Hollande-Macron : le mentor devenu simple "prédécesseur"

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Hollande-Macron : le mentor devenu simple "prédécesseur"
François Hollande et Emmanuel Macron à l'Elysée, en 2016. @ AFP
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Les petites phrases venimeuses se multiplient depuis quelques mois entre François Hollande et Emmanuel Macron, son successeur à l'Elysée. 

Emmanuel Macron ne cherche plus à prendre des pincettes avec son "prédécesseur". Durant sa première grande interview télévisée, dimanche soir sur TF1, le chef de l’Etat a critiqué à plusieurs reprises François Hollande (notamment sur le chômage, la PMA ou l’ISF). Dans les colonnes du Parisien ce mardi, les proches de l’ancien Président font savoir qu’il n’a pas du tout apprécié l’entretien de l’actuel locataire de l’Elysée.

>> Comment, petit à petit, les relations se sont-elles tendues entre Emmanuel Macron et François Hollande ? Le glissement est avant tout sémantique :

16 mars 2016 : Emmanuel Macron : "Je sais à qui je dois d'être là"

Trois semaines avant de lancer son mouvement En Marche, Emmanuel Macron assure encore que la candidature de François Hollande en 2017 est "légitime". Son mouvement "ni de gauche ni de droite" doit servir notamment à "mobiliser" un nouvel électorat pour le président de la République. "J'ai des principes personnels et je sais à qui je dois d'être là : c'est François Hollande", déclare le ministre de l’Économie sur Europe 1, le 16 mars 2016.

25 septembre 2016 : Emmanuel Macron et les raisons de son départ

Le 30 août 2016, Emmanuel Macron quitte le ministère de l’Économie. Il dit avoir "touché du doigt les limites de notre système politique" et souhaite désormais "entamer une nouvelle étape de [son] combat politique". Trois semaines plus tard, il balance une première grosse pique à celui qui l'a lancé en politique. Selon L'Obs, le fondateur d'En Marche n’a pas caché pas sa fureur contre François Hollande – il n’a pas apprécié les "pressions" de l’Élysée et Matignon pour dissuader certains hommes politiques de se rendre à un colloque de Macron. Il contre-attaque et explique les raisons de son départ du gouvernement. "Je suis parti sur un vrai désaccord intellectuel avec Valls sur la politique économique et avec Hollande sur la déchéance de nationalité et la politique européenne".

16 novembre 2016 : Emmanuel Macron s’émancipe (un peu)

Le 16 novembre 2016, Emmanuel Macron déclare officiellement sa candidature à l’élection présidentielle. Si le Président encore en exercice se refuse (encore) à commenter cette annonce, le désormais ex-patron de Bercy, lui, commence à prendre ses distances avec son *mentor*. Interrogé sur la possibilité de s'écarter si François Hollande venait à briguer un second mandat, Emmanuel Macron prend un peu ses distances : "Si j'avais voulu me rallier, je n'aurais pas fait depuis plusieurs mois les choix qui ont été les miens […] C'est une décision irrévocable".

Hollande-rappelle-que-sans-son-passage-au-gouvernement-Macron-ne-serait-pas-la-aujourd-hui

1er décembre 2016 : François Hollande renonce à se présenter

C'est une première dans l'histoire de la cinquième République : un Président en exercice ne se présente pas à sa réélection. Le 1er décembre dernier, François Hollande jette l’éponge. Tout le monde croit alors qu’il laisse le champ libre à Manuel Valls – la suite lui donnera tort. Trois jours plus tard, Emmanuel Macron évoque un "piège" de "l’appareil" et du "gouvernement" qui s’est refermé sur François Hollande. Une manière habile de se dédouaner totalement dans l’histoire.

27 avril 2017 : François Hollande : "sans son passage au gouvernement, il ne serait pas là"

Après plusieurs mois de silence pendant sa fin de mandat, François Hollande sort enfin de son silence. Selon un article du Monde fin mars, on apprend que *l’ancien* tente de conseiller Emmanuel Macron par SMS. Mais le *futur* ne semble pas écouter les conseils. Alors, François Hollande commence, petit à petit, à se lâcher. "Sans son passage au gouvernement, [Emmanuel Macron] ne serait pas là", lâche-t-il à Society pendant l’entre-deux-tours de la présidentielle.

8 mai et 14 mai 2017 : le paternalisme à la sauce hollandaise : "Macron, c’est moi"

"Emmanuel Macron, c’est moi", avait expliqué François Hollande dans le livre Un Président ne devrait pas dire ça… Et lors des cérémonies officielles (8 mai et passation le 14 mai), Il va surjouer le côté paternaliste à l’égard de son successeur. "Il sait que s’il a besoin de quelque information, conseil ou expérience, il s’adressera à moi librement. Il sera toujours le bienvenu, je serai toujours à côté de lui."

Macron Hollande

3 juillet 2017 : Emmanuel Macron étrille François Hollande

Lors de son discours devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, Emmanuel Macron montre qu’il n’a plus besoin des conseils de *l’ancien*. "Que vous incarniez ces opinions différentes ne change rien à l’obligation collective qui pèse sur nous", lance-t-il aux parlementaires. "Cette obligation est celle d’une transformation résolue et profonde tranchant avec les années immobiles ou avec les années agitées, toutes aux résultats également décevants." Difficile de ne pas voir un petit scud à Nicolas Sarkozy quand il parle des "années agitées" et de voir une critique du mandat de François Hollande quand il évoque ces années "immobiles". 

22 août 2017 : François Hollande remet en place Emmanuel Macron

La diète médiatique n’aura pas duré longtemps pour François Hollande. En marge du festival d’Angoulême, et en plein débat sur le vote à l'Assemblée du recours aux ordonnances pour la réforme du code du travail, l’ancien président de la République donne un conseil qui ressemble plus à une mise en garde à Emmanuel Macron : "Il ne faudrait pas demander aux Français des sacrifices qui ne sont pas utiles."

31 août 2017 : Emmanuel Macron préfère que François Hollande se taise

Dans un été où François Hollande a agacé Emmanuel Macron par son omniprésence médiatique [ici, ici et encore ], l’actuel Président recadre son prédécesseur dans les colonnes du Point : "J'ai du respect pour François Hollande. Je pense qu'il y a eu de bonnes mesures économiques et sociales lors du précédent quinquennat, et j'espère y avoir contribué. Mais il serait étrange que l'impossibilité qui a été la sienne de défendre son bilan devant les Français puisse motiver une tentation, durant les années qui viennent, de le justifier devant les journalistes".

15 octobre 2017 : Emmanuel Macron et son "prédécesseur"

La rupture est définitive lors de sa première grande interview télévisée, dimanche 15 octobre sur TF1. Emmanuel Macron évoque "Nicolas Sarkozy" d’un côté, "[son] prédécesseur" de l’autre. Il ne nomme plus François Hollande et lui reproche sa "présidence bavarde", le fait de "décréter la baisse du chômage", la "brutalité" autour de la loi sur le Mariage pour tous et l’ISF. "François Hollande est très en colère", raconte un de ses proches au Parisien le 17 octobre. Et de promettre : "François va en balancer une un de ces quatre". Oubliez le paternalisme et la bienveillance, bienvenue dans l’ère des petites piques assassines.