G20 : Sarkozy veut taxer et réguler

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G20 : Sarkozy veut taxer et réguler
La France prend cette année la présidence du G20 et a donc listé une certain nombre de priorités. Régulation et taxation sont les deux thèmes privilégiés par Nicolas Sarkozy.@ REUTERS
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FMI, taxes, monnaies : Nicolas Sarkozy a dévoilé les objectifs de la présidence française du G20.

"L'ambition de notre présidence est simple, nous vivons dans un nouveau monde, nous avons donc besoin de nouvelles idées", a annoncé lundi Nicolas Sarkozy pour entamer son discours de vœux devant la presse et le corps diplomatique. D'autant que "le marché mondial existe avant la régulation mondiale", les institutions doivent donc tenter de rattraper ce retard.

Le président français, qui intervenait sous un logo "Nouveau monde, nouvelles idées", a esquissé les grandes lignes de sa présidence du G20, avec l'intention de passer en revue "des chantiers de fond (qui) ne peuvent plus attendre de façon à apporter des résultats concrets à une opinion publique de plus en plus impatiente".

Un déséquilibre monétaire depuis 1971

"Depuis 40 ans on a recensé 125 crises bancaires", qui "ont eu tendance à s’accélérer ces dernières années", a détaillé Nicolas Sarkozy. "L’instabilité du non système international monétaire, nous vivons dedans depuis 1971", a-t-il poursuivi, avant de se montrer plus précis.

"La France ne souhaite pas revenir à un système de change fixe", a-t-il annoncé, ni remettre en cause le "rôle éminent" du dollar dans les échanges monétaires internationaux. "La France ne souhaite pas remettre en cause le dollar qui joue un rôle éminent et doit être une monnaie forte", a-t-il dit.

Intégrer les nouvelles puissances économiques

Néanmoins, "l’émergence de nouvelles puissances économique conduira inéluctablement à l’émergence de nouvelles monnaies internationales", a-t-il expliqué. "Qui pourra me dire que la Chine n'est pas une puissance monétaire ?", s'est notamment interrogé Nicolas Sarkozy. Il a d'ailleurs confirmé qu'il se rendrait en Chine en mars pour participer à un séminaire de réflexion sur la réforme du système monétaire international.

Le G20 va donc s'atteler à mettre en place de nouveaux équilibres en commençant par une concertation sur les indicateurs économiques. "Nous allons essayer de mettre tout le monde d’accord sur les indicateurs qui permettent de mesurer les déséquilibres", a annoncé Nicolas Sarkozy.

"Réformer les statuts du FMI"

Le FMI doit également évoluer pour s'adapter à ces nouveaux enjeux économiques. "Une réforme des statuts du Fonds monétaire international (FMI)" s'impose donc aux yeux de Nicolas Sarkozy. L'institution doit notamment intégrer dans ses rangs de nouvelles puissances économiques, et notamment la Chine.

La France veut par ailleurs "élargir" le rôle du FMI, en modifiant "éventuellement" ses statuts, a déclaré lundi le président français, évoquant une mission de surveillance des déséquilibres mondiaux et des flux de capitaux.

Taxer les transactions financières

"La question des financement innovants est une question cruciale pour la France", a-t-il poursuivi, avant d'ajouter qu'une concertation préalable est nécessaire, notamment avec l'Allemagne et le Japon. La France privilégie la taxation des transactions financières mais Nicolas Sarkozy s'est dit "prêt a discuter d’autres solutions". La France n'est "pas fermée" à d'autres propositions et sera ouverte "à un panier de financements innovants".

Néanmoins, "la France considère que la taxe sur les transactions financières est la meilleure" des solutions, en songeant à un outil proche de la taxe Tobin. "Je ne trouve pas pertinent l’argument selon lequel on ne peut pas faire la distinction entre une transaction spéculative et une transaction économique", a détaillé Nicolas Sarkozy, avant de préciser : "Si on taxe le mouvement de transaction, la taxe pénalisera plus le spéculateur que l’acheteur".

Réguler les marchés de matières premières

Nicolas Sarkozy a ensuite évoqué le chapitre des matières premières, dont les prix ne cessent flamber depuis plusieurs années. “Si nous ne faisons rien nous risquons des émeutes de la faim dans les pays pauvres“, a commenté le président français, avant d’appeler de ses vœux “la régulation des marchés sur les matières premières" pour limiter la spéculation.

"Il nous faut des règles communes", a-t-il déclaré, avant de lister plusieurs propositions : "réguler les marché des produits dérivés financiers en matières premières agricoles", développer des outils d’assurance face aux mauvaises récoltes et aux variations des prix trop importantes.

Nicolas Sarkozy a, au passage, indiqué sa position au sujet de la réforme de la politique agricole commune, le système de concertation européenne. "La France sera forte en défendant la PAC alors que les besoins agricoles vont augmenter de 60% d’ici 2050", a-t-il estimé

Pour "un socle de protection sociale universel"

"La France souhaite que nous réfléchissions à la mise en place d'un socle de protection sociale universel", a indiqué la chef de l'Etat. "Pas un modèle social unique, cela n'a pas de sens, mais un socle", a-t-il poursuivi, plaidant pour "donner davantage de poids à l'Organisation internationale du travail dans la gouvernance mondiale".

"La France ne se résigne pas à ce que les huit conventions de l'Organisation internationale du travail sur les droits fondamentaux du travail ne soient pas ratifiées par tous les membres du G20", a expliqué Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat a indiqué que les partenaires sociaux seraient "totalement associés aux travaux du G20". "Ils ont pour la première fois un sommet social à la veille du sommet du G20", a-t-il dit.

Un sommet pour réguler Internet

Nicolas Sarkozy a ensuite évoquer la gestion d'internet, sans pour autant nommer l'affaire Wikileaks. "Internet ouvre pour les responsables que nous sommes de grands sujets de réflexion", a déclaré Nicolas Sarkozy, avant d'annoncer : "la France organisera à la veille du sommet de Deauville un sommet du G8 avec les grands opérateurs d’internet".

Révolution tunisienne et otages français

Nicolas Sarkozy a ensuite répondu aux questions des journalistes, qui l'ont longuement interrogé sur le rôle de la France dans la révolution tunisienne. Le président français a notamment affirmé que Paris n'avait "pas pris la juste mesure" de la "désespérance", et de la "souffrance" en Tunisie.

Il a ensuite jugé que l'intervention des forces spéciales françaises début janvier pour libérer les deux Français enlevés au Niger était la "seule décision à prendre". Quant aux deux journalistes toujours retenus en otage en Afghanistan, "ils sont en vie et moins j'en dirai, mieux ce sera", a-t-il répondu. Interrogé au sujet de la Côte d'Ivoire, Nicolas Sarkozy a rappelé qu'Alassane Ouattara est le seul président "légal et légitime".