Fillon, le solitaire de moins en moins soutenu

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L'ancien Premier ministre a construit sa carrière politique en solo. Désormais menacé par de possibles suites judiciaires, il peine à trouver de francs soutiens au sein de son camp.

L'ÉDITO POLITIQUE

François Fillon vient de passer trois jours à La Réunion, et même à 10.000 kilomètres de Paris, il ne peut pas mettre un pied dehors sans croiser des manifestants et affronter des concerts de casseroles. À la messe aussi, le prêtre lui rappelle ses affaires. Mais François Fillon le dit : peu importe, maintenant son enjeu c’est de mobiliser son camp, la droite et le centre, pour parvenir à grappiller deux ou trois points et se qualifier au second tour de la présidentielle.

Un rassemblement imaginaire. Mais cet objectif de campagne est extrêmement risqué. D’abord parce que personne ne sait aujourd’hui à combien se fera cette qualification au second tour. Ensuite, et c’est ça le plus grave : la cohésion de la droite et du centre n’existe aujourd’hui que dans l’esprit de François Fillon. Malgré la conférence de presse d’excuses, le rassemblement de la famille n’est pas encore fait. Lundi soir, s’est tenu un dîner des conjurés, avec une trentaine de députés réunis autour du sarkozyste George Fenech. Thème des agapes : une alternative à droite ! Lundi matin, sur Europe 1, Christian Estrosi, avouait : "Je n’ai jamais été filloniste !". Un aveux à peine croyable à deux mois de l’élection ! La dernière fois qu’on a vu autant de chaleur, d’amour et de fidélité, c’était en 1995 quand il y avait carrément deux candidats de droite.

Des déplacement à hauts risques. Enfin, et c’est le coup de grâce à la théorie de la qualification par la cohésion : les élus locaux rechignent à accueillir François Fillon et son concert de casseroles. L’équipe de campagne s’arrache les cheveux pour organiser les déplacements, l’agenda a du mal à se remplir. Le Sarthois veut aller jusqu’à la ligne d’en-but en pack serré, ça va être difficile, la mêlée est chancelante.

Un homme seul.L’affaire Penelope Fillon n’a finalement fait que révéler un isolement ancré dans l’histoire politique du champion de la droite. François Fillon a toujours été un solitaire. Jamais patron du parti, jamais chef de courant, il a bien eu un club de réflexion politique, Force Républicaine, d’abord nommé France 9, mais ce que l'on appelle les fillonnistes, les vrais, n’ont jamais été légion. Une fois que vous avez évoqué Jérôme Chartier, Gérard Larcher et Bruno Retailleau, vous avez plus ou moins fait le tour.

"Tu as du caractère". Quand il était à Matignon, ses ministres se plaignaient qu’il ne les appelait jamais, qu’il les laissait seuls face aux crises ou dans les épreuves. Gérard Longuet, ancien ministre de la Défence, n’a pas manqué de lui faire remarquer, en face et publiquement : "François, a-t-il lancé, tu n’es pas le meilleur camarade qui soit, tu n’as pas une science infuse de la convivialité, mais enfin, tu as du caractère", lui a-t-il lancé. Voilà pourquoi il est si peu et si mal soutenu.

François Fillon a fait sa carrière en solo, il traverse l’épreuve en solo, la voilà la réalité. Qui a vécu par le colt risque de périr par le colt comme on dit dans les bons westerns.