Hollande : que reste-t-il du "Moi président" ?

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Hollande : que reste-t-il du "Moi président" ?
François Hollande lors du débat avec Nicolas Sarkozy le 2 mai 2012@ Reuters
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DEUX ANS APRES -  Le 2 mai 2012, en pleine campagne, François Hollande faisait un certain nombre de promesses.

Le 2 mai 2012, lors du débat télévisé d'entre-deux-tours, François Hollande mettait définitivement son adversaire, Nicolas Sarkozy, KO, répétant l'anaphore "Moi, président de la République". Deux ans après son élection, où en sont les promesses du candidat devenu président ?

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# LES ENGAGEMENTS QUI ONT TANGUÉ

"Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire". François Hollande en avait fait un argument de campagne contre Nicolas Sarkozy. Oui, il aspirait à être un président exemplaire. En juin 2012, le quinquennat à peine entamé, le tweet ravageur envoyé par Valérie Trierweiler en soutien à Olivier Falorni, candidat dissident dans la première circonscription de La Rochelle contre Ségolène Royal, venait mettre à mal cet engagement moral. La révélation de sa liaison avec la comédienne Julie Gayet puis sa rupture avec Valérie Trierweiler, ont un peu plus entaché cette exemplarité promise.

"Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l'Élysée". Si, au début de son quinquennat, François Hollande recevait les élus en toute discrétion à l'Elysée, le chef de l'Etat a fini par assumer ce rôle de chef de majorité. Le 22 juillet 2013, le président a ainsi reçu à dîner les chefs des partis de sa majorité pour tenter de resserrer les rangs à l'approche des élections municipales et européennes.

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"Moi président de la République, je ne m'occuperai pas de tout, et j'aurai toujours le souci de la proximité avec les Français". Face à "la discrétion" de Jean-Marc Ayrault, déplorée par l'Elysée, et après sa chute vertigineuse dans les sondages dès août 2012, François Hollande a été contraint de monter en première ligne sur de nombreux dossiers. Notamment sur le chômage où il s'est engagé à être un président "en première ligne". Quant à sa proximité avec les Français, elle a souffert de son impopularité croissante, au point que le président a un moment renoncé à effectuer des déplacements en province. Le dernier en date, le 23 avril, à Carmaux, sur les terres de Jaurès, ne va pas l'inciter à renouer avec les Français. Le président y a été, encore une fois, copieusement sifflé.

"Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur". Jean-Marc Ayrault n'a jamais été considéré comme un "collaborateur" par François Hollande et ce dernier avait sans doute plus d'estime pour son chef de gouvernement que Nicolas Sarkozy à l'égard de François Fillon. Pour autant, comme le racontait l'éditorialiste politique d'Europe 1 Caroline Roux, le chef de l'Etat avait pris pour habitude de court-circuiter son chef de gouvernement en s'adressant directement à tel ou tel de ses ministres par SMS.

"Moi président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres, qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d'intérêts". L'ensemble des ministres ont été tenus de signer dès leur prise de fonctions, en mai 2012, une Charte de déontologie qui proscrit tout séjour privé à l'invitation de gouvernements étrangers, une "déclaration d'intérêts" et de patrimoine. Ce qui n'a pas empêché l'affaire Cahuzac ou la mise en cause de Yamina Benguigui accusée d'avoir menti sur sa déclaration de patrimoine.

# LES PROMESSES TENUES

"Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante, je ne nommerai pas les membres du parquet alors que l'avis du Conseil supérieur de la magistrature n'a pas été dans ce sens". François Hollande a respecté cette promesse. Depuis mai 2012, aucune nomination au parquet ne s'est faite sans l'aval du Conseil supérieur de la magistrature, comme il s'y était engagé.

"Moi président de la République, je n'aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes". Une loi votée en octobre 2013 prévoit que les patrons de France Télévisions, Radio France et France Médias Monde ne sont plus nommés par le chef de l’État mais par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

"Moi président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leur fonction avec un mandat local, parce que je considère qu'ils devraient se consacrer pleinement à leur tâche". Dès le premier Conseil des ministres, le 17 mai, Jean-Marc Ayrault avait rappelé l'engagement du chef de l'Etat. Tous les ministres se sont exécutés et ont donc renoncé à leurs mandats exécutifs locaux. Même chose sous le gouvernement Valls.

"Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation"; Deux textes, la réforme du marché du travail et celle de la formation professionnelle, ont été élaborés par les partenaires sociaux avant d'être fidèlement retranscrits dans la loi.

"Moi président de la République, je constituerai un gouvernement qui sera paritaire, autant de femmes que d'hommes". La parité a toujours été respectée au sein du gouvernement Ayrault sauf au moment du remplacement de Delphine Batho par Philippe Martin à l'Ecologie. Le gouvernement Valls compte, lui, 15 hommes et 15 femmes.

"Moi président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti, dans un hôtel parisien". Cette promesse a été tenue.

# LES ENGAGEMENTS TOUJOURS EN CHANTIER

"Moi président de la République, j'aurai aussi à coeur de ne pas avoir un statut pénal du chef de l'État ; je le ferai réformer". La commission Jospin, nommée par François Hollande, avait recommandé, en novembre 2012, une profonde réforme du statut juridictionnel du chef de l'Etat. Mais l'engagement de François Hollande est reporté aux calendes grecques puisque le projet de réforme constitutionnelle a été repoussé sine die à l'été 203.

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© REUTERS

"Moi président de la République, je ferai un acte de décentralisation, parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d'un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés". Une loi de janvier 2014 a doté les grandes villes d'un statut de métropole avec des compétences très élargies. Mais la grande révolution annoncée est à venir avec le projet de supprimer les départements et de réduire de 22 à 12 le nombre de régions, comme l'a annoncé le nouveau Premier ministre Manuel Valls, le 8 avril, lors de son discours de politique générale.

"Moi président de la République, j'introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, pour les élections,  non pas celles de 2012 mais celles de 2017, car je pense qu'il est bon que l'ensemble des sensibilités politiques soient représentées. Fin janvier, le gouvernement évoquait encore "l'instauration d'une dose de proportionnelle" pour les législatives, mais d'ici à 2017, autant dire que cette promesse a peu de chances d'aboutir.