"Dialogues citoyens" : ce qu'il faut retenir de l'intervention de Hollande sur France 2

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Le chef de l'Etat devrait défendre son bilan dans l'hypothèse d'une candidature en 2017.
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Romain David , modifié à
Pendant près de deux heures, le président de la République a répondu aux questions des journalistes et des Français.

Pour le Président, c'était probablement le rendez-vous de la dernière chance. Jeudi soir, François Hollande a passé sur France 2 90 minutes face aux Français. Le chef de l’Etat a répondu aux questions de trois journalistes (David Pujadas, Léa Salamé et Karim Rissouli), avant d’entamer des "dialogues citoyens" avec quatre Français. L’occasion pour lui de défendre son bilan et de remettre en perspective une dernière fois son action politique à un an de l'élection présidentielle.

Les trois informations à retenir :

  • "Il n'y aura pas d'interdiction" du voile à l'université.
  • La loi Travail "ne sera pas retirée".
  • François Hollande a indiqué qu'il annoncerait "à la fin de l'année" s'il se représente en 2017.
  • Le quinquennat et 2017

"J’ai affronté durant ce quinquennat des épreuves terribles. Celles que l’on connaît : les attentats, la guerre à nos frontières. Mais aussi une crise profonde, quand je suis arrivé la zone euro était en éclatement", a déclaré François Hollande en début d'émission. D'emblée, il a tenu à défendre son bilan : "Oui, ça va mieux : il y a plus de croissance, il y a moins de déficit, il y a moins d’impôts, il y a plus de compétitivité." "Je poursuivrai jusqu’au bout. […] Je réformerai jusqu’au dernier jour de mon mandat", a-t-il promis. 

François Hollande a en outre indiqué qu'il annoncerait "à la fin de l'année" s'il se représente en 2017. Il a également déclaré qu'il ne "reni[ait] rien" de son discours de campagne du Bourget en janvier 2012, en réponse à un étudiant qui l'interpellait sur son action en faveur de la jeunesse depuis son élection, évoquant même "une trahison". "Je serai jugé sur la place accordée à la jeunesse, sur les moyens que je lui aurai donnés", a répondu sur France 2 le chef de l'Etat. "J'ai accordé la priorité première à l'Education nationale, en termes de budgets, de postes créés, de lutte contre les inégalités scolaires, l'éducation prioritaire", a-t-il plaidé.

François Hollande a également déclaré à propos d'Emmanuel Macron, qu'il devait "être dans l'équipe, sous (son) autorité". Un peu plus tôt dans la journée le ministre de l'Economie s'était mis en porte-à-faux avec la volonté du chef de l'Etat de continuer de réformer jusqu'au bout. "Il est dans l'équipe et sous mon autorité [...] J'en suis sûr parce que c'est, entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie, il sait ce qu'il me doit, c'est une question de loyauté personnelle et politique", a encore estimé le chef de l'Etat à propos d'Emmanuel Macron qui a lancé début avril son mouvement politique "En marche".

  • La loi Travail et l'emploi

"Nous avons trois grandes réformes à mener", dont le projet de loi réformant le code du travail, a rappelé François Hollande. La loi Travail "ne sera pas retirée", a affirmé le chef de l'Etat, alors que la contestation s'installe dans la durée. Pourtant, cette loi a été largement modifiée par les députés par rapport au texte annoncé, le Président a reconnu que "ce n'[était] pas celle qui avait été initialement préparée." "Mais, ajoute-t-il, moi j’entends. Je participe du dialogue." Il a vanté une réforme faite pour "clarifier les règles" pour les salariés et les employeurs.

Par ailleurs, François Hollande a tenu à souligner les effets de sa politique économique. "En 2015 nous avons créé 100.000 emplois nets de plus. Pour la première fois en cinq ans, l’économie française a crée plus d’emplois qu’elle en n’a supprimé." Il ajoute : "En 2016, nous pensons que nous pourrons créer 160.000 emplois supplémentaires."

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  • "Nuit Debout"

Concernant la mobilisation "Nuit debout", née de l’opposition à la loi Travail, le président de la République trouve "légitime que la jeunesse, aujourd'hui par rapport au monde tel qu'il est, même par rapport à la politique telle qu'elle est, veuille s'exprimer, veuille dire son mot."

  • La lutte contre la radicalisation

"Il y a une loi de la laïcité qui n'est pas respectée. Les islamistes radicaux ont des propos politiques, pas seulement religieux. Pourquoi on n'applique pas cette loi ?", a demandé au chef de l’Etat Véronique Roy, la mère d’un djihadiste français mort en Syrie. "Nous devons agir très précocement. Tous les travailleurs sociaux seront formés par rapport à ces risques d'embrigadement", a répondu François Hollande. "Il y a 9.000 signalements sur un site national, un numéro vert. Nous devons créer des centres de déradicalisation." Il a également rappelé que "près de 2.000 jeunes [étaient] près de basculer. Il y a aussi 600 Français qui sont en Syrie et peuvent frapper chez nous."

  • La question du voile

"Il n'y aura pas d'interdiction" du voile à l'université a tranché François Hollande à propos d'une mesure défendue mercredi par son Premier ministre Manuel Valls dans les colonnes de Libération. Néanmoins le chef de l'Etat a estimé que "la façon dont certains islamistes veulent imposer aux femmes une façon de s'habiller est une atteinte à l'égalité femme-homme. C’est une atteinte aux valeurs de la République." Le voile est forcément un asservissement de la femme ?, interroge Léa Salamé : "Cela dépend de la manière dont il est porté", nuance le Président. "On voit bien qu’entre une liberté religieuse qui doit être respectée [...] et le signe ostentatoire, provocateur, [...] alors là nous devons montrer la plus ferme résistance."


"Dialogues citoyens" :  Hollande et le voile islamique
  • Le recul sur la déchéance de nationalité

"Le 13 novembre j’étais au stade de France, j’ai entendu les bombes […] Je me suis rendu sur les lieux, j’ai vu les corps, les blessés", a rappelé François Hollande. "J'ai ressenti le besoin d'une réponse, d'une mesure symbolique", poursuit-il. Le 16 novembre 2015, le Président proposait devant les parlementaires réunis en congrès la déchéance de nationalité : "Quand j'ai dit que ces individus ne méritaient pas d'être Français au Congrès, tout le monde s'est levé." "Si ce texte avait été soumis au Parlement dans les semaines qui ont suivi ce discours, il aurait été adopté", a-t-il estimé, déplorant les "querelles politiques" qui ont conduit à son abandon.

  • Le nucléaire

En 2012, François Hollande avait notamment fait campagne sur la réduction du nucléaire en France. "J’ai dit clairement aux Français que nous allions réduire la part que représente le nucléaire dans la production d’électricité", rappelle le Président qui confirme un objectif de réduction de 50%, à atteindre "étape par étape", et qui doit être compensé par les énergies renouvelables. 

  • Le traité de libre-échange avec les Etats-Unis

Alors que la France est engagée avec le reste de l’UE depuis 2013 dans des négociations pour conclure un accord de libre-échange (Tafta) avec les Etats-Unis, Paris se laisse le droit de faire machine arrière. La France "peut toujours dire non", a déclaré jeudi soir François Hollande sur France 2. "La France, elle a fixé ses conditions, la France elle a dit s'il n'y a pas de réciprocité, s'il n'y a pas de transparence, si pour les agriculteurs il y a un danger, si on n'a pas accès aux marchés publics et si en revanche les Etats-Unis peuvent avoir accès à tout ce que l'on fait ici, je ne l'accepterai pas", a-t-il souligné.