean-Marc Ayrault s’est rendu, le 20 octobre, aux Philippines.

"On peut penser que ces déclarations sont sincères", veut croire Olivier Guillard, qui reste toutefois prudent. "J’ai malheureusement souvenir d’avoir entendu une démarche similaire de la part du président précédent. Et le précédent du précédent, dans sa politique d’ouverture vers l’Est avait à peu près dit la même chose", rappelle l’expert. "La situation économique est de moins en moins bonne, donc on peut penser qu’au-delà de l’effet d’annonce, la France va faire le boulot pour se montrer plus présente, active dans la région", espère-t-il toutefois.

Les signaux. Le voyage de Jean-Marc Ayrault aux Philippines et à Singapour en était un. "Forger un partenariat stratégique avec Singapour donne le message d’une France qui veut être plus présente, plus influente", juge Olivier Guillard. "Ça ne peut pas être mal reçu par les partenaires d’Asie du Sud-Est."

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La participation de François Hollande sera un autre signal, d’autant que le président français sera le seul dirigeant occidental à faire le voyage. "Ce sera noté dans la volonté française d’en faire plus", confirme le directeur de recherche à l’Iris. "Et cela permettra à la nouvelle équipe de se montrer dans cette partie d’Asie, ce qui a son importance, car les Asiatiques sont souvent proches de questions protocolaires, sensibles à ce genre de choses. Ce sera apprécié", insiste Olivier Guillard.

Le Japon, nouvelle priorité. "La troisième puissance économique du monde n'a pas reçu toute l'attention qu'elle méritait ces dernières années", avait déclaré fin août François Hollande dans son premier discours de politique étrangère. Selon Le Monde, le premier voyage asiatique bilatéral de François Hollande devrait d'ailleurs avoir lieu à Tokyo en 2013.

"On a effectivement l’impression à Tokyo que l’archipel nippon est de plus en plus éloigné de l’Europe. Les représentants des autorités japonaises à Paris s’en sont émus", assure Olivier Guillard. "Il n’y a aucun différend particulier avec le Japon, et il s’agirait que l’on redémarre sur une dynamique meilleure que celle des quatre dernières années", abonde l’Iris.

La Chine, le casse-tête. La Chine a au moins une bonne raison d’aimer la France. La balance commerciale de l’Hexagone par rapport au géant asiatique s’élevait en effet à 27,2 milliards d'euros en 2011, soit 40% environ du déficit total. Pourtant, Pékin lorgne encore le pays d’un œil méfiant. "Les Chinois ont une perception d’une opinion française pas excessivement 'sinophile'", sourit Olivier Guillard. "Il y a pourtant une nécessité de maintenir des bonnes relations avec la Chine, ne serait-ce que parce que la Chine est l’un des plus gros clients de l’industrie française", rappelle l’expert.

"Mais les dirigeants français, de droite comme de gauche, doivent composer avec cette composante "sinosceptique" de leur opinion, notamment sur la question du Tibet", explique-t-il. François Hollande, comme Nicolas Sarkozy, qui avait provoqué l’ire de la Chine en rencontrant el dalaï-lama en décembre 2008 en Pologne, aura donc une marge de manœuvre limitée par rapport à la Chine. "Pendant encore un certain nombre d’années, les relations seront complexes", prédit Olivier Guillard.

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On y croit ? Raisonnablement… La France n’a plus vraiment le choix. "Il y va de l’intérêt d’une grande partie du dynamisme de l’économie française, qui en a bien besoin. On ne peut plus se permettre de faire d’être à la traîne dans cette région par rapport à d’autres opérateurs occidentaux. La France a tout intérêt à faire cette démarche", souligne Olivier Guillard.

En outre, l’Asie est en demande. "Il y a beaucoup d’attentes, en Corée du Sud, au Japon, en Inde, et dans des pays plus mineurs", assure le chercheur. "Malheureusement, cette appétence se concrétise souvent par une déception qui est mal comprise."

Surtout, la France ne devra pas ménager ses efforts. "Il ne suffit pas d’aller un jour à Manille et un jour au Laos", prévient Olivier Guillard. "La marche est longue. Nous ne sommes pas seuls. Beaucoup de pays sont plus agressifs que nous sur les marchés économiques et financiers. La marche va être longue et, comme disait un ancien chef du gouvernement. La pente va être rude", prévient l’expert.