Front national : mercredi, journée de la rupture

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Front national : mercredi, journée de la rupture
@ MEHDI FEDOUACH / AFP
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OK CORRAL - Mercredi, Marine Le Pen et son entourage ont multiplié les déclarations et les manœuvres pour tenter d'écarter Jean-Marie Le Pen du FN. Mais le président d'honneur frontiste se montre tenace. 

Que la journée fût longue et agitée au Front National. Mercredi, Marine Le Pen et ses proches collaborateurs ont lancé la contre-offensive contre le président d'honneur du Front National. Une manœuvre déclenchée après l'interview choc donnée au journal d'extrême-droite Rivarol par Jean-Marie Le Pen. Une interview qui ramène le FN à ses vieux démons, et qui met à mal l'entreprise de dédiabolisation du parti entamée par sa fille il y a plusieurs années.

Acte I, les proches de Marine dégainent 

Dès mercredi matin, les proches de  Marine Le Pen dégainent tour à tour prudemment, entérinant le schisme avec Jean-Marie Le Pen. A 9 heures, Louis Aliot parle de "désaccord politique irréconciliable" sur Twitter. 10 heures du matin, le compagnon de Marine Le Pen est vite rejoint dans sa diatribe par Florian Philippot qui parle de "rupture totale et définitive". Un tir de barrage qui sera appuyé plus tard par Gilbert Collard sur Europe 1. Le député du Gard affirme sans détour : "quand on est en désaccord avec les propos, on est en désaccord avec l'homme. C'est un homme qui n'accepte pas que le rideau tombe sur lui".



Gilbert Collard : "JM Le Pen n'accepte pas que...par Europe1fr 

Acte II, l'affrontement par communiqués

10h30, la dépêche AFP tombe : Marine Le Pen vient de publier un communiqué. Il ne s'agit plus seulement de commentaires comme en ont fait ses proches, mais d'une annonce forte : elle s'opposera à la candidature de son père en tant que tête de liste pour les élections régionales en PACA. Au passage, la présidente du FN dénonce alors la "stratégie de la terre brûlée" et le "suicide politique" de son père. Pas de quoi intimider le patriarche qui riposte immédiatement, sur RTL, dans un ton d'une froideur jamais observée vis-à-vis de sa fille : "Madame Le Pen doit se poser la question de savoir si ce qu'elle fait est utile à la cause qu'elle prétend servir". Dans un communiqué, il explique qu'il se rendra avec la "tête haute et les mains propres" au bureau politique convoqué par la présidente du FN le 17 avril prochain.

Acte III, règlements de compte en coulisses

Pendant ce temps, Marine Le Pen, elle, est partie là où on ne l'attendait pas. Vers 13h30, elle débarque à Bruxelles, dans ses  bureaux du Parlement européen, alors que les sessions sont ajournées. Officiellement pour travailler sur les résultats des départementales. Mais peut-être aussi pour se réfugier, à l'abri des journalistes et des caméras. Quand sa voiture approche du Parlement, la sécurité écarte la presse et, à sa descente de voiture, la présidente du FN s'engouffre rapidement dans les couloirs, suivie de près par son compagnon Louis Aliot. Si Marine Le Pen se met à l'écart du remue-ménage médiatique, dans la résidence familiale à Montretout, près de Saint-Cloud, un ballet de voitures aux vitres teintées s'engage.

Marion Maréchal-Le Pen (1280x640)

© Bertrand LANGLOIS/AFP

C'est d'abord Marion-Maréchal Le Pen, la petite-fille de Jean-Marie, que beaucoup de "marinistes" aimeraient voir tête de liste du FN dans le PACA, qui débarque. "Je ne parle pas aux charognards" lâche la députée du Vaucluse à la presse avant de repartir pour l'Assemblée Nationale. Elle n'aura pas eu le temps de croiser son grand-père, qui sort de sa voiture, le visage fermé, loin de l'attitude décontractée qu'il arbore habituellement. Alertée par les Le Pen, une patrouille de police en civil fouille même tous les journalistes, signe de la tension qui règne sur place. Jean-Marie Le Pen est une dernière fois désavoué, par une amie de trente ans cette fois : Huguette Fatna, membre du bureau politique, et de passage à Montretout déplore au micro d'Europe 1 : " C'est dommage qu'il détruise tout ce qu'il a fait et ce que sa fille a continué. Je ne comprends pas pourquoi il fait ça, qu'il lâche sa place à d'autres. Là, il vient tout foutre en l'air".

Acte IV, père et fille campent sur leurs positions

L'après-midi se passe en catimini, mais surtout dans l'attente de l'intervention de Jean-Marie Le Pen sur Radio Courtoisie, station classée à droite. En studio, le président d'honneur du FN se montre fidèle à lui-même, étalant toute sa gouaille sans jamais montrer de faiblesse : "Je ne dirais pas que ça me laisse indifférent. "J'ai un cœur humain comme dit Valéry Giscard d'Estaing. Mais je sais que je suis cuirassé contre ces désillusions, contre la trahison, contre l'ingratitude", déclare-t-il. Même discours de fermeté du côté de Marine Le Pen qui sort en réponse une interview dans Le Figaro : "Je me trouve obligée, dans l'intérêt de mon pays, de prendre une décision difficile qui met en cause des liens filiaux. Mais le Front national est le seul outil d'espérance pour la France. Personne ne peut l'affaiblir et je ne laisserai personne le faire."

Les choses devraient encore s'accélérer dès jeudi puisque Marine Le Pen s'exprimera sur le plateau du 20H de TF1, en attendant le bureau politique du 17 avril prochain, où le drame politico-familial pourrait connaître son dénouement.

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