Hamon, douze jours pour limiter la casse

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Hamon, douze jours pour limiter la casse
@ Damien MEYER / AFP
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Le candidat socialiste n’a quasiment plus aucun espoir de l’emporter. Son unique objectif est désormais de sauver la face dans un contexte compliqué.

Les douze jours qui viennent vont paraître long pour Benoît Hamon. Désormais systématiquement donné sous la barre des 10% d’intentions de vote dans les sondages, le candidat socialiste n’a plus grand-chose à espérer dans cette campagne présidentielle. Sinon sauver la face en tentant de réaliser le score le moins déshonorant possible, à deux chiffres si possible. Pour cela, il va essayer, d'ici au premier tour, le 23 avril, de ne pas céder à la sinistrose, notamment en repartant à l’offensive.

  • Des fissures dans la méthode Coué

C’est une évidence, Benoît Hamon et ses lieutenants n’admettront jamais que la campagne est sans doute déjà perdue. Le leitmotiv est clair : le candidat socialiste se battra jusqu’au bout. "N'en doutez jamais", a affirmé Benoît Hamon mardi sur RFI. "Je ne suis pas là pour faire l'analyse du pourquoi du comment des sondages. Je continue à faire la campagne électorale", a insisté le vainqueur de la primaire PS.

"Une bonne sieste". Mais quelques signaux montrent tout de même que Benoît Hamon a peut-être admis sa défaite. Ainsi quand il a accepté, samedi sur France 2, de répondre qu’il voterait Jean-Luc Mélenchon s’il était éliminé dès le premier tour. Une posture défaitiste que la plupart des candidats, mêmes les plus petits, refusent farouchement d’adopter. Même petite sortie de route quand, lundi, le député des Yvelines répond que s’il est éliminé le soir du premier tour, il se contentera "d’une bonne sieste". "Ce sera pour le 8 mai (lendemain du second tour", s’était-il rattrapé plus tard. Trop tard, sans doute.

"Combattif parce qu’on n’a pas le choix". Dans son camp aussi, pointe un certain fatalisme. "On va être combattif parce qu’on n’a pas le choix. On va se battre jusqu’au bout. Il n’y pas à réfléchir, il faut y aller", affirme à europe1.fr Alexis Bachelay, membre de la "gouvernance politique" de la campagne de Benoît Hamon. "On envisage tous les scénarios, y compris celui d’une qualification surprise sur le fil", glisse-t-il, admettant par la même que la qualification sera difficile à aller chercher.

  • Repartir à l’offensive

Malgré tout, il reste une campagne à terminer, et du mieux possible. Alors le camp Hamon continue le combat. Avec même une pointe d’offensive en plus. Lundi, en présentant ses six premiers mois à l’Elysée, Benoît Hamon a tiré à tout va sur la concurrence. Il a poursuivi l’assaut mardi sur RTL.

Plus offensif. "On va se réveiller avec un président de la République le 8 mai. Il y a une hypothèse : que ce soit Emmanuel Macron, qui propose de légiférer par ordonnances pour continuer la démolition du code du travail. On peut vouloir aussi le plan social qu'il propose pour la fonction publique, 120.000 fonctionnaires de moins et moins de service public", a attaqué le député des Yvelines. "On peut vouloir aussi que ce plan social soit multiplié par quatre avec François Fillon, avec derrière encore moins de protection pour la Sécurité sociale. On peut vouloir que ce soit Jean-Luc Mélenchon, mais est-on certain que l'année qui suit on soit encore en Europe ? Pas du tout", a-t-il poursuivi.

Alexis Bachelay est dans le même état d’esprit. "On a un candidat qui malgré tout fait une bonne campagne. Mais il ne verse pas dans la facilité comme Jean-Luc Mélenchon. Il ne pourra jamais battre Mélenchon sur le populisme, il ne pourra jamais battre Macron sur l’opportunisme", tacle le député des Hauts-de-Seine.

Une lettre aux Français et des meetings. Un ton plus offensif, donc, mais aussi des actes. L’équipe du candidat a commencé mardi à envoyer aux Français une lettre de Benoît Hamon, tirée à 9 millions d’exemplaires. "Ces dernières semaines n'ont ébranlé aucune de mes convictions, elles les ont confirmées", écrit notamment le député des Yvelines. "Mon projet est clair et novateur, social, écologique, républicain et européen et il le restera", explique encore Benoît Hamon, invitant comme souvent dans ses meetings de campagne à voter "pour".

Des meetings, justement, il en reste quelques-uns à tenir : mardi soir à Villeurbanne, le 14 avril à Rennes, et enfin le 18 avril au Zénith de Toulouse. Comme François Mitterrand en 1974 et 1981 et François Hollande en 2012, c’est dans la Ville Rose que le candidat PS animera sa dernière grande réunion publique.

  • Pas de place aux "états d'âme"

D’ici là, il faudra que l’équipe autour de Benoît Hamon reste soudée. Et ce n’est pas gagné. La sinistrose pourrait se propager le camp du candidat dans ces prochains jours. Déjà, des acteurs de la campagne ont fait part de leur mal-être dans certains médias, certes toujours sous couvert d’anonymat. "Hamon aurait dû tout de suite faire porter la responsabilité de la division de la gauche à Mélenchon, en retard à l’époque dans les sondages. Mais maintenant, c’est trop tard", regrette ainsi un membre de son équipe dans Le Monde. "L'objectif maintenant, c'est de rester au-dessus des 5% pour obtenir le remboursement des 14 millions d'euros engagés dans la campagne", grince un autre dans L’Express.   

"Ceux qui ont des états d’âme, ils n’ont rien à faire là". Des sorties qui ne plaisent pas du tout à Alexis Bachelay "Là, on est dans la campagne, et comme disait Henri Emmanuelli, ce qu’il faut avoir, c’est des états de service, pas des états d’âme. Ceux qui ont des états d’âme, ils n’ont rien à faire là", s’emporte ce proche de Benoît Hamon.

"Je me bats, je résisterai à tout. Je viens d’une terre granitique. Les tempêtes, on les connaît. On ne se laisse pas compter de là où je viens, aussi bien sur le plan social que culturel", a répété lundi Benoît Hamon, natif du Finistère. Alexis Bachelay conclut : "Oui, c’est une campagne difficile, il faut avoir les nerfs, aller jusqu’au bout. Ce n’est pas le moment de faire l’analyse des erreurs. Ça, on le fera après." Probablement dès le 24 avril. Sachant que l'après-présidentielle s'annonce tout aussi difficile, sinon plus, au sein du Parti socialiste.