Fillon, le recul stratégique a commencé

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Fillon, le recul stratégique a commencé
François Fillon, qui présentait un programme très dur, va devoir mettre de l'eau dans son vin. @ MARTIN BUREAU / AFP
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L’ancien Premier ministre a présenté un programme très dur à la primaire de la droite. Il doit désormais l’adoucir. Cela a commencé avec la santé. 

Volontiers intransigeant pendant la campagne de la primaire de la droite, François Fillon va devoir mettre de l’eau dans son vin dans les semaines à venir. Car il n’est pas certain que le programme tout en austérité de l’ancien Premier ministre résiste aux assauts des adversaires d’une part, mais aussi à ceux venus de son propre camp. L’homme qui veut supprimer 500.000 postes de fonctionnaires, mettre fin aux 35 heures, repousser l’âge de la retraite, circonscrire les remboursements de sécurité sociale aux seules infections graves ou de longue durée, risque bien à force de crisper. Après son succès triomphal à la primaire, un recul stratégique sur ces sujets sensibles semblent inéluctables.

Retraites fonctionnaires, 35 heures...Des mesures impopulaires. Car les mesures phares du candidat Fillon en matière d’économie ne sont pas des plus populaires. Lors du dernier sondage sur la question, en septembre 2015, 52% des personnes interrogées se disaient attachées aux 35 heures, alors que 40% étaient pour y renoncer. Supprimer 500.000 postes de fonctionnaires sur cinq ans ? "Pas souhaitable", répondent 58% des Français, selon un sondage Elabe publié la semaine dernière. Mais c’est sur la santé que l’avis de l’opinion semble la plus tranchée. 90% des Français jugent en effet "inacceptable" une baisse des dépenses publiques en matière de santé, selon la même étude. 

"La santé c'est quelque chose d'extrêmement compliqué en France"... Alors doucement, mais sûrement, les soutiens de l’ancien Premier ministre, très discret depuis sa victoire fin novembre, ont commencé à nuancer le programme de leur champion."Il indiquera de façon beaucoup plus déliée, de façon encore plus précise, ce qu'est son projet pour la Sécurité sociale", a assuré le sénateur LR Bruno Retailleau, fidèle soutien de François Fillon, lundi sur RTL. Une manière de laisser entendre que rien n’est figé. Même flou artistique du côté du très proche Jérôme Chartier. "Ce n'est pas le travail du politique de savoir ce qui est grave et pas grave", a expliqué le député du Val d’Oise sur France Inter. "La santé c'est quelque chose d'extrêmement compliqué en France, il y a plusieurs types de complémentaires c'est la raison pour laquelle je m'en tiens aux grands principes", a-t-il prudemment éludé. Quant à savoir si le traitement d'un rhume resterait remboursé : "ça dépend de quel rhume. Il faut entrer dans le détail", a répondu Jérôme Chartier, décidément loin de l’intransigeance des débuts.

La charge de Woerth. Cette amorce de recul stratégique est d’autant plus nécessaire que dans le camp même de François Fillon, ça grince. Il suffisait d’entendre dimanche Eric Woerth, soutien de Nicolas Sarkozy, certes rallié, mais pas pour autant prêt à tout accepter. Le député de l’Oise a ainsi estimé que les notions de "petits risques" et "gros risques", coeur du projet de François Fillon pour l'assurance maladie, n'étaient pas "la bonne mesure. Il faut clarifier la répartition entre les mutuelles et la Sécurité sociale. Il faut éviter les déremboursements, il faut éclaircir ce qui doit être remboursé et qui doit le rembourser", a exhorté l’ancien ministre de… François Fillon sur Europe 1.

En douceur. L’ancien Premier ministre devra faire œuvre au minimum de pédagogie mardi devant le groupe Les Républicains à l’Assemblée. Soucieux face à l’impopularité de la mesure, plusieurs élus devraient relayer les inquiétudes des électeurs auprès de leur candidat. Qui devrait les entendre donc et pourrait acter un recul sur la santé. Avant, peut-être, de faire de même sur le temps de travail ou sur l’âge de départ à la retraite. Mais en douceur, au risque de glisser de la clarification au reniement.